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Les bonnes vieilles méthodes de Big Budha Cheez

Les bonnes vieilles méthodes de Big Budha Cheez

Ils rappent sur bandes analogiques et tournent leurs clips à la pellicule 16mm. Originaire de Montreuil, le duo Big Budha Cheez redonne une seconde vie aux méthodes d'antan. Nostalgie ou goût du travail bien fait ?Fiasko Proximo et Prince Waly font le tour de la question.


"J'irais au bout de mes rêves, où la raison s'achève". L'autoradio crache un vieux tube de Jean Jacques Goldman.  À l'intérieur de la Volvo S70, Fiasko Proximo, 24 ans, rappeur de Big Budha Cheez. Nous sommes rue Marceau, au sud de Montreuil, et la nuit tombe sur la Seine Saint Denis. La vieille voiture grise se rapproche tranquillement d'un studio d'enregistrement. "Dans ma caisse, j'ai mes habitudes, sourit Fiasko, les mains sur le volant, gros sweat Enyce sur le dos et casquette vissée à l’envers. Je n'écoute que Nostalgie."  

Dans le local traînent un vieux Mac, des magnétos de différentes tailles, quelques cannettes de Coca. Sur un mur, une peinture de près d'un mètre de large. Dessus, sont dessinés deux gaillards costauds en survêtement. "C'est la pochette de notre tout premier CD, explique le rappeur. Derrière, il y a aussi le nom des chansons, notre logo, etc. Tout est fait au pochoir." Prince Waly, deuxième membre du binôme, acquiesce de la tête. C'est ici, dans leur ville de Montreuil, que les deux hommes ont enregistré leur troisième EP, l'Heure des Loups.

Magnétos et pellicule 16mm

Comme sur chacun de leur projet, le duo tient à préserver leur façon de faire à l'ancienne. Depuis 2009, toutes leurs chansons sont enregistrées sur bandes analogiques. "Au début, quand on était mineurs, on s’enregistrait à l'ordinateur, se souvient Fiasko, également beatmaker du groupe. Et puis j'ai commencé à regarder pas mal de documentaires rap, comme The Source ou Wu Tang Story. J'observais le genre de machines qu'ils utilisaient : des bandes, des grosses tables de mix, etc. Je trouvais que ça ne sonnait pas pareil que nous. Un jour, j'ai acheté 600 euros un magnéto sur Internet, je suis allé le chercher dans une cité, et je l'ai ramené au studio." Reste encore à faire marcher l'appareil. "La première fois que j'ai posé ma voix dessus, je me suis dit que c'était mort... Au début, on ne comprenait pas le fonctionnement, c'était une vraie galère. J'ai investi pas mal de temps, d'argent et de connaissances pour apprendre à m'en servir. Heureusement que notre ingé son, Spootnik, m'a pas mal aidé."

Même combat pour les clips du groupe. « Notre réalisateur, Clifto Cream, travaille sur de la pellicule 16mm, mais il connaît très bien ces machines », pose Waly. De quoi assurer aux vidéos un grain d'un autre temps. Fiasko : "Clift est comme nous, il est un peu taré avec ce genre de techniques. Il a appris les mélanges chimiques pour développer la pellicule. En gros, il gère tout de A à Z, iI n'y a que pour la numérisation qu'il y a un intervenant. On envoie nos bandes à un gros numérisateur à Saint Denis. Là bas, tu as l'impression d'être à l'hôpital, ils sont tous en blouse blanche."

Inspirés par les séries HBO

Derrière ce goût pour les techniques old school se planque une passion pour les séries HBO du début des années 2000. "Les Sopranos, The Wire, Oz, détaille Waly. Ce n'est pas notre génération, ce sont nos grands frères qui nous ont influencés en les regardant. Dès que ça part en égo-trip, je me sens obligé de faire au moins une phase sur l'une des trois séries. Quelque part, ça donne un côté cinématographique au texte : tu écoutes le son et après tu te fais des images dans ta tête." Une sériephilie que l'on retrouve jusque dans les productions du duo, explique Fiasko. "Dans le projet, il y a un son qui s'appelle e.M Cité, c'est le nom d'un quartier cellulaire de Oz. Pour ce titre, j'ai samplé la bande son de la série. Pour un autre, qu'on n'a pas conservé dans le projet, j'ai fait une boucle avec le générique des Sopranos. " Entre les quatre murs du petit studio montreuillois, chacun défend son personnage favori. Pour Waly, Bodie Broadus de The Wire. Son compère, lui, penche pour Cyril O'Reilly, le taulard irlandais de Oz - "c'est un vrai chien, mais il s'en sort toujours".

Suffisant pour les classer aux côtés des X-Men, autres adeptes des films de gangster, dans la grande famille du rap français ? « Comme nous, Ill et Cassidy parlent beaucoup de cinéma dans leurs paroles, abonde Fiasko. Ils citent parfois des films nazes, parfois des bons films, mais la référence a toujours un sens avec leur phrase. »  iPhone à la main, Waly revient sur ses techniques d’écriture. « J’écris tout sur mon téléphone, affirme-t-il en pointant l’appareil du doigt. Le plus souvent, dans ma chambre, tout seul, le soir ou la nuit. Je mets Netflix sur mon ordinateur, et je regarde par la fenêtre, vers l’entreprise de chinois installée en face de chez moi. Avant, je matais TF1 pour écrire. Un mec pouvait lâcher une phrase dans une pub, ça m’inspirait. Dans le rap, il n’y a pas de codes, tant que c’est de la création. C’est comme « ouloulou », le nouveau gimmick de Booba : ça vient en fait  du dessin animé Tchoupi, qu’il doit regarder avec sa fille.»
Cela dit, la véritable inspiration des Big Budha Cheez reste Montreuil, leur ville de toujours, qu’ils ont rebaptisé « M. City ». « Montreuil c’est le jour, M City c’est la nuit, développe Fiasko. Le nom de notre nouvel EP, l’Heure des Loups, c'est-à-dire la tombée de la nuit, c’est aussi une référence à M. City. On veut aller encore plus loin dans la description de cet univers. » Son acolyte jette un coup d’œil dehors, puis l'interrompt en souriant. « D’ailleurs, je ne sais pas si c'est un hasard, mais notre disque sort le jour de la pleine lune ».

  • Redécouvrez le très chouette mini-docu Organique qui donne la parole aux potes du collectif Exepoq organisation, ingénieurs du sons et manageuse des Big Budha Cheez.

  • Le premier album des Big Budha Cheez, L’heure des loups, sort le 22 avril.
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