Music par Antony Milanesi 23.04.2016

Griefjoy : « C’est l’album de la force tranquille »

Pour leur deuxième album sorti le 22 avril, les ex-niçois ont dû se défaire de leurs habitudes rock, et trouver la sérénité suffisante pour pondre Godspeed, un disque aux accents berlinois.

Quand ils étaient petits ils écoutaient Muse. Maintenant ils s’habillent surtout en noir et font dans l’«electro-electro». Terminé l’electro-rock. Terminé l’époque où ils avaient « des choses à se prouver à [eux]-mêmes ». Pour leur nouvel album Godspeed, les niçois montés à Paname ont bossé avec Francesco Donadello. Francesco est un gros bonnet du son berlinois. Celui de Moderat, de Nils Frahm. La classe. La classe parce que c’est Francesco qui a mixé l’album de Griefjoy, et que ça s’entend assez.

Des sons lourds, graves et sombres : « c’est l’album de la force tranquille. Avant, on calculait, on se demandait si ce qu’on faisait était trop pop ou pas assez. Maintenant on est serein, quand on veut faire un morceau efficace on le fait ». Guillaume Ferran est le leader de Griefjoy. Quasi-control freak, il aime répondre seul aux interviews, c’est surtout pour dire « moins de conneries et aller plus loin dans la réflexion« .

Loin des tremplins

Comme beaucoup ou trop peu, les quatre Griefjoy en sont arrivés là grâce à ces maudits tremplins. Là où les groupes s’écharpent jusqu’à la mort. C’était l’époque Quadricolor (victorieux du concours les InrocksLab en 2009). Après il a fallu changer de nom pour sortir un premier album en 2013, mais ça n’a pas effacé le traumatisme. « La compète c’est loin de l’esprit de la musique. On dit bravo à tous les groupes, mais les perdants sont dégoutés. Les tremplins sont souvent la seule porte de sortie pour accéder à la région, à la France, on était jeune c’était pas terrible.» La moyenne d’âge de Griefjoy est de 24 ans.

« On est pas Bloc Party »

Le nouveau son de Godspeed s’apprécie surtout en live, et ça n’a plus rien à voir avec les pulsions surchargées qu’on a pu connaître. « On n’arrive plus sur scène en se disant qu’on va tout casser, on est pas Bloc Party. Un bon concert, c’est quand on arrive a emmener les gens là où on veut. Le disque rend d’ailleurs moins bien si tu l’écoutes au casque. Le son est plus épuré, sans filtre, moins cérébral. Il te faut vraiment les sub-basses ». Et puis il y a la tension que le groupe fait grimper. « On aime reprendre tous les sons que tu as pu entendre dans le morceau et les envoyer tous en même temps, on aime les climax. Les climax sont jouissifs. » Le fait est que c’est ce qui marche en live, que l’on voit qu’il y a eu du boulot. Et pour des types qui ont chopé le virus en répétant d’abord à deux, pour s’occuper le samedi après-midi, c’est plutôt bien joué.

« To our families and friends, thank you for your love and support, thank you for always being there and helping us carry it all. Nothing would be possible without you. This is for you» – remerciements de Godspeed.