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On a suivi la caravane French touch en tournée asiatique (Deuxième étape)

On a suivi la caravane French touch en tournée asiatique (Deuxième étape)

Depuis le début du mois, Arnaud Rebotini est sur les routes d'Asie. En jeu, une tournée organisée par le French Miracle Tour mais aussi une immersion totale dans une club culture Lost in translation. Après avoir posé ses valises pleines de synthétiseurs analogiques à Saïgon puis à Tokyo, le musicien français débarque dans l'empire du Milieu pour deux dates à Shanghai et Hong Kong. L'occasion de prendre la température de l'effervescence chinoise.

 

Étape 3 : Shanghai électronique

Bientôt minuit à Shanghai et l'ambiance commence à crépiter par petites touches dans le M.A.O Club jusqu'à monter de plus en plus. Qu'on ne s'y trompe pas, ce lieu surprenant situé à l'étage d'un immeuble colossal n'a rien d'un comité de soutien à la mémoire de Mao Zedong. Il serait d'ailleurs plus juste de voir dans ces initiales mystérieux une référence au sigle utilisé par certains musiciens pour décrire la musique assistée par ordinateur. Car ici, dans ce club ouvert il y a tout juste un an pour compléter la grande salle de concert du même nom, c'est bien la musique électronique qui est à l’honneur. Il suffit de jeter un œil à la décoration du lieu pour s'en rendre compte. Avec son ambiance faite de néons rouges et de lumières fluo, le M.A.O Club a tout d'un spot où l'on aime passer la nuit sous les décibels et les BPM's. Ils sont d'ailleurs nombreux en ce vendredi soir à engager de drôles de chorégraphies mi lascives, mi énervées sur le dancefloor quand Arnaud Rebotini – veste grise et chemise blanche – s'installe derrière les platines pour son premier DJ set en terres chinoises. D'abord une sorte d'apéritif tout à fait compatible avec les valeurs de la club culture historique sous forme d'un mix des extraits les plus house de sa bande originale composée pour le film 120 battements par minute. Ensuite, le plat de résistance. Pour cela le musicien français commence à inonder le club d'une techno sombre et martiale. Un peu partout, de jeunes chinois aux looks soignés dansent sans se soucier une seule seconde des enjeux qui agitent leur pays. Nous sommes ici au cœur de l'effervescence culturelle propre à la nouvelle génération de Shanghai. Et ce soir, le M.A.O Club ressemble à n'importe quel autre club en occident. Pourtant, les choses n'ont pas été facile pour en arriver là. Xiaodong Shen est sans doute le mieux placé pour le dire. Originaire de la région, ce jeune chinois ayant fait ses études en France s'occupe de faire tourner des groupes étrangers en Chine. Pour ça, il doit sans cesse faire des démarches administratives complexes pour réussir à faire entrer les artistes sur le territoire. « Depuis 2017, c'est encore plus dur de faire tourner des étrangers ici. Maintenant, pour espérer avoir des subventions, il faut programmer des groupes chinois plutôt que des groupes internationaux. Du coup, beaucoup de salles ont dû fermer, »explique-t-il un peu dépité. Plus que la musique française ou américaine, c'est sans doute la K-pop qui subit le plus ses nouvelles mesures imposées par le gouvernement. Depuis trois ans, les groupes coréens sont purement et simplement interdits en Chine. Impossible pour eux d'obtenir un visa de travail leur permettant de faire des concerts dans le pays. « Comme la K-pop est extrêmement populaire en Asie, cette interdiction a eu de très grosses conséquences sur le marché. Beaucoup de sociétés de concerts ont fait faillite, »reprend Xiaodong. C'est la tout le paradoxe de la Chine de 2018 : tandis que l'attention portée à la scène chinoise de cesse d'augmenter, le pays se ferme toujours plus aux influences extérieures.

Étape 4 : Hong Kong dans l'espace

Même si elle est adossée au territoire chinois, la ville de Hong Kong ne fait rien comme l'immense pays qui l'encercle. Dans l'ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997, organiser des concerts a tout l'air d'être un jeu d'enfant. En témoigne l'énorme festival du Clockenflap qui depuis 2008 se tient chaque année en plein milieu de la ville, à l'ombre des grattes-ciels démesurés donnant à Hong Kong les allures d'une capitale cyberpunk. Pour marquer le coup de sa dixième édition, l'événement a vu les choses en grand en invitant un cortège d'artistes prestigieux comme Erykah Badu, David Byrne, Interpol, Cigarettes After Sex ou Amadou & Mariam. Sur l'une des nombreuses scènes que compte le Clockenflap, c'est également une affiche 100% française qui a été mise en place, grâce notamment à l'aide de l'Alliance Française installée sur place. Le temps de la soirée du samedi 10 novembre, Arnaud Rebotini et Rone partagent donc la vedette pour deux concerts live. Et visiblement, le public composé d'une moitié de locaux et d'une autre d'expatriés semble ravi de cette programmation. Car dès qu'Arnaud Rebotini s'installe dans son cockpit de synthétiseurs analogiques, l'ambiance monte aussitôt d'un cran. Très vite, les spectateurs se laissent prendre au jeu du vétéran français. Dans la salle, on remarque même un petit groupe de jeunes expatriés bondissant sur chaque kick de grosse caisse et levant les mains au ciel dès que s'élève une nappe de clavier. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls à apprécier le concert de ce soir. De son côté, Arnaud Rebotini passe lui aussi un moment unique. Quelques jours plus tôt, à Tokyo, il s'est en effet acheté un Minimoog, ce cultissime synthétiseur monophonique popularisé dans les années 70 par des musiciens comme Herbie Hancock, Klaus Schulze ou Pink Floyd. C'est donc la première fois que la machine en question est utilisée dans un live de Rebotini. Et ce dernier s'en donne à cœur joie. Pour conclure ou entamer certains morceaux, il n'hésite pas à pianoter sur le Minimoog, déclenchant des rafales de sons cosmiques qu'on croirait extraits des bruitages de La Guerre des Étoiles. Rien d'étonnant car ce soir, au vu de l'ambiance que règne au Clockenflap, Hong Kong et le French Miracle Tour  ont certainement rejoint l'espace, soit un endroit où "personne ne vous entendra crier".