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On était à l’expo sur le Velvet Underground, mercredi à 12h17

On était à l’expo sur le Velvet Underground, mercredi à 12h17

Le groupe de Lou Reed, soutenu par Andy Warhol, a droit à son exposition ces prochains mois à la Philarmonie de Paris. On y est allé, on vous raconte.

« Amérique je t’ai tout donné et maintenant je suis rien

Va te faire foutre avec ta bombe atomique

Je me sens mal fous moi la paix »

L’exposition met direct dans le bain. À peine rentré dans les salles obscures de la Philarmonie consacrées au Velvet Underground (alias « le groupe le plus influent du monde avec les Beatles »), un gigantesque poème d’Allen Ginsberg est placardé sur le mur. Le leader spirituel de la beat generation y est pessimiste, en colère contre les États-Unis des années 50 et 60, en colère contre ce pays qui repousse toute déviance à son modèle d’Américain parfait, en colère contre ce pays qui veut faire la police au Vietnam autant que chez soi. Le poème est fort, évidemment, et rappelle de manière très efficace l’ambiance de l’Amérique conformiste d’après-guerre, si méfiante envers ses jeunes et ses artistes.

On regarde à gauche. Welcome To America dit l’écriteau. La Philarmonie se la jouerait-elle ironique ?

Bienvenue en Amérique

Dans la continuité du poème de Ginsberg, la première étape de l’exposition parle moins du Velvet Underground que du contexte de son époque, notamment celui du New York bohème et contestataire des 50’s et 60’s. Ça parle de beat generation (le mouvement qui éclata la littérature américaine avec entre autres le Sur La Route de Jack Kerouac), du Greenwich Village (épicentre du bohème new-yorkais des 60's), on voit les photos des prêches contestataires de Malcolm X contre les discriminations, de la misère de Harlem et de Brooklyn… C'est effectivement dans ce New York remuant et remué, repaire des marginaux de l'Amérique, que le Velvet Underground va naître en 1964. Peut-être même le seul endroit où il pouvait naître.

En fait, c’est comme si on revenait trois ans plus tôt, presque au même lieu (la Cité de la Musique adjacente à la Philarmonie), à l’expo Bob Dylan. Le contexte est quasiment le même, entre explosion créative et décalage générationnel. La Philarmonie se répéterait-elle un peu trop ?

La suite prouvera que non, mais son parcours est encore plus intéressant quand on a encore l’expo de Bob Dylan en tête. Parce que d’un point de départ similaire, les deux expositions partent ensuite dans des directions diamétralement opposées. Quand celle du Bob gardait un côté sobre, authentique, toujours averti des questions politiques qui entouraient la musique de Dylan, l’hommage au Velvet part dans l’expérimentation et s’arrache de son contexte. À l’image du groupe de Lou Reed qui s’isole dans la Factory de Warhol, antre de création artistique parrainé par le dandy du pop-art, l’exposition s’isole de l’Amérique des 60’s.

Bienvenue à l'Usine

Le spectateur est d’ailleurs plusieurs fois encouragé à se cacher dans des salles sombres et cachées, où on peut voir de la vidéo ou de l’art plastique. Une « Black Room » projette même un film expérimental de Barbara Rubin, artiste proche du Velvet et future femme de John Cale, le frère d'armes de Lou Reed au sein du Velvet. C’est sexuel, perturbant, bizarre. On voit bien la tentative de la Philarmonie à nous plonger dans l’esthétique crade et déviante du Velvet Underground des débuts. Projet plutôt réussi.

Comme Barbara Rubin, d’autres personnages liés au Velvet sans en faire partie ont droit à leur portrait. Warhol évidemment, mais aussi Candy Darling par exemple, la transsexuelle qui inspira « Candy Says » à Lou Reed. Plus qu’une expo sur le Velvet, la Philarmonie présente ce petit monde souterrain et créatif qui se construisit en marge de la société américaine.

The Velvet Underground : New York Extravaganza porte donc bien son nom. Les auteurs de « l’album à la banane » étaient finalement les sujets parfaits d’une telle exposition : autant ils étaient rares et mystérieux, autant les caméras et les appareils photos les avaient accompagné à chaque pas de leur histoire, pris dans cette bulle artistique qui ne manquait jamais l’occasion de s’auto-célébrer et de laisser une trace à la postérité. Il y a des centaines de photos et vidéos intéressantes à l’exposition, il y a du vrai matériel (ce qui n’est pas souvent le cas lors d’expos musique).

En revanche, quand on voit que la même Barbara Rubin qui épousa John Cale figure sur le dos du Bringing It All Back Home de Bob Dylan, on se dit que la boucle des expos rock’n’roll 60’s est bouclée, d’autant plus que celle consacrée à David Bowie présentait une narration similaire. Il est vraiment temps pour la Philarmonie d’aller voir ailleurs pour ses expositions événement : toute récente, le risque serait qu’elle Cale et qu’elle prenne déjà des Reed.

velvet-underground-affiche

Événements autour de l'exposition The Velvet Underground : New York Extravaganza.

. John Cale présente : The Velvet Underground & Nico

. Ciné-conférence Rock'n'film par Ollivier Pourriol

. Rencontre/débat Contre-culture autour de l'exposition "Velvet Underground" avec Christian Févret, Rodolphe Burger et Pierre Evil

. Projection New York Experimental