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Mayday, Boys Noize est de retour

Mayday, Boys Noize est de retour

Héros de la fameuse turbine de la fin des années 2000, Alex Ridha aka Boys Noize montre avec son quatrième album Mayday qu’il est en fait plus proche des Chemical Brothers que des Bloody Beetroots. La présence d’un casting varié, allant de la pop de Poliça au hip-hop de Spank Rock en passant par le prodige Hudson Mohawke, assure la réussite d’un disque très agité mais jamais saoulant.

Don’t believe the hype

Sur le premier album d’Alexander Ridha, Oi Oi Oi, sorti en 2007, figurait ce titre en forme de leitmotiv, celui d’une époque bardée de ces hérauts qui ont épuisé à eux seuls une bonne partie de l’encre réservée aux line-ups des festivals de la fin des années 2000, des artistes comme Justice, Simian Mobile Disco ou les Bloody Beetroots, et donc vous l’aurez compris, de celui que chacun connaît sous le pseudo de Boys Noize. « Don't Believe The Hype », un titre qui, quand on connaît l’immense culture musicale du producteur allemand, natif de Hambourg et berlinois de cœur, résonnait sans doute aussi comme un hommage à peine voilé au tube du même nom de Public Enemy, sorti en 1988.

Et si on cherchait l’équation aboutissant au résultat de son quatrième album, Mayday, nous y croiserions justement les spectres de cette grande culture musicale, doublés d’une modestie et d’une lucidité artistique assez surprenante compte tenu du nom qu’il a su se faire sur à peu près tous les dancefloors de la planète, comme on peut le lire dans le numéro de mai du magazine Tsugi : « J’aurai pu avoir un deal de distribution avec mon label et pour moi en tant qu’artiste. Mais j’ai toujours refusé les offres. Imaginons que je signe pour EMI ou Universal avec des gens qui aiment sincèrement ma musique et qui me soutiendraient, ils seraient peut être virés six mois plus tard et remplacés par d’autres qui eux ne s’intéresseraient qu’à l’argent et au nombre de ventes et si ma musique passe à la radio. Or je ne fais pas de la musique pour la radio, si ça arrive : super, mais ce n’est pas mon approche initiale. Quand un gros label investit sur toi, il veut un retour sur investissement ». Une indépendance et une liberté revendiquées qui lui ont autant permis de traîner du côté de Snoop Dogg (pour le titre « Got It ») que de Kelis, de Skrillex, sous pseudo Dog Blood, que de Mr Oizo, avec qui il a formé le duo Handbraekes pour deux EPs (#1 en 2012 et #2 en 2014), mais qui s’avèrent surtout être les bases idéologiques de son propre label, Boysnoize Records, créé en 2005.

Docteur Boys et mister Noize

Quand il lance son propre label, Alex Ridha s’est « seulement » fait la main avec deux maxis, dont un premier, The Bomb/Boy Neu, sorti sur International Deejay Gigolo, le label allemand aux visages multiples de DJ Hell, connu pour avoir hébergé quelques Jeff Mills, Miss Kittin & The Hacker, Zombie Nation, Fischerspooner ou encore Justice vs Simian pour le célèbre « Never Be Alone ».

C’est donc très tôt qu’il goûte à la production d’artistes, puisqu’il est aussi bon de rappeler qu’il n’a que 22 ans à l’époque où Boysnoize Records voit le jour. Mais le label va rouler sa bosse, tranquillement, rythmant son activité de très nombreuses sorties, parmi lesquelles celles de target="_blank">Shadow Dancer, Les Petits Pilous, target="_blank">Housemeister, target="_blank">Siriusmo, target="_blank">Spank Rock, target="_blank">Erol Alkan, Peaches, target="_blank">SCNTST ou encore Chilly Gonzalez pour l’album Ivory Tower, sorti en 2010 —  qui se verra doté, si ce n’est dans le titre, du moins dans l’esthétique, d’un second volet sous le pseudo Octave Minds, et un album du même nom, sorti en 2014 — une collaboration aussi surprenante qu’intéressante dans la carrière du jeune producteur allemand, comme s’il nous livrait ses fantasmes pop, le revers de ses propres dancefloors, en témoigne par exemple l’utilisation du synthé de « Ich Rush U », présent sur le troisième album de Boys Noize, Out Of The Black, sorti en 2012, et transformé en un thème plus mélancolique dans le titre « Initials KK » que l’on trouve sur Octave Minds. Comme si, finalement, depuis toutes ces années, de celles où, gamin, il écoutait le grand frère passer du Farley Jackmaster Funk sur la sono de la chambre familiale, à ces innombrables collaborations professionnelles qui ont rythmé sa carrière, il se nourrissait mais surtout nourrissait une grosse bestiole cachée au fin fond de son placard ; ou plutôt une cyber-bestiole, nommée, pourquoi pas, Mayday.

Mayday mayday

Et à l’écoute de Mayday on se dit que la bestiole n’a pas dû être facile à contenir dans ce placard, qu’elle a dû le faire trembler pendant de longues nuits agitées de rêves et de cauchemars. Parce que ce quatrième album de Boys Noize est profondément agité, torturé, il remue les tripes comme les bassins, et si Alex Ridha a toujours eu un penchant pour les dancefloors plutôt sombres – rappelons l’artwork de son premier album, Oi Oi Oi, une tête de mort façon boule à facettes sur fond noir – il se distingue cette fois-ci par sa faculté à transcender les genres et les couleurs avec un degré de complexité très proche du zéro : qu’il se réapproprie les codes d’un R&B à première vue un peu niais (« 2 Live ») ou ceux des anciennes gloires de la Motown (« Dynamite » en collaboration avec Benga), plane sur ce Mayday de tout sauf de détresse, un esprit punk façon Chemical Brothers, on pense notamment aux titres « Rock The Bells », « Midnight » ou au martelant « Would You Listen ».

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Un album qui se refuse à la linéarité ou à l’homogénéité au profit d’explorations plus osées, parfois même opposées, notamment via des choix de collaborations particulièrement intéressants : l’excursion trap/hip-hop avec Hudson Mohawke et le vieux copain Spank Rock pour un « Birthday » hypnotique, qui a tout d’un tube en devenir. Il s’offre même une parenthèse pop mélancolique, un peu à la manière de ce qu’il pouvait avec Chilly Gonzalez, avec Channy Leaneagh, chanteuse du groupe Poliça (« Starchild ») ; mieux, on se dit que le titre en question pourrait même offrir de belles perspectives à la carrière de la chanteuse américaine, dont les productions avec Poliça peuvent laisser penser qu’elles tournent parfois un peu en rond. Un Mayday venu tout droit de l’espace pour aliéner les dancefloors estivaux, qui sera pourvu d’un tout nouveau concept live, et qui prend une signification différente quand on découvre sa genèse, un album conçu dans la souffrance de la perte d’un être cher. La noirceur ne l’a peut-être pas totalement quitté.

  • Mayday de Boys Noize est dans les bacs ce vendredi 20 mai

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The Talent Boutique & La Gaïté Lyrique présentent : Boys Noize ! Il est considéré comme l’un des meilleurs DJs actuels de par sa technique, mais aussi par ses capacités de showman. Boys Noize fera un show spécial lors de la release party. C'est le 25 mai à La Gaîté Lyrique. Gagnez vos places !

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