Music par Kerill Mc Closkey 07.04.2016

L’album de la semaine bébé : M83, « Junk »

Le successeur de Hurry Up, We’re Dreaming est un captivant voyage dans les influences adolescentes, et donc forcément vieillottes, de M83.

« M83 n’a jamais fait l’unanimité, et ce n’est pas Junk qui la fera ». Quand on a discuté avec Anthony Gonzalez, la tête pensante de M83, il était très conscient que son nouvel album laisserait pas mal de fans sur le côté. Bordélique, contradictoire et hyper référencé, Junk n’a pas l’allure grandiose typique d’un album de M83. Mais pour le coup, Junk est un vrai bol d’air frais au sein d’une discographie qui courrait le risque de se répéter après le succès de Hurry Up et « Midnight City ». Combien d’artistes auraient simplement surfé sur le son qui ont fait leur succès, surtout passée la trentaine d’années ?

Des influences et collaborateurs variés

D’un côté, Junk est l’album le plus joueur de M83. « Do It, Try It », qui ouvre le disque sonne comme du Michel Berger muté à l’eurodance. « Go! » incorpore un gros solo de guitare de Steve Vai, guitar hero depuis les 70’s. « Moon Crystal » rend hommage aux génériques des séries télé américaines, et pas Breaking Bad ou The Wire, non, Punky Brewster.

De l’autre côté, le septième album de M83 va encore plus loin dans l’orchestration et la dramatique mélancolie. Certains morceaux comme « Solitude » seraient dignes des B.O. des plus grands films. Quant à « Atlantique Sud », elle s’inscrit dans la lignée très française des ballades chantées à deux.

Sur cette dernière, Gonzalez chante en compagnie de Mai Lan, artiste présente sur plusieurs morceaux de Junk. Beck, Suzanne Sundfør et d’autres encore viennent ici donner un coup de pouce à Gonzalez qui après le succès de « Midnight City » en avait marre d’entendre sa voix partout : « J’étais dégoûté de moi-même » nous confiait-il. Il a donc choisi cette fois-ci de se mettre en retrait, sans pour autant en faire une œuvre impersonnelle.

Un Gonzalez discret mais partout

À l’inverse, Gonzalez insiste sur l’intimité insufflée dans Junk, un album qu’il considère comme un hommage à ses influences diverses et variées, notamment adolescentes, et une retranscription de ses trois dernières années à Los Angeles. Le résultat est une œuvre bien plus claire et extrême dans ses émotions pour M83 : quand ses précédents albums excellaient dans la rêverie, la mélancolie et les murs de sons ambigus, l’instrumentation de Junk est bien moins noyée dans les effets, plus unitaire. Les chansons sont purement joyeuses, ou purement tristes.

À ce carrefour de la carrière de M83, cet engagement personnel est salutaire. Il aurait pu devenir une mini-star loin de nous, perchée dans sa belle maison d’Echo Park. Avec son entrechoc de France et d’Amérique, sa sincérité qui n’a pas peur du ringard et sa fébrile inégalité, Junk est au contraire l’album le plus terre-à-terre de M83 : sept albums et on a enfin l’impression de comprendre qui est Anthony Gonzalez.

Junk sort le vendredi 8 avril via Mute, album que M83 présentera aux festivals Solidays à Paris (du 24 au 26 juin) et Eurockéennes à Belfort (1er à 3 juillet).

A lire : notre longue interview de M83

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