Music par Kerill Mc Closkey 18.04.2016

On a rêvé du morceau de James Blake qui va durer 20 minutes

La chanson de tous les fantasmes.

James Blake a annoncé que son prochain album, Radio Silence, était fini. Et on a aussi appris jeudi dernier, lors de sa nouvelle « Residency » sur BBC Radio 1, que le troisième album du musicien britannique comportera 18 morceaux, dont un de 20 minutes ! Étonnant pour un producteur connu pour son minimalisme que Brian Eno himself décrivait comme un travail « principalement par soustraction, il prend beaucoup de trucs et finit avec des morceaux très squelettiques ». On est tellement intrigué par ce que peut donner une chanson de 20 minutes fabriquée par James Blake (juste le dire fait bizarre) qu’il est apparu dans nos rêves ce week-end. Sisi. Voilà ce que ça donnait.

Déjà, le titre. Le morceau s’appelle « Too Too Long » pour rendre hommage au « Too Long » de Daft Punk, qui s’étirait sur dix minutes pile. Moitié moins que celui de James Blake, et donc avec un « Too » en moins. De plus, le second extrait déjà entendu de Radio Silence s’appelle « Timeless », comme pour nous annoncer une sorte de réflexion sur le temps…

0’01 : Bruit de pluie. Mélancolie anglaise.

0’15 : Toujours la pluie.

0’28 : Toujours la pluie.

0’32 : Toujours la pluie. Mais plus calme.

0’35 : Ah, une grosse caisse raide démarre.

0’47 : « Eight… Seven… Six… Five… Four… Three… Two… One… Lift Off » : le même compte à rebours que sur « Space Oddity » de David Bowie. Le compte se conclut d’ailleurs sur un « Rest In Peace David » déclaré par une voix trafiquée.

1’07 : Un sample de Bowie hurlant « Time ! » tiré de la chanson du même nom se répète sur un beat machinal qui prend de l’ampleur.

1’35 : La voix de James Blake apparaît finalement. Douloureuse, elle clame aussi « Time » en réponse au sample de Bowie.

2’00 : Supporté par des notes de piano déstructurée à la James Blake, le beat accélère, tout comme la cadence du back-to-back entre Bowie et Blake.

2’26 : Aïe aïe aïe, ça se mue en morceau house de folie là.

3’39 : Putain on commençait à prendre notre pied là, et le morceau s’arrête brutalement sur un gars qui crie « Silence ! »

3’43 : « Silence ! »

3’47 : « Silence ! ». Cette voix nous dit quelque chose.

3’51 : « Silence ! This is Radio Silence and you’re listening to the new David Fuckin’ Bowie ! Yeah, I said it, nigga. The New David Bowie ! ». Ho mon dieu, c’est Kanye West ! James Blake avait annoncé un featuring de Yeezy il y a quelques temps, et ça s’est donc confirmé.

4’19 : « This is Radio Silence, now hear me freestyle ! ». Un lourd beat west coast (pensez à « Maad City » de Kendrick Lamar) teinté de neo-soul détonne et Kanye West se lance en solo, non sans commencer par son « han! » caractéristique.

4’40 : Kanye West parle du succès de The Life Of Pablo, n°1 des charts par le streaming etc…

5’15 : Il parle de sa bite.

5’57 : Il parle de sa course contre Tyler, The Creator et comment Coachella l’a censuré.

6’23 : En vrai, il rappe de ouf, « No More Parties In LA » style.

7’04 : « I feel like David when I’m working on my shoes ! / I feel like David when I see me on the news !/ I feel like David… »

7’32 : BAM ! Chance, The Rapper débarque ! Rappelez-vous, il a habité en coloc’ avec James Blake pendant un temps, à Los Angeles.

8’13 : Hahaha Chance, The Rapper ressort en fait tous les dossiers de la coloc avec James Blake. Comment sa peau de britannique brûlait sous le soleil californien, sa cuisine de merde, mais aussi les fêtes autour de la piscine et le soir où Chance a retrouvé son coloc entrain de dormir sur le toit avec une part de pizza sur la tête. Des histoires de bro’. C’est très drôle.

james chance

10’35 : Chance et Kanye s’échangent les punchlines dans la joie et la bonne humeur, avec un James Blake qui commence même à faire des scratchs sur son beat.

11’56 : « Silence ! »

12’04 : « This is Radio Silence, and this is James Blake ». Bruit de balles tennis. « Naaaw, not this one. The real James Blake ». Le même beat que la première partie, sans les « Time », redémarre, mais de manière plus funky, avec notamment un parfait sample du « toudou-tou-dou » de « Midnight City ». Pourquoi ? Comme M83, Blake s’inspire de sa vie à Los Angeles, loin de son pays.

12’31 : Inutile de vous dire que c’est du très bon. Très dansant et décalé.

15’50 : Ça fait plus de trois minutes là, ça fait sauter au plafond.

16’03 : Le beat ralenti progressivement, avec des grosses basses dubstep qui s’incrustent de manière imprévisible.

17’00 : Toutes les couches de samples et synthés se sont évanouies, ne reste plus que le lent beat squelettique, aux confins de la trap. D’ailleurs on entend un gars répéter « trapped, trapped, trapped ». C’est Julian Assange, le leader de Wikileaks, confiné dans l’ambassade d’Équateur à Londres. Une manière de surpasser Jean-Michel Jarre et son duo avec Edward Snowden.

17’27 : Le piano de James Blake s’enclenche, des notes graves et fébriles. Il prend le micro et raconte son histoire d’amour avec Theresa Wayman, la chanteuse de Warpaint, relation qui prit fin rapidement. Oui, il l’a fait : il a rendu un beat trap triste, émouvant et humain.

19’45 : « Silence ! »

19’50 : Violons.

19’57 : Flûte.

20’15 : Cuivres.

20’21 : Le duo Blake/Bowie reprend. Avec Frank Ocean en plus.

20’23 : Frissons.

20’55 : Un dernier gros bang de l’orchestre et silence radio.

james frank