Music par Clémence Meunier 31.05.2016

Confettis, pistolets à eau et bonne musique : la folie Elrow

Confettis, pistolets à eau et bonne musique : la folie Elrow

Des confettis, des danseurs perchés sur des échasses, un décor digne de Disneyland… Et le tout accompagné de bonne musique, loin de l’EDM et ses shows où la musique est oubliée. Vous ne rêvez pas, ça existe : les soirées Elrow nous viennent d’Espagne, et ont débarqué pour la première fois en région parisienne à l’occasion du festival Marvellous Island les 14 et 15 mai dernier. On ne pouvait pas rater ça.

Base nautique de Torcy, 16 heures. Marvellous Island commence à se remplir tranquillement, les festivaliers se ruant vers la scène « beach » pour profiter des quelques rayons de soleil. Pourtant, à quelques mètres se trament de drôles de choses. La seule scène couverte du festival accueille en effet Elrow, et derrière le hangar des petites mains font quelques retouches sur des costumes à paillettes. Dans le coin, on ne les connaît pas beaucoup : si cette joyeuse bande d’Espagnols a déjà travaillé sur des festivals du sud de la France, c’est la première fois qu’ils débarquent en région parisienne. « J’étais déjà venu une fois à Paris, mais je n’ai vu que le club où j’allais faire la fête », s’amuse Victor de la Serna, le directeur du booking d’Elrow. « Cette fois, on a visité la tour Eiffel, le Louvre… » Mais le tout en une heure et demie, top chrono. Il faut dire que Victor, Alex, Maxime (le contact français) et compagnie ont du boulot : pendant deux jours, le grand hangar de Marvellous est à la Elrow Family. N’est-il pas surfait de s’appeler « famille », comme tous les labels et autres organisateurs se voulant « à la cool » ? Non, car Elrow est littéralement une histoire de famille.

Chicago en Espagne

Tout commence dans les années 40, à Fraga, petite ville espagnole comptant aujourd’hui 15 000 habitants. La famille Arnau est propriétaire d’un cinéma, le Florida. Après avoir repris les rênes d’un café voisin ouvert en 1870, les Arnau se mettent à organiser des soirées dansantes, des représentations théâtrales, des concerts live… Voilà que naît en 1942 le Florida 135, alors que Franco vient d’arriver au pouvoir. « Il s’agit probablement du plus vieux club espagnol. Les gens du village disaient des Arnau qu’ils étaient fous ! », raconte Victor avec son débit de mitraillette. « En tout cas, ils étaient très en avance sur leur temps : la déco du club n’a pas changé depuis trente ans, et encore aujourd’hui c’est avant-gardiste ». Forcément, le décor d’une rue de Chicago des années 30 transposé dans un club du fin fond de l’Aragon, ça détonne.

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Mais dans les années 2000, Juan Jr et sa sœur Cruz, représentant la sixième génération d’Arnau dédiée à la fête, se lancent dans un nouveau projet : Elrow. « Ça a commencé comme une discothèque, en dehors de Barcelone, ouverte les vendredis et samedis, poursuit Victor le directeur du booking d’Elrow. Ça n’a pas marché, on perdait beaucoup d’argent. On a failli fermer le club, mais les Arnau ont eu cette idée il y a six ans de changer de formule et d’ouvrir en after, le matin. Puis de jouer avec les gens, à toute petite dose, en achetant des jouets gonflables, des pistolets à eau… J’imagine que ça a plu ! ». Des rendez-vous le dimanche matin qui revitalisent l’industrie de la fête ? Ça ne vous rappellerait pas une certaine péniche parisienne ? Eh bien Elrow le faisait déjà des années plus tôt, mais dans une optique bien moins sérieuse. « Je ne dis pas que je n’aime pas les fêtes minimalistes sans déco, j’ai grandi avec ça… Mais on ne veut pas de techno berlinoise dans une warehouse. C’est très bien pour les clubs, mais ce n’est pas Elrow. » Non, Elrow, ce sont des couleurs qui explosent la rétine, des confettis qui se posent dans les cheveux, et des sourires dans tous les coins, des organisateurs aux DJs en passant, évidemment, par le public. Rien n’aura été oublié à Marvellous Island, des échassiers ayant même été conviés pour faire danser les gens, costumes tapageurs en prime. Au plafond pendaient de grandes fleurs carnivores, la scène était recouverte de lianes, de singes dessinés et de pylônes mayas.

