Music par Kerill Mc Closkey 12.04.2016

Le disquaire électro : un business qui tourne en 45 tours

Le disquaire électro : un business qui tourne en 45 tours

Le format album est loin d’être privilégié dans la scène électro, et pourtant ses disquaires se portent bien.

« Si l’on regarde bien, les vinyles qui sont en tête des ventes, c’est beaucoup de rock classique, genre Pink Floyd ». Olivier a raison. Et pourtant, dans sa petite entreprise, Pink Floyd n’a pas son bac. Car Olivier est disquaire de musique électronique.

Inauguré en 2013 à Lyon, son magasin Chez Émile propose des centaines de références house, new beat, acid, techno… exclusivement. Un disquaire spécialisé quoi, rien de choquant a priori. Et pourtant, on peut se demander comment ce genre de boutiques peut réussir à exister financièrement en 2016, et, mieux, à s’épanouir.

chez emile

La culture club est liée au physique

Comme l’a souligné Olivier, l’album est bien plus sacralisé dans les communautés rock et indie que par les amateurs d’électro, eux plus attirés par les bons tracks, les bons singles. Or, si le vinyle fait de la résistance face à la musique dématérialisée, c’est bien par sa participation à l’aura sacrée de l’Album, opposé au picorage de la consommation musicale en streaming. Comment se fait-il alors que certains restent fidèles au physique en matière d’électro ?

« On vend peu d’albums c’est vrai, mais beaucoup de maxis 45 tours et d’EP » décrit Xavier, membre de l’équipe de La Source, disquaire électro parisien. « En fait, toute la culture techno s’est construite autour du maxi, parce que c’est moins cher ».

« On a une grosse clientèle de DJ, pour qui un morceau suffit » continue Xavier. Démographie que partage également Olivier de Chez Émile, qui reçoit « autant ceux qui mixent dans leur chambre que ceux qui tournent ».

À l’heure des playlists et des Macbook Pro, une partie non négligeable des DJ, pros et amateurs, continue en effet de privilégier le microsillon au MP3. Une question de crédibilité, d’estime, selon le gérant de La Source : « Les hauts lieux de la nuit, les clubs prestigieux, beaucoup demandent encore à ce que le set du DJ soit fait à partir de vinyles ».

source

La clientèle se renouvelle

Selon Xavier, cette culture club liée aux 45 tours a fait éviter aux disquaires électroniques l’agonie du vinyle des années 1990 et début 2000 : « Le récent renouveau du vinyle ne nous touche pas vraiment, parce qu’il n’était jamais mort dans la scène techno ». Un constat que Chez Émile trouve précipité : « C’est indéniable, il y a eu un retour d’appréciation pour l’objet même ces dernières années qui nous permet aujourd’hui de bien fonctionner, parce qu’une clientèle très jeune s’est mise à venir. Je remarque un gros creux de génération dans ceux qui viennent en boutique : d’un côté il y a ceux plus âgés qui continuent à acheter du vinyle comme à l’époque pré-CD, de l’autre il y a les jeunes. Peu de trentenaires viennent ici ».

En plus de la résurrection du vinyle, les disquaires électroniques profitent aussi du gain de popularité du genre même, même s’ils ne sont pas ceux qui vont distribuer les grosses stars de l’EDM. Olivier nous peint ainsi une scène lyonnaise au bord de l’explosion : « Les labels se sont multipliés, et tous veulent avoir leurs sorties sur vinyles : il y a plus d’offre que de demande, elle est devenue monstrueuse ! ».

Ce petit avertissement de l’hôte de Chez Émile rappelle que le disquaire, et le disquaire électronique notamment, demeure sur un équilibre précaire. « La Source tourne bien parce qu’il y a assez peu de magasins sur la même ligne » admet ainsi Xavier du disquaire parisien. Il ne faudrait pas saturer le marché : ça pourrait conclure une encourageante ascension sur un mauvais drop.