JE RECHERCHE
Le jour où The Strokes ont séduit l'Angleterre avec une baston en plein New York

Le jour où The Strokes ont séduit l'Angleterre avec une baston en plein New York

Le premier gros portrait des Strokes pour le NME débutait par une série de mandales entre le groupe et "trois gamins à capuche". Avant même la sortie du premier album, la furia The Strokes était lancée.

« La tournée entière était déjà à guichets fermés, avant même qu'on y pose les pieds ».

En 2011, dix ans après l'atterrissage en fanfare des Strokes au Royaume-Uni, le guitariste Nick Valensi avait toujours du mal à comprendre l'engouement qui entoura son groupe à l'été 2001. Concerts pleins à craquer, sollicitations médiatiques de partout, filles en extase et garçons jaloux, l'Angleterre était tombée raide dingue des Strokes. Et ce, avec un simple EP au son crade sous le coude, The Modern Age, ainsi qu'à des milliers de kilomètres de leur base new-yorkaise.

« Ça nous avait pris deux ans d'innombrables concerts, d'énormément de travail et de sacrifice pour se faire un peu remarquer à New York. Et Geoff (Travis, fondateur du label londonien Rough Trade) nous a propulsé bien plus haut juste en publiant nos démos et en chopant un article dans un putain de magazine ».

NMECoverStrokes09062001_150211

"Welcome To New York"

Ce putain de magazine, c'est le NME, l'historique média du rock outre-Manche. En juin 2001, The Strokes en fait la couverture, à une époque où ce type de mise en avant avait un réel impact sur la notoriété. Titré "The Strokes : Pourquoi La Crème de New-York Va Changer Ta Vie - Pour Toujours !", le portrait du groupe au buzz naissant débute par une scène complètement surréaliste, peut-être aussi forte que la couverture :

« Le premier poing est envoyé à la 30ème seconde de la première session photo de The Strokes pour le NME ». Grosse accroche. « Leur cinq minces silhouettes de cuir vêtues discutent sur un coin de rue au cœur du Lower East Side à Manhattan, quand quelqu'un hurle : "Hé fils de putes, vous bloquez tout le trottoir !". Tout le monde se retourne ». OK, suspense. « Il y a trois gamins à capuche qui veulent par évidence en découdre, en face du groupe. Quelques secondes plus tôt, ils avaient essayé d'attaquer un bus scolaire en bas de la rue. Maintenant ils nous fixaient, donc le guitariste Nick Valensi opte pour une solution de diplomatie. Il leur montre son majeur et murmure, "Fuck you, man"». Baston.

De courte durée, la bagarre inclut tous les membres des Strokes avant que la police vienne séparer les deux groupes. Sur deux paragraphes, le journaliste rend le combat de rue presque héroïque, alors qu'en y pensant, ils étaient quand même cinq contre "trois gamins". Mais peu importe, chacune de leur entrée dans la mélée de poings se lit comme au ralenti, chevaleresque. Julian Casablancas conclut : « Bienvenue à New York ». OK, punchline.

"Une vraie aspiration à l'arrivée d'un sauveur"

Quand le NME adopte un jeune groupe, ils sont connus pour ne pas faire dans la dentelle. Avec les Strokes, ils ont senti le bon filon et force est de constater qu'ils ont vu juste : avec les années, Is This It ? a accroché le statut de disque culte. Encore mieux, il a remis au goût du jour dès 2002 une foule de jeunes anglais férus de guitare, les Libertines en tête. C'était d'ailleurs le souhait du rédacteur en chef du NME de l'époque, James Oldham, comme il le confiait à Pitchfork :

« On avait beaucoup de mal à remplir du papier toutes les semaines. Les deux modes dominantes étaient le nu-metal - Limp Bizkit et Linkin Park - ainsi que des groupes anglais sensibles comme Travis, Embrace et Starsailor. Même en un bon jour, on se disait : "OK, ils ont quelques bonnes chansons, mais ils sont chiants, n'ont pas de personnalité, et ils sont mal sapés". Il y avait une vraie aspiration à l'arrivée d'un sauveur ».

À ses mots, on comprend que la mission du journal était de rendre cool ce groupe en qui ils avaient espoir, afin qu'ils lancent un nouveau courant plus proche des affinités des rédacteurs du NME. Avec le recul, la scène de baston a ainsi sûrement été bien romantisée. Peu importe, le NME a vécu par la suite vécu un nouvel âge d'or, dix ans après la rivalité Oasis/Blur, estampillant de leur tampon des groupes rock, populaires et de qualité dont les Libertines, Bloc Party, Franz Ferdinand et les Arctic Monkeys.

Des groupes qui ne seraient peut-être pas au top sans les Strokes, qui eux-mêmes ne seraient pas au top sans le NME, si l'on en croit Gordon Raphael, producteur de The Modern Age, Is This It ? et Room On Fire, toujours pour Pitchfork : « Sans cette hype au Royaume-Uni, l'EP aurait été dans les foutues ordures en 25 secondes chez n'importe quelle maison de disque américaine. Ils aimaient The Prodigy et Nine Inch Nails. Ils auraient dit que c'était démodé ».  On peut donc remercier ces trois gamins qui ont chauffé la bande à Casablancas, au bon endroit, au bon moment. Si vous apercevez les nouveaux espoirs du rock, foutez-leur des baignes, c'est pour leur bien.