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Comment Flavien Berger a appris à conjuguer le (contre)temps du présent

Comment Flavien Berger a appris à conjuguer le (contre)temps du présent

Actuellement en tournée, Flavien Berger évoque ici le Japon, le blues, Vald, Need for Speed mais aussi son site Internet, assez bluffant. Rencontre avec un musicien qui, pour faire mentir le titre de son dernier album Contretemps, a décidé d’être à sa place dans l’époque présente. Greenroom a donc tendu le bâton à Flavien Berger sous la forme d'un questionnaire serré. 

 Cela t’arrive parfois de penser à l’avenir de l’industrie de la musique ?

Comme beaucoup d'autres domaines de création, tout va vers les algorithmes. J’ai même l’impression que l'industrie du disque se dirige encore plus dans un système de rhizomes d’informations et de data. Après, vers quel chemin cela risque de l'emmener ? J'ai l'impression que comme toute industrie, elle va vers son éclatement, mais aussi son implosion. Je ne dirais pas que c’est quelque chose qui m’angoisse, non. Dans un futur lointain, la musique ne sera plus un truc d’humain. Ce sera un truc de robot, que les robots feront pour eux. Ça, c’est grave plausible. Après, est-ce que c’est grave ? Non. Je ne suis pas passéiste, je ne suis pas mélancolique. Les choses prendront la direction qu’elles doivent prendre. De toute façon, le futur est toujours faux.

En évoquant ta musique, dans une interview, tu parlais de blues électronique… 

Oui, je parlais de Bleu sous-marin, un morceau de mon premier album.Dans le blues, il y a un état d’esprit, de l’ordre du spleen, de courir après quelque chose qui a disparu, qui est un peu présent dans ma musique, dans mon premier album comme dans celui-là. Brutalismeparle de ça, c’est une course après un instant disparu. J’ai écouté beaucoup de blues, mais en ce moment, je n’en écoute pas. Ce que j’écoute en ce moment c’est plutôt le dernier album de Connan Mockassin et, en permanence, les vieux disques de Suicide. Ca peut aussi m’arriver d’écouter du rap français et si je ne devais en choisir qu’un actuellement, parmi les rappeurs je citerai Vald, parce que je trouve ça hyper riche.

En tant que personne de ton temps, tu as dû déjà vivre l'expérience d'un concert de rap actuel. 

Les concerts de rap, c’est chiant. C’est quand même hallucinant, les gens y crient tout le temps, sur tout. J’ai joué à côté de Moha la Squale à Strasbourg, c’était une transe globale adolescente, de plein de gens qui ne font que chanter les paroles. C’est pas mal hein, pour le rappeur c’est cool, mais j’ai pas l’impression qu’il y ait énormément d’expérience musicale. C’est un gros coup de pêche, hyper énergique. Si je voulais aller voir un concert de rap, j’aimerais bien voir Clouddead.

Tu peux nous parler de ton ancien projet de diplôme à l’ENSCI (école nationale supérieure de création industrielle)  ?

En fait, je devais faire un diplôme où je devais un peu scanner l’industrie musicale et je m’étais rendu compte qu’avec l’ipod ou l’iphone ou je ne sais pas quoi, on a un objet pour écouter tous les contenus possibles. Donc en fait, je voulais essayer de trouver un nouveau rapport à l’écoute musicale. Après, j’aime bien les vinyles, mais je ne suis pas pour l’écoute physique absolument. Je trouve ça mortel Spotify, tu peux écouter plein de trucs. Si tu aimes, tu peux l’acheter en ligne, mais tu n’es pas obligé de l’acheter pour l’écouter. Avant, j’étais sur Itunes, et ça me gonflait prodigieusement, parce que tu es obligé d’acheter des morceaux qui sont souvent très mal encodé. Comme j’aime beaucoup la musique ambiant, je me suis dit : « Demandons à trois musiciens de faire une pièce musicale ambiant,et on va l’intégrer dans une boite à musique, une espèce d’enceinte en fait, et on ne pourra écouter que ce morceau sur l’enceinte ». Donc ça veut dire qu'on fait appel à un artisan, le mec qui va fabriquer l’enceinte ; on fait appel à un artiste musicien ; et toi, t’es chez toi, t’allumes le truc et y’a que ça qui sort. Donc il  s’agissait de trouver des formes, des moyens d’ornementer ces boîtes et de faire de la musique pour. On essayait d’en faire un objet d’édition, y’en a que dix dans le monde. Il y avait un morceau de Quentin Kôôl, un morceau Valerio Sedig, et il y avait un morceau de moi. Sur cette enceinte, il y avait quelques propositions de modification. Avec un effet par boîte. Donc, il y en a, c’était un delay, un filtre, un vibrato. Et toi, tu gardes la main sur le réglage final. Le type d’écoute que tu veux, c’est toi qui le décide…

Enoncée comme ça, on a l’impression que cette idée, se rapproche de l’univers du jeu vidéo. Tu en as conscience ?  

Je ne suis pas très bon, je galère à finir les jeux. Mais j’aime ça, j’ai une console, j’ai joué à Need for Speed, j’en parle dans mon disque. dans le dernier morceau. Vantera Bay, c’est le nom de la ville dans Need For Speed, c’est une ville fictive. Puis sinon, les jeux d’aventure comme Last Guardian, par les créateurs de Shadow of The Colossus ouIco. j’ai joué à un jeu de surf cet été. Mais voilà, je suis pas très bon.

Composer pour le jeu vidéo, c'est une option que tu pourrais considérer  ?

Je vais te dire, je pourrais même faire des jeux vidéos. J’adorerais ça. Là, on a sorti un site Internet. C’est le site Internet de Contretemps, j’ai fait ça avec Tristan Gaston Vallet. Ce site, c’est une zone Internet, qui se rapproche un peu d’une expérience de jeu vidéo. On se ballade dans des archives, et que Tristan a organisé comme une longue quête, c’est un long truc avec des épreuves et tout, des morceaux inédits, et ça, c’est déjà un peu comme si on avait fait un jeu vidéo je pense.