Music par Gaspard Labadens 20.05.2016

Docu : L’évolution des techniques de rime des rappeurs américains

De Kurtis Blow en 1980 jusqu’à Kendrick Lamar aujourd’hui, en passant par MF Doom, Eric B. et Rakim, Notorious B.I.G., Black Star, Outkast et Eminem.

Au long d’une investigation de 12 minutes, la journaliste Estelle Caswell dissèque pour Vox les schémas de rimes des rappeurs américains qui ont marqué l’histoire du genre. Une sorte d’apologie de la « rapologie » réalisée avec le rappeur Open Mike Eagle et le chercheur Martin Connor. L’occasion de comprendre comment les MC’s sont passés de rimes simples et prévisibles (mais efficaces), à des schémas complexes mêlant rimes « intra-mesures » et « multisyllabiques ». La poésie urbaine est presque devenue une science, mais pas besoin d’un « doctorap » pour la décrypter. Il suffit de comprendre l’anglais et de regarder le documentaire ci-dessous.

Rimes « multisyllabiques » et « intra-mesures »

Sur l’instrumentale, chaque mesure dure 4 temps. En 1980, la rime arrivait comme une fleur sur le 4ème temps de chaque mesure. Une rime d’une syllabe, simple mais efficace. Aujourd’hui, la rime est devenue imprévisible. Par exemple, MF Doom glisse des suites d’assonances (en bleu) et deux rimes différentes (en vert et en rouge) en seulement deux mesures.

« The wort-hated God who perperated odd favors
Demonstrated in the perforated Rod Lavers » MF Doom – Meat Grinder

Mais cette manière de créer des rimes de plusieurs syllabes (multisyllabiques), tout en intégrant d’autres rimes à l’intérieur des mesures (intra-mesures), existait déjà en 1986. Eric B et Rakim furent les précurseurs de telles techniques de placement.

Techniques rythmiques

Outre les techniques de rimes, le flow repose aussi sur la longueur des « phases ». Notorious B.I.G., par exemple, alterne sa diction entre séquences courtes et séquences longues. Un bon moyen de donner du groove à son flow.

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Extrait de « Hypnotize » de Notorious B.IG.

Quand a Kendrick Lamar, il manie les double times et les triolets à la perfection. Ces deux types d’accélération de la diction sont flagrantes sur « Rigamortis », en fin de morceau. Une prouesse technique qui ne date pas d’hier : le débit du premier couplet de Mr. Funky sur « Chief Rocka  » des Lords Of The Underground, sorti en 1993, était déjà impressionnant de célérité.