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On a suivi la caravane french touch en tournée asiatique

On a suivi la caravane french touch en tournée asiatique

Depuis le début du mois, Arnaud Rebotini et Saro sont sur les routes d'Asie pour une tournée organisée par la French Miracle Tour. L'occasion pour eux de se confronter à l'atmosphère si singulière de mégalopoles comme Saïgon ou Tokyo. Entre les décalages horaires, les sessions dans les disquaires locaux et les soupes de nouilles, retour sur des concerts pas vraiment comme les autres.

 

 

Étape 1 : Saïgon, le réveil du dragon

Autour de minuit et le petit club the Observatoryest plein à craquer. Perché tout en haut d'un building du centre de Saïgon, ce lieu n'a pas choisi son nom au hasard. D'ici, on peut observer la ville et ses lumières s'étendre dans la nuit sur des kilomètres. On voit aussi se dresser en face les tours de verre qui ne cessent chaque année de se multiplier, à l'image de Landmark 81, le plus haut gratte-ciel d'Asie du Sud-Est, que la mégalopole vient d'inaugurer quelques mois plus tôt. Pour accompagner ce paysage futuriste, les dizaines de synthétiseurs analogiques d'Arnaud Rebotini ont été installés en cercle au milieu du dancefloor du club. Lorsque démarre ce premier concert de la tournée French Miracle Tour, on croirait voir un gladiateur au milieu de l'arène. Chemise noire et cheveux gominés, le français a le diable au corps. Comme un Vince Taylor de la musique électronique, il bat du pied au rythme effréné de ses machines. Très vite, l'ambiance devient aussi étouffante et moite que les marécages du delta du Mékong. Autour, le public de the Observatoryest aux anges. Moitié expatriés moitié locaux, les spectateurs venus ce soir ont en tout cas tous en commun de regarder au delà des frontières du Vietnam. C'est d'ailleurs la dynamique générale qui anime la ville depuis quelques années. Quand il ne travaille pas à l'organisation de concerts comme celui de ce soir, le franco-vietnamien Lee Lam s'attache avec sa structure à mettre en avant cette nouvelle génération assoiffée de musiques électroniques et de hip-hop via son label Piu Piu Records basé à Saïgon. « Ici, la moitié de la population à moins de 35 ans. Il y a donc une vraie énergie au Vietnam en ce moment. Tous ces jeunes sont très adeptes d'internet et des nouvelles technologies. Ils sont au courant de ce qui se fait en terme de musique et sont donc très demandeurs de concerts ou de collaborations dans ce genre, »explique-t-il en jetant un œil du haut du club sur l'immense chantier qui verra bientôt sortir du sol la future station centrale du métro de Saïgon, dont le but est de dépeupler un peu les rues de la ville des milliers de mobylettes qui les parcourent en continu. Lee Lam reprend : « ÀSaïgon, comme il y a de plus en plus d'argent, il y a une classe moyenne qui se forme. Les jeunes commencent progressivement à pouvoir s'acheter leurs appartements. C'est une grosse différence car avant, quand tu te mariais, tu devais aller habiter avec ta famille et travailler pour l'entretenir. C'est ce qui a fait que beaucoup de musiciens de la génération précédente ont dû arrêter la musique et se lancer dans des activités plus rentables. » Aujourd'hui, de nouveaux modèles économiques doivent donc encore être trouvés pour pérenniser l'élan culturel qui souffle sur le Vietnam. Mais une chose est sûre : à voir la ferveur qui règne ce soir devant le live puissant d'Arnaud Rebotini, on ne peut que se dire que la ville de Saïgon a de beaux jours devant elle. Que ce soit dans le public ou même sur le devant de la scène.

Étape 2 : Tokyo, mégalopole beatbox

Àmille lieues du désordre bouillonnant de Saïgon, Tokyo est une ville qui aime l'organisation. Ici, on traverse la route sur les passages piétons, on respecte scrupuleusement tout ce qui ressemble de près ou de loin à une file d'attente et on évite de parler trop fort en public. Pourtant, il ne faudrait pas croire que les japonais ne savent pas s'amuser. Pour son passage dans la capitale nippone, le French Miracle Tour fait escale dans un petit club nommé Circus. Situé à deux pas du quartier de Shibuya et de son effervescence permanente, la salle en question est devenue en quelques années un classique des soirées à Tokyo. Dès l'ouverture du lieu à 19h pétante, une longue file d'attente serpente déjà en face de la porte du club. Calmement, des dizaines de jeunes japonais patientent en musique. On entend des trompettes, des batteries et des sons de basse. Pourtant, ils n'ont sur eux ni enceinte ni instrument de musique. Ils font en effet partie de la petite communauté visiblement bien soudée des beatboxers de Tokyo. Et ce soir-là, ils n'auraient raté le concert pour rien au monde.

À l'affiche du Circus, c'est en effet le français Saro qui fait salle comble. Champion du Grand Beatbox Battle 2017 dans la catégorie loopstation, le jeunes beatboxer est une vraie petite star dans son milieu. Il suffit de voir la réaction de ses fans pour en avoir le cœur net. Dès que le jeune breton monte sur scène et commence à créer ses premières boucles, une vague d'hystérie s'empare de la salle. « Saroooo ! »hurlent d'une voix gutturale certains excités au premier rang. Derrière, on bondit en rythme et l'on se jette même parfois par terre au moment des breaks. « Aligatô, »bredouille le beatboxer visiblement étonné par cette dose d'enthousiasme bon enfant. « Les étrangers ont parfois tendance à croire que les japonais ne savent pas faire la fête mais c'est complètement faux, »explique l'un des rares membres du public parlant un peu anglais. « Au contraire, nous n'avons pas peur d'y aller vraiment à fond, »précise-t-il avec un sourire. Àcôté de lui, Dana, un américain venu vivre au Japon depuis presque 15 ans confirme sans hésiter :« À Tokyo, il y a tout un réseau de club qui organisent d'énormes soirées tous les week-end. Et elles sont toujours pleines. »Il sait de quoi il parle puisqu'il a lui même créé le Re:birth Festival, un gigantesque événement dédié à la techno et à la psy-trance, qui se tient tous les ans à Chiba, à seulement une heure de Tokyo. Là-bas, il invite des DJ et musiciens japonais mais aussi des artistes venus de l'étranger. Car les japonais ont toujours eu un faible pour la musique venue d'ailleurs. Et ce n'est pas Saro qui va dire le contraire. Une fois le concert terminé, c'est une longue séance collective de selfies qui s'organise dans la salle. « C'est souvent comme ça en Asie. Les gens se disent que si tu as fais le déplacement jusqu'ici, tu es forcément une sorte de superstar, »rigole le beatboxer. Et il faut bien le reconnaître, ce soir, il est effectivement une superstar.