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L’album de la semaine, Hervé : PJ Harvey, « The Hope Six Demolition Project »

L’album de la semaine, Hervé : PJ Harvey, « The Hope Six Demolition Project »

PJ Harvey captive une nouvelle fois sur un neuvième album au son unique.

Sur ses deux premiers albums, le Velvet Underground était un groupe de rock qui faisait de la performance artistique, et un groupe artistique qui faisait du rock. C’est l’un des mérites de l’expo sur le groupe à la Philarmonie qui montre un clan dont la musique, l’imagerie, l’attitude, l’aura, étaient autant celles d’un clan rock’n’roll que d’un collectif bohème. Et la rencontre ne paraissait jamais forcée.

Il y a de ça aussi dans le nouvel album de PJ Harvey. Promu comme une réflexion sur la guerre et la misère du monde, The Hope Six Demolition Project est aussi l’album le plus crade et instinctif de PJ Harvey depuis ses premiers ébats grunge. Son plus rock quoi.

« The Community Of Hope » est le genre de morceaux qui devrait ouvrir chaque album à guitare : on est en voiture avec PJ Harvey, et on déboule à travers une ville fantôme sur « une autoroute vers la mort et la destruction ». L’école municipale ressemble à un « trou de merde ». Les habitants sont des « zombies ». La chanteuse anglaise termine son trajet en répétant qu’un supermarché va ouvrir ici. Bagnole et tristesse contemporaine, le combo parfait du rock.

« Ministry Of Defence » débute sur un riff presque drone, quand son compère de nom « Ministry Of Social Affairs » préfère le blues. Les deux sont ensuite bougés par des orchestrations audacieuses où des cuivres quasi free-jazz se balancent entre les lignes. Un credo récurrent sur l’album, dont la plus belle exécution intervient sur « The Wheel », où des saxophones de fanfare funèbre sont accompagnés d’une guitare hyper lointaine dans le mix, stridente et presque en solo perpétuel.

En compagnie de son groupe, PJ Harvey crée ici un son assez unique. C’est boueux, humble, mais en même temps joué avec une force collective frondeuse, menaçante. On pense à une version contrôlée du Captain Beefheart des sixties. L’instrumentation avance mais ne pète jamais, crée des atmosphères de tremblement, de suspens qui sonnent fébriles et épiques en même temps.

Les paroles sombres et imagées de PJ Harvey jouent parfaitement avec ce qui se passe derrière elle. Sur The Demolition Project, elle transmet de manière brute, sans fougue, ses observations désillusionnées de Washington, du Kosovo, d’Afghanistan… Ce qui n’a pas forcément plu : « The Community Of Hope » a été critiqué pour sa simpliste peinture du quartier pauvre de la capitale américaine. Si la réaction est compréhensible, personne ne voulant voir sa ville résumer par sa seule façade, l’album fonctionne plutôt comme une suite de photographies abstraites, ouvertes à interprétation, où la misère décrite avec distance crée ce sentiment paradoxal de l’album, entre révolte et renonce.

Vous aussi, abdiquez face à la puissance des programmations du We Love Green et du Beauregard, où PJ Harvey fera partie des têtes d’affiche.