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Un album avorté avec Cassius, la fête, la dépression et son retour : Uffie sort du silence

Un album avorté avec Cassius, la fête, la dépression et son retour : Uffie sort du silence

« Je n’étais pas heureuse. J’avais l’impression de m’être enrôlée moi-même dans de l’esclavage d’enfant. Je n’étais pas prête »

Six ans après Sex Dreams & Denim Jeans, son album controversé sorti sur Ed Banger, Uffie a enfin redonné signe de vie en réactivant ses réseaux sociaux. Pire, elle prépare un second album : d’après SPIN qui est allé la rencontrer, elle aurait déjà sept démos prêtes à être enregistrées. Démos que le magazine américain décrit ainsi, après une écoute au bord d’une piscine de Beverly Hills (ils ont même obtenu les titres) :

« "Tied Up ", "Uffie’s Pirate Ship", "F**king Ghosts", et l’estomaquante ballade "Halloween » montrent une variété impressionnante. Certains délivrent du pop-punk urgent, combatif ; il y a une ballade introspective avec de la profondeur dans les paroles ; et Uffie étant Uffie, il y plein de bangers inspirés du rap. C’est une collection agréablement étrange tenue ensemble autant par l’enthousiasme rayonnant d’Uffie (on peut pratiquement l’entendre sourire jusqu’aux lèvres sur ces morceaux) que par son honnêteté sans filtre »

Mais avant de faire écouter ses nouveaux morceaux, la chanteuse née à Shanghai s’est confiée sur sa vie de soudaine starlette des années 2000, sa musique de l’époque et son départ soudain du show-business. Voici les citations à retenir de cet entretien, dont une aussi de Pedro Winter, boss d’Ed Banger.

Ses débuts, sa musique et l’enregistrement de Sex Dreams & Denim Jeans

« Je pense que la voix gamine d’une adolescente confrontée à ces beats de malade a vraiment crée un nouveau son »

« Je n’avais aucune confiance en tant qu’artiste parce j’y ai été propulsée adolescente. J’avais un sentiment de culpabilité parce que les gens qui faisaient mes premières parties avaient travaillé si dur, si longtemps pour en arriver là, et moi j’avais l’impression de n’avoir rien mérité »

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« Je n’étais pas heureuse. J’avais l’impression de m’être enrôlée moi-même dans de l’esclavage d’enfant. Je n’étais pas prête. Je ne me voyais pas comme une artiste. Genre, je pleurais, je marmonnais quand j’étais en enregistrement. Il n’y avait rien de naturel ou d’organique. C’était juste si stressant. Ce n’était pas fun »

Pedro Winter : « Elle ne savait pas rapper ou chanter. Feadz (le producteur et petit ami d’Uffie dans les années 2000, ndlr) était un vrai conducteur musical pour elle. Il l’utilisait comme un instrument vocal. C’était unique. J’ai immédiatement voulu les signer. Au début elle était la copine du DJ. Feadz et Uffie étaient des vrais bêtes de fête… Sa musique était composée de sang, de sueur et de larmes. Ils formaient un couple amoureux, mais parfois ça ressemblait à Tina et Ike Turner (un autre couple sulfureux et pas avare en violentes disputes, ndlr).

De concerts en fêtes, de fêtes en concerts :

« Je n’avais pas de chez moi. Ma vie était dans une valise »

« Ma fille allait chez ma grand-mère, mais ça en est arrivé à un point où elle était la maman et moi le papa, à la maison le lundi et le mardi, tentant d’aller d’une vie à l’autre. C’était horrible »

« Quand ça arrive si rapidement et que tu as du mal à tenir la cadence, tu n’as pas une minute pour t’en détacher. Les foules devenaient plus larges, et l’emploi du temps plus hectique, mais c’est tout. Je n’avais juste pas la confiance pour l’accepter »

« Cette époque était un peu traumatisante. Je suis devenue une maman très jeune, et j’ai essayé de concilier… Mais quand tu commences à 16 ans, c’est sûr que tu vas te chier dessus, que tu vas faire des erreurs. J’avais l’impression que les gens encourageaient ça, et c’était amplifié vu que c’était sur internet. Ça a juste commencé à m’écraser. Tous les soirs, je devais être celle que tout le monde imaginait : la gamine fun et festive. C’était leur soirée fun de la semaine, mais pour moi, ça devait être comme ça tous les jours. Ça te rattrape. J’ai commencé à m’énerver contre les publics. A partir d’un moment, je me moquais d’eux, parce que j’en avais marre. C’est de la musique de fête, c’est fun, mais quand c’est de mercredi à samedi durant des années, tu ne le vois plus comme ça »

« J’ai eu une sorte de crise de panique, j’ai dû aller me reposer deux mois dans une clinique. Je n’avais pas de problèmes en soi, je ne me sentais juste pas bien, je ne savais plus qui j’étais »

« Je ne mangeais pas assez. Je ne dormais pas assez. A un moment, je me disais "Je ne vais pas survivre à ça. Ce n’est pas normal. Ça ne vaut pas ma perte". J’étais juste devenue une coquille »

« Ça m’a brûlé fort. C’était trop, trop vite ».

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A propos de l’enregistrement d’un second album avec Cassius, qu’elle finit par effacer totalement avant de s’exiler aux Etats-Unis, loin de la musique

« Je me souviens être partie au sud de la France, parce que c’est mon coin sûr, là où habite mon père. Je suis partie enregistrer alors que j’étais enceinte de huit mois, et la nuit d’avant je me dis « Putain, je ne veux pas le faire. Pourquoi je le fais ? Qu’ils aillent tous se faire foutre, je vais suivre ma voie et avoir ma propre vie ».

Son retour en 2016 :

« C’est sympa la manière dont tout le monde se rappelle en bien de moi, et tout le monde est excité. Mais après tu t’inquiètes : "Est-ce qu’ils vont vouloir que tu sois la sale pétasse que tu étais auparavant ? Est-ce qu’ils vont accepter que je progresse ? Et si non, est-ce qu’un nouveau public sera ouvert à ça ?" Ce n’est pas mon rôle. S’il y a bien un compliment que je me donnerais, c’est que je m’en bats les reins des autres ».

Credit Photo : ©Wilson Lee pour SPIN