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Les multiples facettes de Ry X

Les multiples facettes de Ry X

Ry Cuming navigue musicalement d’île en île depuis quelques années, cherchant à en apprendre un peu plus sur lui à chacun de ses projets. Moitié de Howling, tiers de The Acid et officiant en solitaire sous l’alias Ry X, l’Australien s’est toujours remis en question, préférant un folk intimiste au chemin pop mainstream que son label avait tracé pour lui. Portrait.

Surf in AUS

De surfeur en Australie à musicien reconnu, il semble n’y avoir qu’une encablure. Élevé par une mère professeure de yoga et un père musicien et grand amateur de vinyles, le jeune Ry Cuming (se) baigne depuis son plus jeune âge dans l’océan indien et dans les notes de musique. Assailli par l’envie d’en faire son activité principale, il n’hésite qu’un court instant lorsque se pose la grande question de rester dans son pays natal ou partir à la conquête du monde, plie bagage et se retrouve rapidement sur la côte ouest des États-Unis. « J’ai quitté l’Australie à 17 ans, nous confie-t-il. En 2005, les choses étaient différentes. De nos jours, il y a de très bons groupes originaires d’Australie, et Internet a tout changé, vous pouvez faire de la musique comme vous voulez, d’où vous voulez. Mais j’avais besoin d’explorer, de grandir, d’essayer de nouvelles choses et de suivre mon cœur. »

« Baby, I’m howling for you »

Désormais résident de Los Angeles, ville ô combien « merveilleuse, folle et magnifique » selon ses propres mots, Ry ne se contente pourtant pas d’y surfer, de manger des mangues et de faire de la méditation. En trois ans, l’artiste a sorti pas moins de trois albums et quatre EPs sous trois alias différents. Stakhanoviste, vous dites ? C’est bien peu dire. En 2012, il sort sous le nom Howling en collaboration avec Frank Wiedemann - du label Innervisions - un premier titre, également intitulé « Howling ». « J’ai rencontré Frank grâce à ma copine de l’époque que j’ai suivie à Berlin. Je suis arrivé là-bas au milieu de l’hiver, c’était tellement gris et déprimant. J’adorais l’idée que dégageait cette ville, mais je ne la comprenais pas. Avec Frank, nous partagions la même ouverture d’esprit, la même douceur ; nous nous complétions l’un l’autre. Je crois qu’il ne se rend pas vraiment compte de la place qu’il occupe à Berlin, il est un peu le roi. »

Tombé dans la potion magique de la techno et de la house berlinoise sans vraiment s’y attendre, Ry pioche dans cette nouvelle vie de producteur-clubber des idées qui ne lui avait jusqu’à présent pas effleuré l’esprit. « On joue dans des clubs à trois heures du matin ou dans des caves sombres, c’est beau et transpirant à la fois ; c’est également l’une des faces de ma personnalité. Avec Howling, on tente de dépasser les frontières de la scène électronique de manière non conventionnelle, car on monte ce projet comme une création live. »
Leur premier track deep house est rapidement remixé par le duo allemand Âme - dont Wiedemann fait également partie - et tout s’enchaîne alors très vite grâce au DJ « numéro un » Dixon, qui clôt sa Boiler Room en 2012 avec le titre, propulsant le duo dans une toute nouvelle galaxie. « Cela nous est tombé dessus et nous avons décidé de continuer à faire de la musique ensemble. Frank a un studio incroyable à Berlin, une sorte de Disneyland. Il y a beaucoup d’amour entre nous, mais aussi avec Dixon et Kristian (Beyer, l’autre moitié d’Âme, ndr). Nous avons beaucoup de respect les uns pour les autres, nous sommes tous amis. »

Musique sous influence

Non content de ce projet de vie berlinois, Ry Cuming s’est également lancé dans une nouvelle aventure : The Acid, aux côtés du DJ et producteur vétéran du mouvement breakbeat anglais Adam Freeland et de Steve Nalepa, beatmaker pour de grosses pointures américaines - Drake et The Weeknd en tête de liste. « J’avais rencontré Adam alors que je n’étais encore qu’un adolescent. Je l’ai recroisé à LA quelques années plus tard et il m’a expliqué qu’il terminait ses sets du moment par un certain morceau intitulé ‘Howling’. Je lui ai dit que j’étais à l’origine de ce track et nous avons tout simplement commencé à faire de la musique ensemble. »
Les trois compères ont sorti leur premier album, Liminal, en 2014 : des productions électroniques lourdes et froides en prise avec un minimaliste omniprésent. Poussés par l’envie de ne pas se reposer sur leurs lauriers et de lier les différents arts, ils viennent également de boucler la bande-originale d’un film antinucléaire. Ry ne cache d’ailleurs pas son envie de poursuivre dans cette voie pencher un peu plus : « J’adore faire des musiques de film. Je pense que c’est quelque chose que je veux faire plus, des musiques qui tirent vers l’ambient. J’ai encore tant de choses à explorer. »

