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"Je veux vivre à Porto et y écrire un album" : Kevin Morby nous parle des villes de son cœur

"Je veux vivre à Porto et y écrire un album" : Kevin Morby nous parle des villes de son cœur

Avec Singing Saw, Kevin Morby vient de sortir l'un des plus beaux albums du début de printemps. Auparavant membre du groupe psychédélique Woods et basé à New York, le chanteur à la voix douce s'est installé en 2013 à Los Angeles, ville où il a façonné son œuvre la plus ambitieuse et inspirée, clairement influencée par La Cité Des Anges. On a donc voulu découvrir ces villes qui ont rythmé le parcours de Kevin Morby, décrites de son œil et de son cœur de baroudeur.

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Kansas City

« Je suis né au Texas, mais j’ai grandi dans une banlieue de Kansas City. C’était à 15 minutes de la ville, et à 15 minutes de la campagne : j’ai pu goûter aux deux mondes. Mes parents viennent de la ferme, et on allait régulièrement au lieu d’origine de mon père, en pleine cambrousse.

Mais j’aimais aussi être en ville, surtout que Kansas est bien plus tranquille que New York ou Los Angeles. Le traffic surtout, ça n’a rien à voir ! C'est à Kansas que je suis tombé dans le rock’n’roll. Pas beaucoup d’artistes s’y rendent en concert, c’est un peu loin de tout. Donc on a commencé avec mon très cool groupe d’amis à jouer dans les caves de nos parents. On était une bande de potes de banlieue, mais à l’âge de 15 ans, on est parti à la découverte de la ville : on a réalisé qu’on pouvait faire la même chose dans des galeries d’art que dans les caves des paternels ! C’est là que je suis vraiment devenu féru de musique. J’étais dans un groupe punk très comique, les Creepy Aliens. De bons moments ».

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New York

« La tournée, c’est un moment où tu as très peu d’intimité et où t’es obligé de socialiser. Et c’est la même chose à New York, donc j’en ai eu marre ! Quand je vois comment mes amis de New York vivent actuellement, je sais que j’ai bien fait de partir. Les loyers sont devenus tellement chers… J’ai un pote avec deux colocataires chez lui, et il paye 1300 dollars par mois ! Pour une petite chambre ! A New York, et j’aime toujours cette ville hein, je devais avoir un job à mi-temps pour vivre. A un moment, j’ai réalisé qu’à Los Angeles, je pourrai juste faire de la musique. A partir de 2012, il y a eu un exode massif des artistes en provenance de New York et San Francisco vers Los Angeles. Comme Ty Segall ou Mikal Cronin par exemple, je suis parti ».

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Los Angeles

« J’ai déménagé avec ma petite amie dans une maison construite par un réalisateur dans les années 1920. Il y a un grand bâtiment où le propriétaire habite, puis un autre petit endroit qui ressemble à la tour d’un château. C’est là qu’on s’est installé. En fait, l’histoire raconte que le réalisateur a bâti cette tour pour sa maîtresse. Lui vivait avec sa femme dans le bâtiment principal, et rendait visite à son amante à côté…

La maison se situe dans les hauteurs de Los Angeles. C’est proche du centre-ville, mais c’est aussi à quelques pas de la nature, en haut des montagnes. Comme à Kansas, j’ai retrouvé ce mix des deux. New York est très unidimensionnelle, c’est partout urbain. J’aime avoir le meilleur des deux mondes : ça fait du bien de fermer la porte et de ne pas avoir la tentation de sortir, tout en ayant la possibilité de succomber aux tentations quand on le souhaite.

J’ai écrit mon nouvel album dans cette maison. Je me réveillais avec ma copine qui partait au boulot le matin, et je me retrouvais avec toute la maison pour moi tout seul. Ça ne m’était jamais arrivé auparavant ! C’est pour ça que Singing Saw est plus ample que mes précédents albums : j’avais plus de temps, et plus d’espace ».

Porto

« J’ai toujours adoré l’Espagne, mais on me rabâchait souvent « si tu aimes l’Espagne, tu seras fou du Portugal ». En 2014, pour ma première tournée solo européenne, j’ai donc dit à mon agent : « trouve-moi n’importe quel concert au Portugal ! ». Je voulais juste y aller et rester dix jours. Je me suis alors retrouvé dans une petite ville à 45 minutes de Porto, dans un endroit magique, une sorte de vieux conservatoire en bois avec un cours de danse dans une salle, une grande réception dans l’autre… C’était superbe, romantique. Je me souviens aussi que la veille, au moment même de passer la frontière portugaise, j’ai aperçu des flamants blancs au loin. C’était ma première vision du Portugal. Je me suis tout de suite dit : « Kevin, tu vas adorer ce pays ! ».

Le lendemain, je suis parti à Porto avec ma copine, parce qu’elle y connaissait quelqu’un. On avait réservé un Airbnb, mais la dame était en retard d’une heure. Arrivé à l’endroit, elle nous prévient, et on décide donc d’aller se promener rapidement. Et là… « BAM ! HO MON DIEU ! C’est complètement dingue ! ». On était arrivés sur le Pont de Gaia, qui était à deux pas de l’appartement ! On se marrait tellement on n’en croyait pas nos yeux de la hauteur et de la beauté du truc.

J’ai ensuite passé une dizaine de jours de folie, je suis tombé amoureux de tout ce que Porto proposait…La bouffe, la vie, l'architecture... Quand je pense aux vacances, je m'imagine chiller et manger du poisson, comme à Porto. C'est une manière de vivre très poétique. Mais je veux aussi y vivre un jour. J’aimerais y passer au moins six mois et y écrire un album. Je ne sais pas du tout à quoi cela pourrait ressembler, peut-être à un gros délire fado… Mais j’espère être capable, un jour, de le faire ».