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Pepso Stavinsky : « on me dit de redescendre de ma soucoupe volante »

Pepso Stavinsky : « on me dit de redescendre de ma soucoupe volante »

En plein dans la sortie de Les Hérétiques volume 2, en tandem avec ReZO, petit point sur Pepso Stavinsky, parmi les rappeurs les plus atypiques de sa génération.

Voilà maintenant plus d'un an que le rappeur angevin Pepso Stavinsky ne cesse de suer pour le projet Les Hérétiques sous l'alias Rezinsky, groupe qu'il forme avec le beatmaker rennais RezO. Le deuxième volet de ce diptyque est sorti le 6 mai dernier chez le Label Météorites (distribué par Modulor), en version digitale et sur CD. Une suite de 15 cris sans pudeur de Pepso, graphiste trentenaire mystérieux et atypique, qui tente de lier sa personnalité à sa musique. En 2013, le rêveur était déjà assez pertinent pour s'auto décrypter. La preuve : son superbe premier opus Voir la Lune, en adéquation avec son caractère perché : « Depuis que je suis tout petit, on me dit que je suis dans la lune. Sur mes bulletins de notes, les profs écrivaient : 'redescends de ta soucoupe volante'. Comme j'aime travailler ma musique en fonction de ma personnalité, c'est resté. ». Compilation des interludes rêveuses de Pepso :

« euh qu'est ce que je disais » [...] « je sais plus de quoi je parlais » [...] « je digresse grave désolé »

Voilà pour les présentations, indispensables lorsqu'on parle d'un rappeur « scred ». Mais comme évoqué plus haut, le emcee sait se présenter lui-même mieux que personne. Pour le découvrir, rien de tel qu'une immersion de 60 minutes dans Les Hérétiques (tomes I et II) : son monde sans pudeur, désinhibé et romantique. Un poète aussi complexe que décomplexé, qui bénéficie en prime d'un RezO assez large pour pouvoir trouver un beatmaker capable de sublimer sa plume indomptable.

Plutôt Gainsbourg que Fuzati

À la première écoute, Pespo rappelle les rappeurs qu'il nomme « les mecs de un jour peut-être ». Il les évoque : « J'ai beaucoup écouté Triptik, Grems, le Klub des 7, mais pas tellement le Klub des Loosers. J'ai pas ce côté fanatique dans le rap mais il y a quand même des mecs que je kiffe à fond. Grems est un des meilleurs rappeurs en France pour moi. Ce genre de gars un peu 'ovnis' avec une grosse personnalité et la plume qui va avec. Lomepal et JP Manova sont très forts aussi. » Le featuring avec Grems sur son album ressemble alors presque à une consécration. Et Pepso Stavinsky est loin de faire pâle figure à côté d'une de ses « idoles ».

Cependant, ses influences ont évolué avec le temps : « C'est pas les trucs que j'écoutais quand j'étais 'glandeur', mais je me suis inspiré beaucoup de Serge Gainsbourg et Léo Férré à partir de mes 23 ou 24 ans. Pour les réalisateurs, j'aime bien Eric Rohmer et Martin Scorcese. Je lis beaucoup Patrick Modiano aussi. ». Pas très ado' insouciant tout ça.

La crise de la trentaine

« Je vois mes potes se marier, avoir des enfants, acheter des baraques, bref, avoir un cheminement - je vais pas dire normal parce que je n'aime pas ce mot - mais en adéquation avec la société dans laquelle on vit. Parfois je me dis que je vieillis et qu'il faut que je fasse des choix », constate Pepso avec sa bouille juvénile. Des questions qui amènent fatalement à la nostalgie, palpable à l'écoute de « Cezare » (extrait du tome I).

Les femmes, les femmes et les femmes

Pepso assume et explique cette récurrence d'allusions à la gent féminine dans ses morceaux : « je parle beaucoup des femmes en général. Enfin du rapport entre l'homme et la femme. Ou de mon rapport avec les femmes. Ou du rapport que je voudrais avoir avec les femmes. Ou de mes fantasmes avec les femmes. ». Déjà, dans le volume 1, une « Jolie Môme » faisait son apparition. On parlait de Léo Férré tout à l'heure, vous l'avez ?.

L'image de la femme revient de plus belle dans le volume II, à une différence près : « sur Les Hérétiques I vous baisez, sur Les Hérétiques II vous faîtes l'amour ». Une interprétation d'un pote de Pepso que le blondinet a trouvé très juste : « Je suis un locataire dans la vie, avec les femmes et dans la musique. Par exemple pour la musique, mes chansons ne m'appartiennent plus à partir du moment où elles sont publiques. Chacun en fait ce qu'il veut ».

Salopette et bonnet rouge

La botte secrète de cette double hérésie, ce n'est pas une chaussure haute mais une salopette. Le look à la ville de Pepso a beau ne pas être si excentrique, sur scène, il se métamorphose. En live, il déambule vêtu d'une « salopette 2 en 1 » qui fait à la fois office d'habit et de sous-vêtements. Il raconte l'histoire de son accoutrement fétiche : « C'est parti du clip éponyme 'Les Hérétiques'. Et je me suis dit qu'elle collait bien au délire de chacun de mes morceaux. A la base, c'était pour créer un univers 'red neck' pour le clip. J'aime bien parce que ça me rappelle Coluche, mais aussi les vieux jeans, comme Gainsbourg à l'époque ».

Pepso laissera son acolyte RezO compléter l'anecdote, puisqu'elle ne concerne pas que lui : « C'est une salopette de femme, plus précisément la salopette de ma femme, et encore plus précisément : ce n'est pas une salopette traditionnelle puisque c'est sa salopette de grossesse ! » raconte le beatmaker, amusé.

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Lorsqu'on lui demande s'il est nu sous sa salopette, Pepso répond : « oui mais j'avais un bonnet ». Punchline. Un détail important  : « Le Bonnet rouge, c'est pour le côté breton, le délire rappeur marin. C'est plus un truc esthétique pour me démarquer. »

Bonus : « J'ai jamais bu d'oasis. »

Lorsqu'il ne joue pas les livreurs de galettes dans des clips, Pepso clashe des fraises à la télé.

« Au casting, ils cherchaient un rappeur style Nekfeu/Orelsan. Certains pourront dire que c'est un truc de « chetane », moi je pense qu'il faut vivre avec son temps. Il n'y a plus de sous dans la musique, il faut aller les chercher ailleurs. »

© Photo - Noémie Metaireau