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Du Elrow partout

Le concept plaît, et s’exporte de plus en plus : les fêtes Elrow s’installent un peu partout en Espagne bien sûr, et notamment à Ibiza (ils seront tout l’été en résidence au Space, pour sa dernière saison avant fermeture), mais commencent à tourner sur tous les continents. À date, l’équipe a déjà dans les 130 soirées confirmées sur 2015. « On est une vingtaine au siège à Barcelone, poursuit Victor, sans compter les gens qui travaillent au hangar sur les costumes et les décors – à part les animaux gonflables et les confettis, tout est fait maison. On a également un hangar à Ibiza pendant l’été, et on vient d’en ouvrir un à Tulum, au Mexique, pour couvrir l’Amérique du Nord et du Sud. On a également un agent dans chaque pays pour faciliter les relations avec les festivals qui nous invitent. Mais beaucoup de contacts se font via Ibiza, qui est une véritable vitrine : c’est là-bas que j’ai rencontré le directeur de Marvellous Island, par exemple ». A Elrow ensuite de s’adapter à la configuration de la salle, créer les décorations, les envoyer sur place, embaucher des locaux en renfort… « Ce n’est pas comme si on ramenait juste une table de mixage ! Je ne pense pas qu’il existe beaucoup voire une seule soirée avec un tel niveau de production. »

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La fête en lettres capitales

Victor est fier comme un coq. Il peut. Et pourtant, comme d’habitude, des critiques subsistent : à force de mettre autant d’énergie dans l’apparence des fêtes, est-ce qu’Elrow n’oublierait pas l’essentiel, à savoir la musique ? « Ce sont des conneries ! », répond-il en riant (jaune). « Oui, on est une grosse production, comme en EDM. Mais c’est tout de même très différent : on mélange ça avec de la musique plus underground, en visant un autre public. » Seth Troxler, Eats Everything, The Martinez Brothers ou Fur Coat, Anja Schneider et Art Department pour Marvellous Island… On est en effet loin d’un David Guetta à Tomorrowland. La fine équipe compte également des résidents, comme Marc Maya, De La Swing ou Bastian Bux. Ce dernier avait déjà une jolie carrière derrière lui quand Elrow l’a approché pour devenir résident. « Ils ont voulu me donner une chance, donc j’ai fait un set de deux heurs au club en Espagne, en première partie de Joseph Capriati. J’étais vraiment stressé… J’avais des années d’expérience, mais jouer dans un lieu si emblématique et juste avant un des plus grands noms de la scène représentait pas mal de pression. J’ai eu de la chance, tout s’est bien passé. Et me voilà ! », raconte-t-il. Le voilà en effet, à parcourir le monde avec toujours quelques paillettes traînant sur le front… Comme à peu près tout le monde à Marvellous Island. La folie Elrow est contagieuse, et c’est tant mieux : entre deux warehouse, on en a bien besoin.

  • En bonus :

On a demandé à Bastian Bux de nous résumer l’univers Elrow en un morceau. « Elrow veut dire FÊTE en lettres capitales, de l’humour, des couleurs, de la folie dans le meilleur sens du terme… Donc je dirais « Trompeta » de Sis. C’est drôle, car je ne l’ai jamais joué à Elrow, mais ce titre pourrait parfaitement être décrit de la même façon que ces fêtes : il me donne le sourire à chaque fois que je l’écoute, comme Elrow donne le sourire à tous ceux qui sont allés à une de leurs soirées ». Bonne écoute, et bon sourire !