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Le renouveau de la scène house parisienne

Le renouveau de la scène house parisienne

Depuis quelques années, la scène house prend (une fois encore) un nouveau départ. À Paris, elle connaît un réel engouement. De nombreux labels, collectifs et promoteurs se développent pour la défendre haut et fort.

L’album Homework de Daft Punk sorti en 1997 fut une révélation. Les soirées Respect, les fêtes Cheers, les bars à Bastille, ainsi que le cultissime club boulevard Poissonnière comptaient alors parmi les hauts-lieux de la house dans la capitale.

Ces soirées rassemblaient des artistes et un public avide de musique et de fêtes. Le son des pionniers américains Kerri Chandler ou Larry Levan arrive aux oreilles des Français, et la curiosité décolle. La French Touch et son lot d’innovations n'a plus eut qu'à enfoncer le clou. A tel point qu'il y a eu quelques effets négatifs : saturé de house et de disco filtré, le grand public s'est mis à préférer le retour du rock, quand des groupes comme les Strokes ont émergé. Des temps difficiles pour les passionnés de house “deep & soulful”... comme on disait à l’époque.

Entre 2000 et 2005, les sorties d’albums ou d’EPs se font rares et les clubs électro sont moins fréquentés. Une période sombre pour la house et la techno qui peinent à retrouver leur côte des années 90. Heureusement ses acteurs majeurs, qui l’avaient vu briller puis s’effacer, n'ont jamais lâché l’affaire malgré un manque évident de reconnaissance. Jusqu’à ce que la nouvelle génération soit assez mûre pour changer la donne. Jusqu'à Internet.

Des amis, des idées, du software

Sûr-connectée, la jeunesse peut assouvir ses besoins en musique. La techno est à son apogée et la house a juste besoin d'un tout petit peu plus de temps pour s’imposer à nouveau. Les artistes se sont lancés et renouvellent le genre. La création de labels ou d’associations est un jeu d’enfant, leur promotion est une partie de plaisir grâce aux réseaux sociaux et leur prospérité est assurée par la cavalerie de producteurs en herbe ou plus expérimentés. L’acquisition facilitée de matériels et de logiciels a fini de faire tomber les barrières.

Une bande d’amis, des idées et de la créativité. La plupart des labels connaissent le même départ. Popcorn Records s’est lancé en 2011 et ses fondateurs, Siler & Dima, ont toujours privilégié la nouvelle génération de producteurs français. Dans leur liste de signatures, on retrouve Andrade, Djebali, Le Loup, Seuil, Tvfrom86 ou encore S3A (Sampling As An Art) au même rang que les Américains établis Rick Wade et Chez Damier. Avec la sortie de leur premier various, Cœur d’Artichaut, en 2013, D.KO suit depuis un parcours représentatif. Le label du même nom fut créé la même année et permet aux jeunes artistes de sortir leur propre musique. La house qualitative de Flabaire, Mézigue et Mad Rey avec son target="_blank">Quartier Sex EP est désormais bien connue. Parmi eux, un petit prodige du clavier a fait son apparition. Paul Cut a la vingtaine et déjà une réputation. En deux ans, il a sorti trois EPs et participé à de nombreux projets. Il a eu le privilège de jouer aux côtés de l’idole du genre, Kerri Chandler, lors d’une soirée « revival » au Queen en 2014.

Des jeunes qui en veulent

C’est au même moment que les labels et producteurs de house de plus de trente ans, les survivants des années 2000, ont commencé à profiter de ce renouvellement. Le label de Phil Weeks, Robsoul Recordings, possède un catalogue de référence avec plus d’une centaine de sorties accumulées en quinze ans. Parmi les signatures, Joss Moog et Around7, deux amis et producteurs émérites qui font de la musique depuis 2005 ont décidé de ne pas passer à côté d’une si belle occasion. “Le plus gros changement ces derniers temps est l’émergence de tous ces nouveaux labels lancés par des jeunes ayant un désir d’indépendance très fort. Leur maitrise de la communication et du business est assez impressionnante. Si on compare aux années 2000, seuls quelques labels ont perduré et ce sont ceux qui avaient une identité musicale très forte. Le temps nous dira si les jeunes pourront s’inscrire dans la durée”, explique Around7. La house reprend des couleurs grâce aux anciens et aux nouveaux qui s’associent. Les deux compères ont lancé Ondulé Recordings, afin non seulement de sortir leurs disques, mais surtout ceux d’artistes encore inconnus. UN*DEUX, HateLate et Paul Cut ont l’ambition de porter la house music à son apogée. Antoine Gboy, DJ, producteur et cofondateur du label La Chinerie est optimiste : “C’est bien de voir que la plupart des acteurs de ce milieu ont le désir de travailler ensemble. Tant que cet esprit de partage sera préservé, cette culture qu’on défend a encore de belles années devant elle.”

Discogs, RA, Beatport

Ce que tous ces artistes et public en herbe ont en commun, c’est une culture musicale très profonde. Grâce à l’écho virulent de Daft Punk et le développement d’Internet, tout est devenu accessible en quelques clics. Avec l’arrivée de sites comme Discogs, Resident Advisor ou Beatport, de véritables annuaires musicaux permettent de tout savoir sur les artistes du monde entier. La Chinerie est d’abord un groupe Facebook dédié aux mélomanes toujours à la recherche de sons. “Chineurs de House” est un espace où chacun peut partager ses morceaux préférés en respectant une charte qualitative et non publicitaire. Antoine Gboy peut ainsi constater le flot de création qui émane de la capitale : Je pense que la nouvelle génération dont on fait partie a vraiment commencé à s’éduquer au même moment et sous l’impulsion des anciens qui n’ont pas lâché le morceau quand la culture house était au plus bas. Maintenant, on joue un rôle majeur dans son émancipation.” Le retour en force du vinyle n’a fait que donner une raison de plus aux acteurs de la scène électronique française pour ne plus hésiter. Le digging, recherche poussée et spécifique de disques, est devenu une mode et bénéficie plus que jamais aux disquaires et sites de vente en ligne. Et tous les passionnés “nouvelle génération” en savent autant, peut-être même plus que les plus expérimentés. Cette manière d’aborder la musique se ressent dans les clubs.

Une soirée au Djoon - Crédit Daily Laurel

Des clubs, des clubs et encore des clubs

Ces derniers et particulièrement à Paris, se sont adaptés à l’engouement pour ce genre. Les fêtards avides de house et de groove n’ont plus de raison de se plaindre d’un quelconque manque d’opportunité. De nouveaux lieux apparaissent, d’autres ferment ou se renouvellent et connaissent une fréquentation exponentielle. Outre les clubs spécialisés, les hauts lieux et événements de la musique électroniques actuels, comme la Machine du Moulin Rouge ou le Macki Festival ont compris l’importance du désir actuel pour la house et n’hésitent plus à lui dédier soirées et espaces. “Le public connaît et apprécie de plus en plus ce type de son et en tant que DJ, c’est forcément agréable. On ne me réclame plus de ‘coupé-décalé’ en plein milieu de mon set et ça, c’est bien, conclut Around7.

Crédits photo Gaetan Tracqui et Daily Laurel.