Music par Violaine Schütz 19.04.2016

Pourquoi tout le monde veut un morceau de Petit Biscuit ?

Pourquoi tout le monde veut un morceau de Petit Biscuit ?

Petit Biscuit, tout jeune Rouennais, a accompli le rêve de gosses qui composent des tracks dans leur chambre. Ses morceaux postés sur le net l’an dernier l’ont érigé en phénomène. Des millions de vue sur Soundcloud, un Olympia et toujours pas la grosse tête. On lui a demandé quelle était sa recette à cet attachant nouveau prodige électro.

En 2016, la formule a beau être connue, elle ne fait pas moins fantasmer. Comme Daft Punk à l’époque d’Homework, des milliers de jeunes, en Province comme à Paris produisent seuls sur leur ordinateur, en rêvant d’être les nouveaux Disclosure. Un jour, ils postent leurs morceaux sur Soundcloud ou Youtube, telle une bouteille à la mer. Et parfois, quelqu’un la trouve et tombe amoureux du message contenu à l’intérieur. C’est l’histoire de Mehdi Benjelloun, dont le projet Petit Biscuit s’avère en bouche plus succulent et étonnant que les autres.

Ce petit frère spirituel de Flume, The XX et James Blake, fan de Fakear et de Nils Frahm signe une musique électronique lunaire, éthérée, dépaysante et fragile. Il la décrit de son côté comme « poétique, dynamique et mystérieuse, soit mes trois objectifs musicaux, avec le fait de proposer quelque chose qui parle de moi et de mes expériences. » Son univers s’avère en tout cas assez mature et mélodiquement fin, comme pour hypnotiser l’auditeur. Son tube d’after « Sunset Lover » a ainsi atteint plus de 20 millions d’écoutes sur Soundcloud. Sans doute parce que cette sensibilité mélancolique et pénétrante fait écho à celle d’un tas d’autres grands enfants qui grandissent au rythme d’une actualité nationale et internationale en dents de scie et dont la courbe ne remonte pas.

L’avenir appartient à ceux qui se couchent tard

Une première partie d’Odesza remarquée à Paris en avril, un concert sold-out et une apparition en festivals. Le succès est fulgurant et assez fou à l’heure où l’industrie du disque peine à s’en tirer en dehors du digital. Mais la formule n’a rien de magique. Derrière ce modèle de réussite 2.0 se cache beaucoup de travail. « Je passe parfois la nuit à me plonger littéralement dans un morceau. Je suis comme habité par un sentiment lorsque je compose. » Le Rouennais a également débuté tôt, ce qui explique sa maîtrise précoce. « J’ai commencé la musique à 5 ans avec le violoncelle, raconte-t-il, puis le piano et la guitare. J’ai toujours été curieux, je voulais expérimenter de nouvelles choses et sentais que la musique serait un terrain aux possibilités infinies. Je me suis lancé dans la production à 12 ans. Le déclic fut la découverte de la musique électronique un an plus tôt, avec des mecs comme Bonobo. Puis j’ai trouvé toute une génération de nouveaux artistes sur Soundcloud. J’ai vu qu’ils venaient des quatre coins du monde et que leurs posts étaient très spontanés, du coup, je me suis dit « Pourquoi pas moi ? » »

Ses premiers titres sont enregistrés avec sa guitare, son piano, son ordinateur. L’une de leur originalité ? Mehdi n’hésite pas à faire appel à des copains chantant a cappella, dont ils samplent et triturent les voix tels des instruments. « Même si j’ai eu un parcours musical assez classique, je pense que ma façon d’appréhender la production était dépourvue de technique. J’ai tout appris seul, cherchant avant tout la créativité, ce qui ferait que le son ne sonne pas comme un autre, qui le rendrait plus mystérieux et personnel. » Sur scène, il y a aussi beaucoup de pain sur la planche pour Petit Biscuit. Le jeune garçon utilisant à la fois des percussions, des claviers et sa six cordes pour recréer au mieux l’atmosphère planante et intense des chansons initiales.

Premier de la classe

Ce qui touche le plus chez Petit Biscuit, c’est sa timidité, son humilité – qui a inspiré son pseudo – et sa normalité face au tapage qui se joue autour de lui. Toutes les majors et les tourneurs veulent le signer, mais l’ado sincère ne s’emballe pas. « Je suis un mec super discret. Du coup j’en ai pas vraiment parlé à qui que ce soit de mon projet au lycée. Maintenant, je remarque que les gens sont de plus en plus au courant et réagissent assez bien, voire me soutiennent. Je trouve ça très cool et motivant. » Mehdi pourrait être notre petit frère ou ce jeune cousin dans son monde qui s’enferme dans sa chambre jusqu’à la nuit tombée pour triturer ses logiciels de son. Sur ses photos de presse, il baisse la tête, tourne le dos, s’habille simplement (hoodie, parka et sac à dos), bref, ne pose pas.

Héritier d’une attitude très électro old-school — la lignée lointaine Underground Resistance — autant que grunge, son image « profil bas » contraste avec la surexposition actuelle des artistes sur les réseaux sociaux. Qui n’a pas vu le torse musclé de Calvin Harris ou la petite amie canon de The Weeknd ?. S’il n’avait qu’un conseil à donner à un jeune producteur, ce sera celui-ci : « Je lui dirai de ne pas chercher à faire comme les autres, c’est ce qui trahit. Pour moi, la musique n’est pas une histoire de style mais de vibrations qui parlent ou non à certaines personnes. Alors le but consiste à faire passer ces émotions à travers chacun des tracks, à créer un monde un peu différent, meilleur que le nôtre. Internet m’a poussé à créer Petit Biscuit. Je le considère comme un petit miracle permettant à n’importe qui de tomber sur ton son. Quand on y pense, c’est assez beau. » Ce biscuit là se mange décidément sans faim, plus tendre madeleine de Proust qu’indigeste cupcake coloré à la mode.

  • Premier EP auto-produit disponible le 13 mai.

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