Cheesy pop

Avant ces diverses expérimentations musicales, l’artiste avait tenté un premier plongeon dans l’industrie du disque ; expérience somme toute assez peu convaincante. En 2008, c’est sous son nom de naissance, Ry Cuming, qu’il sort un premier album, de la pop cheesy franchement écœurante. « J’ai signé sur un label lorsque j’avais 18 ans, alors que je n’étais pas encore entièrement construit. Je voulais juste faire de la musique, mais si vous n’avez pas une vision forte, quelqu’un d’autre l’aura pour vous - dans le cas présent, mon label de l’époque ». Présenté comme un « chanteur-surfeur pour pin-up », Ry Cuming se retrouve rapidement à faire la première partie de Maroon 5 ; une expérience qui l’a forgé : « Je regardais Adam (Levine, ndr) sur scène et je me disais que ce n’était pas moi, que je ne voulais pas être ça. Surtout que contrairement à Maroon 5, beaucoup de groupes font semblant de jouer, de chanter… Mais de cette manière, vous ne pouvez pas être honnête, vulnérable, changer la vie des gens et atteindre leur cœur. Alors je me suis dit que si je remontais un jour sur ces grandes scènes, ce serait pour faire la musique que j’aime. »

Lavé de toute volonté musicale, le jeune Cuming quitte rapidement son label, congédie son management et se retire de l’industrie du disque avant de s’envoler pour l’Indonésie afin de se ressourcer et se retrouver. Il revient aujourd’hui plus en forme que jamais avec un nouveau projet (encore !) initié sous le nom Ry X.

Ry (History) X

Cela fait quelque temps déjà que le nom Ry X traîne dans nos oreilles. Souvenez-vous : courant 2013, on découvrait son premier morceau, « Berlin », grâce à une publicité Sony faite de pétales de fleurs. Derrière cette dénomination ouverte à la collaboration - il nous explique l’avoir choisie afin de pouvoir accoler le nom d’un autre artiste après - se cache assurément le projet le plus intimiste de Ry, loin de vouloir se la jouer cool ou hype. « Une chanson comme ‘Berlin” n’aurait pas pu être chantée avec une grosse caisse ; il y a certains moments, certaines choses qui demandent d’être mis à nu. Plusieurs personnes m’ont demandé des nouvelles de Ry X, alors j’ai pensé qu’il était temps de mettre de l’énergie dans ce projet ». Son inspiration, c’est dans ses différents voyages qu’il la puise. Il faut dire que depuis son adolescence, il arpente les routes du monde du Costa Rica à Bali en passant par Tahiti et le Japon, ramenant à chaque fois des petits talismans porte-bonheur.

De cette implication spirituelle résulte un premier album, Dawn, disque folk aux faux airs de Bon Iver et Jeff Buckley - dont il nous explique être un fan de la première heure et se retrouver en lui en termes de chant et de falsetto. D’une douceur incomparable, le disque fait s’enchaîner les ballades et permet au chanteur australien d’allier maturité, simplicité et sérénité à la perfection. « Je voulais créer un album à écouter lorsque le soleil se lève, avec personne autour », dévoile-t-il.
Composé dans la plus grande intimité, dans sa maison perchée sur les hauteurs de Los Angeles, ce long format a été le moyen de revenir à des sources plus personnelles « Je tournais à l’époque avec Frank et The Acid et j’avais besoin d’être seul pour faire la musique. Cela n’avait pas de sens d’être en ville ou en tournée, je devais être loin de tout. Du coup, j’allais surfer, me promener et je rentrais composer la nuit au piano et à la guitare. C’était la meilleure façon de retrouver mon moi intérieur. L’enregistrement s’est également fait intimement et silencieusement : je suis allé en studio avec seulement un ingénieur et nous avons tout fait sur l’album. »

Prochaines destinations ?

Se nourrissant de la musique au quotidien, Ry X est déjà de retour en studio avec The Acid et Howling - dont le premier LP Sacred Ground est sorti courant 2015. Il rêve également de collaborer avec Björk, « une déesse », Radiohead ou encore Sigur Ros, pour qui il jouerait volontiers en première partie. Quant à la pop, c’est bel et bien fini pour lui : « J’ai déjà eu des offres de jeunes artistes pop qui voulaient travailler avec moi, mais je les ai toutes refusées. »
Et lorsqu’on lui demande si l’on a enfin rencontré toutes les facettes de sa personnalité, il nous rétorque : « Je pense qu’il y a certains côtés de ma personne que vous n’avez pas encore rencontrés et que je n’ai peut-être pas encore découverts moi même. Je peux très bien jouer dans une église, ou bien dans un club transpirant à cinq heures du matin… Mais cela prend du temps d’explorer toutes ces choses ». Il faudra donc garder un œil du côté de l’Australien et s’attendre à voir bouger les choses, que ce soit en solitaire, accompagné par The Acid ou bien plongé dans la deep house berlinoise.