Music par Gaspard Labadens 09.05.2016

Jean-Michel décrypte Jarre : « Electronica 2 : The Heart Of Noise »

Jean-Michel décrypte Jarre : « Electronica 2 : The Heart Of Noise »

Jean Michel Jarre a rencontré 31 artistes pour fomenter son double album Electronica (vol.1 & 2). On l’a rencontré aussi, il a commenté un à un les titres de son nouvel album. 

Après la sortie de Electronica 2 : The Heart Of Noise ce vendredi 6 mai, Jean Michel Jarre a enfin bouclé le second tome de son marathon des featurings à la recherche de l’essence de la musique électronique. Lors de la présentation de ce second volume de Electronica à la presse, le producteur portait des lunettes de soleil dans un studio souterrain. Un détail qui en dit long sur la singularité profonde du personnage. Pionnier de la musique électronique, véritable encyclopédie du genre, JMJ décortique avec minutie les rencontres, les villes, les studios, les instruments, les influences, et tout le bric à brac qui lui ont permis de mettre sur pied le diptyque colossal qu’est Electronica.

« J’ai pris contact avec un certain nombre d’artistes avec qui j’avais envie de travailler. Ils ont tous dit oui. Du coup je me suis retrouvé avec des tonnes de musique » raconte Jean Michel Jarre. Le héros electro explique que ce deuxième volet est composé : « des morceaux qui n’étaient pas tout à fait terminés lors de la sortie de l’album 1. » puis il a commencé à auto-analyser son opus, track par track. Le tout avec des références musicales et cinématographiques à la pelle. Illustration lorsqu’il évoque « Giselle », né de la rencontre avec Sébastien Tellier : « C’est un morceau entre cure et Bronski Beat avec Gainsbourg à l’autotune ». Compilation des meilleurs punchlines de JMJ.

« J’ai pris contact avec un certain nombre d’artistes avec qui j’avais envie de travailler. Ils ont tous dit oui. » – Jean Michel Mojo

« The Heart Of Noise » ft. Rone

« Rone me fascine par son approche impressioniste de la musique élecronique. J’ai commencé la démo à Londres suite à notre rencontre à l’Olympia. Il a ensuite composé à Berlin avant qu’on se réunisse à Paris. » – Jean Michel UE


« Brick England » ft. Petshop Boys

« Les Peshop Boys c’est le style unique british pop-rock qui se marie à la musique électronique. Une sorte de mélange entre le côté happy, clubby, dancefloor et une sorte de mélancholie typiquement londonienne. C’est un hommage, un clin d’oeil à tous les paysages urbains anglais qui me touchent beaucoup et qui reflètent un contexte social. »

« These Creatures » ftJulia Holter

« Julia est une sorte d’ange un peu futuriste, entre des harmonies assez folles et des sons concrets, pas si loin de Pierre Schaeffer. Avant son dernier album elle mélangeait carrément des sons enregistrés dans la rue avec des instruments qu’elle joue. Notre morceau s’est fait d’une manière assez artisanale. »

« As One » ft. Primal Scream

« Primal Scream ont fait un morceau que j’aime bien : « come together », rien à voir avec le truc des Beatles. L’idée était de prendre un sample et de le changer complètement: partir d’un truc psyché et spacy pour aller progressivement vers une sorte de stadium anthem. » – Jean Michel Bidouille

« Here For You » ft. Gary Numan

« Gary Numan est un peu un music hero échappé de Blade Runner de Philip K. Dick. J’ai fait un morceau avec une séquence un peu dissonante, qui correspond à l’idée que j’avais de lui, ça l’a fait marrer lorsqu’il l’a entendu. »

« Electrees » ft. Hans Zimmer

« La musique électronique vient d’Europe continentale et de notre héritage de la musique classique, elle est en cela super éloignée du rock et du blues américain. Hans Zimmer représente bien ça. C’est aussi un geek qui a une grosse collection de synthés dans son studio ».

