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Ric Flair : comment ce catcheur en robe est devenu le parrain du rap bling-bling

Ric Flair : comment ce catcheur en robe est devenu le parrain du rap bling-bling

Il est blanc, porte une longue chevelure blonde platine et zozote au micro. Ah, et il se ramène au ring vêtu d'une robe de chambre. Lui, c'est Ric Flair, un catcheur des années 80. Ringard ? Efféminé ? Ridicule ? Pas du tout. Car son nom a régulièrement été cité par plusieurs générations de rappeurs américains, de Pusha T à Danny Brown, de Killer Mike à Young Thug. Certains considèrent même que sans Ric Flair, il n'y aurait pas eu de T.I., de 50 Cent, de Lil Wayne, pas de rappeurs « bling-bling » comme on dit. Explications.

Snoop Dogg a été intronisé ce samedi 2 avril au Hall Of Fame de la WWE, le temple de la renommée du catch. Il est le premier musicien à se voir décoré de la sorte, alors que le monde du catch a longtemps baigné dans le hard-rock. Imaginons que la faveur soit retournée, qu'un  catcheur soit célébré par la belle famille du hip-hop : le premier choix irait sûrement vers Ric Flair.

King Of The Ring

Plus grand catcheur des années 80 en compagnie de ce bon vieux Hulk Hogan, Ric Flair est également le champion le plus décoré du sport-spectacle : 16 titres de champion du monde, record à battre. A l'époque, il était la star, le mec à battre, celui qui trimballait sa ceinture de ville en ville, d'état en état, de pays en pays. Et à l'inverse du gros Hulk, Flair ne jouait pas le modeste devant les caméras. Dès qu'un micro lui était offert, il ne manquait jamais l'occasion de se vanter. Son personnage ne défendait pas les États-Unis, seulement son prestige et son compte en banque. Quitte à tricher, à mentir, et à passer pour le plus gros salaud d'Amérique. En lexique catch, il était un heel, un méchant. Et il en était le meilleur.

Dans le monde compétitif du hip-hop ricain, il est aisé de voir pourquoi les rappeurs feraient des références au catch et à l'un de ses plus fiers représentants. A l'image des catcheurs, les rappeurs se battent symboliquement pour un trône imaginaire. En Ric Flair, ils ont pu trouver le parfait mélange de palmarès et de vice qui colle bien à l'image d'un roi du game, censé s'asseoir sur la tête des autres. Sur « Yonkers », Tyga cite ainsi Flair et plusieurs de ses prises de catch en s'imaginant humilier physiquement un adversaire : « Putain de prise de jambe à la Ric Flair / Coup à la tête, corps mutilé / J'oblige sa putain de maman à regarder ».

King Of The South

Quand Tyga ne fait que le citer, Killer Mike titre une chanson à son nom. Sur « Ric Flair », la moitié forte de Run The Jewels incorpore même des bouts d'interviews (scriptées) du catcheur de Caroline du Nord. Extrait : « Vous n'aimez pas le prestige que j'ai dans ma vie. Vous n'aimez pas la notoriété. Vous détestez le fait que j'ai plus de voitures que la plupart d'entre vous avez d'amis ! J'ai une grande maison dans la bonne partie de la ville... J'ai à peu près la vie que je veux ! ». C'est ce genre de déclarations arrogantes qui fit de Flair une superstar mainstream.

Son personnage gagnait sur le ring, mais gagnait surtout dans la vie. Il achetait des chaussures en peau de crocodile, des montres en or, customisait ses tenues d'entrée à 10 000 dollars, prenait le jet, enchaînait les conquêtes féminines, sortait toute la nuit sans l'empêcher de remporter une victoire le lendemain. Il dansait entre les cordes et en club privé. Et avec un charisme incomparable, malgré ce zozotement qu'il tourna en arme. Dans l'Amérique puritaine de Reagan, il était le plus gros anti-héros friqué de la télévision, une sorte de Dan Bilzerian crédible de l'époque. Soit le mec détesté, mais qu'on voudrait tous être. Ric Flair était la première icône bling-bling.

ricthug

Le terme « bling-bling » a été popularisé en 1999 par la chanson du même nom de B.G., membre des Cash Money Millionaires avec Lil Wayne et Juvenile notamment. Tous venaient de La Nouvelle-Orléans, et ce n'est pas un hasard. Parce que c'est dans le Sud des Etats-Unis que Ric Flair était un dieu.

Dans les années 80, il y avait encore plusieurs grandes fédérations de catch qui se répartissaient le territoire, contrairement à aujourd'hui où seule la WWE, originellement cantonnée à New York et sa grande périphérie, règne sur le catch populaire. Si son nom était sur les lèvres du pays entier, c'est bien dans le Sud que Ric Flair était roi. C'est à Atlanta que Killer Mike a grandi avec le catcheur aux cent bagnoles. C'est en Virginie que Pusha T est tombé amoureux du champion clinquant. Et c'est à La Nouvelle-Orléans que les premiers rappeurs bling-bling ont admiré enfants l'attitude extravagante du « Nature Boy », au point de s'en inspirer pour leur emploi ostentatoire de bijoux et fringues dorées.

Le bling-bling du Sud, on le retrouve aujourd'hui dans l'allure décadente de la trap concoctée à Atlanta. Chez les Migos et Young Thug entre autres, qui chacun ont déjà cité Ric Flair, sur « Came To Party » et « Miss U », respectivement. D'ailleurs, quand ce dernier affirme sa fraîcheur en robe, c'est aussi grâce à Ric Flair, lutteur qui ne perdait aucune once de virilité à se présenter en peignoir avant un combat. La nouvelle génération du « Dirty South » reste donc autant tributaire à l'impact du catcheur blond platine que leurs prédécesseurs. Si ce n'est encore plus : Ric Flair était aussi devenu célèbre pour ses « Woooo ! » aigus répétées à foison. Pareil pour la trap.