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Grand Blanc : dernier concert, premier slam et les certitudes du surmenage

Mi-décembre, la groupe français défenseur des fiestas sans lumières donnait son dernier concert de l’année 2016. Comme si vous y étiez.

Il lui reste quelques morceaux de ténèbres dans la gorge alors il les crache comme il peut. La poignée de faux sauvages qui lui fait face a décidé de kiffer, c’est la dernière chanson. Benoît porte un T-Shirt du groupe Las Aves, le trio dresseur de styles qui a aussi sorti un album cette année. Il l’enlève, prend le micro en otage et plonge dans le pogo bien sous tous rapports qui borde la scène. « Samedi la Nuit ! ». Il gueule et ça arrive enfin : on le chope par les guiboles, il slame, il sue un max. « Fourrière ! Rebours ! Repère ! Faubourg ! Folie ! Salope ! Samedi la nuit ! ». Extinction des feux. C’était le dernier concert des quatre Grand Blanc en 2016, « J’avais jamais slamé avant » lâchera le parolier une fois dehors. Confession d’un mec vidé. Le groupe revient d'Asie, a écumé les salles et les villes de l'hexagone sur des mois entiers, mais c’est à Fontenay-sous-bois au festival Les Aventuriers que la figure imposée des shows animaux est passée. Ni un but ni une fin en soit, mais maintenant au moins, c’est fait.

GRAND BLANC. ❄️

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C’est fait aussi : défendre le premier album sur scène pendant quasi un an, encaisser les interviews qui vont avec et sortir des clips surbossés pour chaque single. 2016 est pliée en quatre. Ce soir-là Grand Blanc était finalement sur un beau point de bascule : entre la fin de leur plus grosse année en tant que groupe et le moment où tout, ou presque, sera à refaire. Composer encore, sortir un autre album, étonner, faire la même chose, enchaîner de nouvelles dates, assurer la promo... l’avenir de Grand Blanc dés 2017 est aussi prometteur qu’imprévisible. Trois soirs plus tôt ils avaient pour mission de tout donner à la Gaité Lyrique en plein paname. Une date bien plus en vue que ce passage final ; le moment de montrer à "la Haute" que la tournée les avait fait progresser, qu’ils étaient beaux, mieux calés, qu’il n’y a plus d'erreur mais une belle énergie, un univers, et toute la mythologie qu’on prête aux groupes qui doivent, parce qu’ils sont Français, faire et refaire leurs preuves à tout jamais. Du coup, à Fontenay, c’était le baroud d’honneur. Il s’agissait de tout lâcher, ciao la tournée, c’était Grand Blanc, époque Mémoires Vives.

entre le surmenage et la certitude de tout défoncer

Le batteur Luc portait son T-shirt de La Femme pour la énième fois, le bassiste Vincent était assez détaché pour atteindre le summum de la réussite technique et Camille, céleste et désinvolte au micro comme au clavier, se débattait aux-côtés des trois autres contre cette foutue fatigue. Et c’est là que Grand Blanc a accusé le coup, à cheval entre le surmenage et la certitude de tout défoncer : leurs yeux à ouverture automatique ont vu s’enchaîner les tubes. Les voix étaient au top sans qu’ils aient eu à forcer, le son était clairement moins bon que pour Her qui jouait en première partie, mais le doute de « L’Homme Serpent », la montée de « Surprise Party », l’oubli de « Tendresse » et la course de « Verticool » ont tous atteint leurs cibles. La preuve avec cette foule. Venue pour Her et qui donnait d’abord l’impression d’être restée pour Grand Blanc par politesse, et qui après quelques invitations au vice a fini par aimer ça. Même à bout de force Grand Blanc a frappé plus fort que pas mal de nos petits groupes quand ils donnent tout.