« Exit » ft. Edward Snowden

« Ce type me fait penser à ma mère qui était une grande résistante et qui s’est engagée en 1941. A l’époque les résistants n’étaient pas du tout populaire, mais considérés plutôt comme des gens qui allaient causer des ennuis à la masse silencieuse. Edward Snowden, contrairement à ce que dit la C.I.A. n’est pas du tout un espion ni un traître mais quelqu’un qui questionne son pays de manière positive. Pour la première conférence vidéo dans mon studio, Il est apparu de manière étonnante derrière une adresse URL longue comme le bras. J’ai découvert qu’il était très branché musique électronique. L’idée était de prendre une ou deux phrases de lui et de les intégrer au morceau. Je l’ai aussi filmé pour le live. » – Jean Michel Scred

« What You Want » ft. Peaches

« Dans le monde politiquement correct dans lequel on se trouve, les artistes comme Peaches, provocatrice sans être vulgaire, ça fait du bien. »

« Giselle » ft. Sébastien Tellier

« On s’est dit qu’est ce qu’on va faire ? Bah un morceau entre cure et Bronski Beat avec Gainsbourg à l’autotune. Ça donnera un clip intéressant. »

« Switch On Leon » ft. The Orb

« Un triple hommage à The Orb, à Robert Moog qui a popularisé le premier synthétiseur, et enfin à Leon Theremin, l’inventeur du premier instrument électronique dans les années 20. Quand j’étais a Moscou j’ai rencontré un arrière petit fils de ce dernier qui m’a donné un sample original de la voix de son arrière grand-père qui commence le morceau.» – Jean Michel Historique

« Circus » ft. Sirisumo

«Un des artistes les plus intéressants de la scène berlinoise techno. Il a un univers très particuliers avec ses beats cassés et autres sons de pianos distordus. On dirait presque de la musique de cirque, d’où le titre.»

« Why This, Why That and Why » ft. Yello

« Ce son spécial vient d’un duo qui allie electro et humour. Boris Blank est un génie du son. Dieter Meir, lui, c’est un dandy joueur de poker qui a des restos de viande argentine un peu partout. »

« The Architect » ft. Jeff Mills

« Je considère vraiment Jeff Mills comme un architecte du son, il y a une manière à la fois abstraite et assez structurée, presque mathématique de composer. Je lui ai demandé de faire un solo avec son instrument de prédilection : la TR909. Il est un des rares à en jouer en live, un peu comme un batteur de jazz. On voudrait aussi le faire sur scène. J’ai rajouté quelques riffs de cordes, qu’on aime bien tous les deux insérer dans la musique électronique ». Jean Michel From Detroit

« Swipe To The Right » ft. Cindy Lauper

« Cindy est un monstre musicalement et une acrobate avec sa voix. Une grande allumée, elle a un autotune naturel dans ces cordes vocales. On a fait ce morceau autour de l’idée de Tinder ». – Jean Michel Match

« Walking The Mile » Christophe

« On devait faire un morceau sur son album qui vient de sortir (Les Vestiges du Chaos, ndlr), il m’avait envoyé les maquettes et j’ai trouvé le titre assez tôt mais avec le temps que m’a pris ce projet Electronica 1&2, ça s’est petit à petit réduit à ça. Du coup il m’a dit qu’il faudrait peut être qu’on fasse un titre ensemble « histoire que je n’ai pas l’air d’un con auprès de ma maison de disques ». Je suis heureux que Christophe soit dans cet album ».

« Falling Down »

« C’est un morceau où je me suis dit que ce serait bien de collaborer avec moi-même. En fait j’aurai voulu être chanteur, j’ai trafiqué ma voix parce que je n’avais pas l’organe qu’il fallait, et en même temps j’étais assez obsédé par le fait de travailler avec le son des premiers jeux vidéos du style Pacman, Donkey Kong, chose que je n’avais pas pu faire non plus. Le thème, c’est que lorsqu’on parle de l’espace on parle souvent de décoller, d’aller vers le haut, alors que comme on le sait dans l’espace il n’y a ni haut ni bas, d’où le tomber dans l’espace. »

« The art of noise » – démo 

« C’est la démo que j’ai faite en premier par rapport à ce projet, que j’ai montrée à Rone pour qu’on puisse partir sur le premier titre. En fait l’idée de cet album est au fond assez en phase avec la manière dont on consomme de la musique ou du contenu culturel, quelqu’il soit. On est dans une époque où l’on peut à la fois zapper sur Youtube et prendre des morceaux de trois minutes, mais aussi se taper une saison entière de Game Of Thrones. J’espère que ces deux façons de consommer l’album conviendront aux uns et aux autres. »

Bonus :

« Sur « Rely On Me » avec Laurie Anderson, je parlais de l’idée que la plupart des gens caressent plus leur smartphone que leur partenaire. » – Jean Michel punchline