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Aufgang : « Chercher à tout défoncer, tout donner »

Aufgang : « Chercher à tout défoncer, tout donner »

Aufgang ou des projets en veux-tu en voilà et le retard qui s’accumule quant à la sortie du troisième album. En juin ? En Septembre ?! On verra. D’ici-là, Rami et Aymeric font des remixes, des défilés de mode avec Vivianne Westwood, écrivent beaucoup, et préparent le super show du 5 avril au Batofar à Paris. Le duo electro expérimental physique poursuit sa quête effrénée des sons pas encore entendus, et des sons qu'ils n'ont pas encore su engouffrer dans nos tympans. Pause autour d'un jus d'oranges pressées comme leurs rythmiques, pas de quoi étancher la soif de découvertes d’Aufgang bien longtemps.

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On ne sait foutûment rien d’Aufgang et on n'en saura jamais rien. Faites-vous à ça. Réjouissez-vous de ça. Batterie, piano, un tas d'effets, une MPC... et pourtant impossibles à mettre dans une case. Une promesse de décrassage permanente. Ils étaient trois, ils ne sont plus que deux. Ils ont fait deux albums, des EPs, t’as pas écouté, t’as tout entendu. À la télé peut-être bien? Peut-être pas. De toute façon on ne peut même pas s’acheter un T-shirt avec Aufgang écrit dessus. Pour quoi faire ? Ça veut dire quoi aimer Aufgang? Qui sont les gens qui aiment Aufgang ? S’ils aiment tant Aufgang ils n’ont qu’à s’acheter un T-shirt avec Aufgang écrit dessus. Jamais vu ça. Et leur manageuse qui leur balance en pleine face : “Vous votre modjo c’est neither here nor there”. De quoi donner le smile au duo, Rami (claviers mais pas que) et Aymeric (batterie mais que).

“Ni ici ni là-bas”, c’est justement ça Aufgang. “On n’essaie pas de rentrer dans un moule ou un style défini, nos producteurs s’arrachent les cheveux avec ça”. La paire est OK avec l’idée qu’on n’écoute plus que les groupes dont on veut porter les T-shirts. “Les gens cherchent l’identité. La nôtre n’est pas claire, ça fait peur. On est dans un climat identitaire partout, les gens veulent se différencier à la base. Blanc, catho, brun, roux… Cet état d’esprit se retrouve même dans les arts et ça nous dégoûte. On ne veut pas ça”.  D’accord. Mais ça veut dire quoi à propos des groupes qui font sensiblement la même chose sur 5 albums, les gars ?  “C’est juste pas la même démarche. Notre lutte n’est pas de vouloir être différent mais de faire des choses différentes. Si ça meurt, le groupe meurt, et nous avec.” ça, comme dirait Philippe Manoeuvre c’est Rock’n’roll.

Un coté brut de décoffrage

Pas mal Rock’n’roll aussi : la jambe de Rami emballée dans une attelle après une session de ski. À la ville comme à la scène : “on aime bien se faire mal dans tous les sens du terme. On essaie de garder un coté brut de décoffrage. On n’a pas une approche ni gentille ni élégante. On est dans le viscéral voire l’animal. On puise de l’instrument toutes ses capacités et on le traite comme une bête sauvage. On n’y va pas par quatre chemins, c’est notre coté extrémiste. On aime bien cet esprit guerrier”. “Je dirai plus animal que guerrier” rectifie Aymeric pourtant fringué d’un pull “Club Bagarre”. Rami réplique : “pas forcement dans le sens de guerre. Plutôt le coté sportif, t’y vas pour chercher à tout défoncer, pour tout donner”.

Encore une dispute de couple de rien du tout à la Aufgang. “Quand on entre en conflit c’est pour des conneries”. Le duo, rodé, connaît sa force : “nous on jouait ensemble avant Aufgang, on a des codes. On ne se regarde même pas, on va dans la même direction. C’est parfois un combat mais dans un bon esprit, comme un match. On se pousse l’un l’autre à aller plus loin. Par exemple je peux commencer sur un tempo ultra rapide et lui va un cran au-dessus”. Aymeric embraye “Et en concert les gens poussent aussi”. “Il y a aussi des moments de fragilité. ça se ressent et pourtant on arrive a faire sonner tout comme un orchestre.

Se mettre en danger 

Ce côté orchestre, c’est le propre d’Aufgang qui sonne comme un sacré bordel, sacrément organisé. Un monde où même les trains courent après leur train. Avec des notes de piano lourdes comme des ânes morts ou à l'inverse vivaces comme un frisson surprise. Les noms des groupes Battles ou GoGo Penguin, sont ceux qui reviennent le plus souvent à leurs oreilles. “Si on leur ressemble c’est parce qu’ils sont dans la recherche. Ils se mettent en danger, ils ont une sorte de target vers lequel ils vont en permanence. C’est ça qu’on entend”. Aufgang partage surtout avec GoGo Pengouin le plaisir d’être signé chez Blue Note France. “Un label plutôt jazz, donc encore une fois pas tout à fait nous. Du coup on prend toutes les bonnes choses. Blue Note a signé des supers artistes et les équipes nous ont bien poussé. À ce rythme peut-être que le prochain album sera encore totalement différent ».

« Critiquer Kanye West, c’est brasser du vent »

Totalement différent encore et toujours, le côté ouvert à tout d’Aufgang doit bien avoir ses limites. Par exemple le rap, vous trouvez que c’est de la merde ? “Non surtout pas. En revanche l’EDM c’est de la merde. Mais dans chaque mouvement musical on trouve toujours un truc intéressant”. “Ça ne sert à rien de se fermer et surtout pas sur des détails. Prends Kanye West. La folie du gars tu peux la critiquer mais d’un point de vue musical rien à dire. Comme les Daft, ils ne sont pas là pour rien. Maintenant d’accord t’as des objets marketing, mais ils faut retenir qu’ils ne se sont pas faits là-dessus. Kanye West, son travail sur Fade to black avec Jay-Z, c’est un chef-d’oeuvre. C’est énorme ce qu’il a fait. Le critiquer, c’est brasser du vent. Il produit tellement de choses. On perd beaucoup de temps à critiquer les personnes plutôt qu'écouter leur musique. Il y a des purs connards qui ont fait des musiques incroyables”.

À ce moment-là, Aymeric a un nom en tête mais l’évoquer reviendrait à incarner l’attitude de ce qu’il dégomme justement. Après tout, il y a plus grave dans la vie. « On se focus sur des petits problèmes alors qu’il y ’a des problèmes majeurs. On fait n’importe quoi avec le climat. Viviane Westwood ( pour qui ils ont habillé un défilé, ndlr) est hyper impliquée la-dedans et c’est bien qu’il y ai des gens comme ça ». Ça vous dirait de vous engager pour des causes comme ça ? Question bête à laquelle Aymeric et Rami rétorquent en expliquant qu’ils ont déjà proposé à Yann Arthus Bertrand de composer pour lui mais qu'il était déjà rencardé. Alors pas de problème pour affirmer, droit dans les yeux : « nous, travailler même gratuitement pour des causes comme ça, on y va les yeux fermés. Et toi ? T’y vas ? ».