Music par Kerill Mc Closkey 20.05.2016

Renaud, le jeune anar’ devenu pro-flic

« J’irais bien manifester avec vous » a déclaré le chanteur pour le blog de… la Préfecture de Police.

Renaud a publié ce vendredi 20 mai le clip de « J’ai embrassé un flic », extrait de son dernier album bien installé en tête des charts français. Écrite au lendemain du rassemblement qui suivit les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, la chanson raconte son émotion devant cette gigantesque marche solidaire du 11 janvier 2015, ainsi que son affection envers les policiers entourant le rassemblement.

De radical à radicalement différent

Entre la chanson, son clip et un étrange entretien accordé au blog de la Préfecture de Police (alors qu’il évite au maximum les médias traditionnels), sa tendresse d’un jour pour les policiers (qu’on a quasiment tous ressenti après les attentats) s’est transformée en une cause qu’il souhaite défendre. Surtout que le contexte n’est pas neutre : « Si je ne craignais pas de me faire allumer par tous les médias, j’irais bien manifester avec vous ces jours-ci à cette manif « halte à la haine du flic ! » admet-il dans l’interview.

La posture étonne, tant Renaud véhiculait dans les années 70 des opinions bien opposées. Il était un « loubard anar' » qui chantait dans « Hexagone« : « « Y sont pas lourds en février à se souvenir de Charonne/ Des matraqueurs assermentés qui fignolèrent leur besognes. La France est un pays de flics à tout les coins d’rues y’en a cent /Pour faire régner l’ordre public ils assassinent impunément ». Quarante ans plus tard, sa vision de la police est bien plus polie : « Je les vois comme des protecteurs de l’Etat de Droit, des protecteurs des citoyens lambda, des gens qui se chargent de notre sécurité et de lutter contre toute forme de criminalité, drogues, vols, agressions, terrorisme etc…».

Renaud a changé, et il l’admet lui-même dans « J’ai embrassé un flic » : « J’aurais pas cru il y a trente ans, qu’au lieu de leur balancer des pavés à tour de bras, j’en serrerais un contre moi ». Il est même devenu un réconfort pour les policiers, si l’on croit Jean-Marc Falcone, le directeur de la Police nationale : « Quand il écrit ces paroles, quand il les chante en public, ça ne peut que toucher les policiers de ce pays » remerciait le flic au micro d’Europe 1.

Un renoncement dans l’air du temps

L’un des modèles de Renaud, c’est Bob Dylan qui, ce vendredi même, sort son 37ème album : Fallen Angels. Celui-ci est en fait une collection de reprises de Frank Sinatra… Comme Renaud, il s’est désintéressé des combats, qu’il surplombe avec sa propre idée de la résistance. Dylan et Renaud ne sont pas devenus des purs réacs, ils sont juste des ultra-sceptiques. Ils l’ont vécu la bataille, et les jeunes étaient aussi cons que l’ordre en place, en gros.

Cette question de prendre de l’âge après l’engagement politique et musical est définitivement dans l’air du temps. Le documentaire East Punk Memories partait récemment à la rencontre d’anciens punks de Budapest, trente ans après leur jeunesse bruyante. Sur ceux-là, certains sont restés rebelles, mais le vivent en solo. La plupart sont juste devenus des gens normaux, intégrés dans le système. Même constat dans cet article du Guardian, qui est allé retrouver des vieux punks devenus banquier, magistrat et même… curé. Renaud a le droit d’évoluer, et c’est même à son honneur de le faire de manière si franche. Mais si chaque rebelle se désavouait de la sorte, un dangereux message pourrait se propager : celui du « ça sert à rien ».