Music par Violaine Schütz 23.03.2016

MOTHXR : « Tu as cru qu’on était les Rolling Stones ? C’est ça ? »

MOTHXR : « Tu as cru qu’on était les Rolling Stones ? C’est ça ? »

L’excitation autour de MOTHXR (prononcez « Mother ») semble assez folle comme en témoignent les groupies en couverture chauffante prostrées dès 15 h le 16 mars dernier devant la cigale à Paris, ou celles en folie lors de leur live du lendemain au Silencio. Avant ça, Hypemachine et MTV se sont emballés pour leurs singles suaves et addictifs et leurs concerts affichaient partout sold out. La raison de cet engouement ? Son chanteur/guitariste. Le charismatique Penn Badgley, leader ténébreux à bouclettes, et star hollywoodienne.

Acteur depuis l’enfance, Penn Badgley s’est d’abord fait remarquer dans la série Gossip Girl pour ensuite s’illustrer dans d’autres films comme Greetings from Tim Buckley dans lequel il incarnait Jeff Buckley. La classe. C’est aussi « l’ex » des comédiennes Blake Lively et Zoë Kravitz (la fille de Lisa Bonet et Lenny Kravitz) et aujourd’hui, il est maqué à la sœur de la superbe Jemima Kirke de la sitcom Girls, à savoir Domino Kirke, une artiste visuelle tatouée. C’est claire : difficile de faire plus énervant en termes de name dropping, de style et de pose. Pourtant, le garçon a réussi à nous faire oublier ce pedigree mondain. Parce que la musique de son groupe, MOTHXR est bonne, si bonne qu’il est signé par le label Franco-Japonais de Kitsuné, gage ultime de qualité pour un groupe ricain. Le quatuor (quintette sur scène) formé avec des amis-voisins de Brooklyn sort aux states son premier album, Centerfold, qui regorge de tubes sensuels et froids. Quelque part entre néo soul, ambient, new wave et électro pop, un son qui puise autant dans New Order, D’Angelo, Joy Division, Banks et James Blake que LCD Soundsystem. Avec un soupçon de kitsch et des solos de saxo pour couronner tout ça avec la coolitude funk dans l’air du temps. Rencontre dans les backstages juste avant leur concert à guichet fermé à la Cigale le 16 mars dernier.

Votre groupe s’appelait « Mother » avant de devenir MOTHXR, un hommage à vos mères ?

Simon Oscroft (guitariste) : Non pas vraiment, c’est une blague à la base, il n’y a rien de psychanalytique derrière. Mais on a de la chance, car nos parents aiment bien le groupe et viennent même nous voir en concert. On cherchait un nom court, qui se retient facilement et sonne bien. Puis comme c’était difficile de trouver « mother » sur Google, on a opté pour cette appellation.

Cette femme en coupe-vent coloré portant un walkman sur la pochette de votre disque, c’est l’une de vos mamans ?

Penn Badgley (chant/guitare) : Non, une inconnue qui est devenue notre muse. Mais si tu as des infos sur elle, on est preneur.

COVERMOTHXR_CENTERFOLD

 

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Simon : Nous étions amis avant de faire de la musique ensemble. On traînait dans les mêmes fêtes et clubs à Brooklyn. On avait beaucoup de points communs, notamment musicaux.

Penn : On a beaucoup écouté D’Angelo qui reste une grande inspiration pour le côté langoureux et sexuel de notre musique. Mais nous sommes aussi fans de Joy Division, LCD Soundsystem, Arthur Russell ou les Beastie Boys. On aime autant le r’n’b et le punk que l’électro et la new-wave.

Il y a quelque chose de cinématographique dans votre musique qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère et la BO du film Drive…

Simon : C’est ce qu’on avait en tête, car on a passé beaucoup de temps à rouler des heures sans but en bagnole dans les rues désertes de L.A, la nuit. C’est dans cette ville qu’on a commencé à écrire les cinq premiers titres de l’album, en cinq jours. Nous n’avions pas encore l’idée de faire un disque. On partait d’un son et on voyait ce qui se passait. À l’époque, nous n’étions pas encore signés. On a ensuite poursuivi l’écriture à Chicago, dans un froid glacial. Nous dormions sur le sol, dans un studio. Une autre ambiance…

Penn : Nous n’avions pas d’intention, de concept en tête, quand on a commencé à travailler ensemble. Mais l’idée d’une vibration cinématographique nous traversait en effet l’esprit. L’atmosphère du L.A nocturne ainsi que des virées en voiture ont eu un impact général sur notre son.

D’où vient le côté dépressif de vos titres ?

Penn : On va bien, je te rassure. Ça correspond plutôt à des états d’âme du passé. Et il n’y a rien de plus compliqué que d’écrire une chanson joyeuse. On a essayé sur les morceaux « Easy » et « Victim », mais on n’a pas tout à fait réussi.

Simon : La noirceur vient de nos goûts ; quand on va pas bien, on trouve toujours plus de réconfort à écouter Radiohead, les Smiths ou Arcade Fire qu’Abba.

Comme chez des groupes des années 80 tels que New Order, on dénote dans votre album une balance entre la danse et une certaine mélancolie…

Penn : Oui, c’est vraiment quelque chose qu’on avait envie de tenir, et c’est assez cathartique. Dès qu’un synthé sonne triste, tu as une guitare plus funk qui vient te donner envie de danser. Le côté « ombre et lumière » nous émeut beaucoup dans les groupes de new-wave.

Pouvez-vous m’en dire plus sur le morceau très 80’s « Centerfold », qui sert aussi de titre votre LP ?

Penn : Je crois que tout le monde en avait marre de mon timbre de « falsetto » alors j’ai essayé de chanteur avec une voix d’outre-tombe comme Ian Curtis. Au final, c’est l’un de nos morceaux préférés. Quant au mot « double page central » (« centerfold »), c’est une image qui nous semblait renfermer beaucoup de symboles et de fantasmes.

J’ai lu une chronique de votre single « Easy » sur Internet qui décrivait votre son comme un mélange entre Peter Gabriel et LCD Soundsystem. Vous avez une meilleure définition ?

Penn (rires) : Non c’est parfait, c’est tout à fait ça, excellente définition ! (Il se met à chanter du Peter Gabriel, ndr.)

Simon : J’ajouterai que nous sommes un groupe de musique électronique, mais que nous n’utilisons que des instruments analogiques ; y compris en live. C’est notre parti-pris.

Il semble y avoir une vraie hype autour de vous, vos groupies ont essayé de m’empêcher d’entrer dans la Cigale pour venir vous interviewer… Comment le gérez-vous ?

Jimmy Giannopoulos (production, basse) : Tu te trompes sur nous. Tu as cru qu’on était les Rolling Stones ? C’est ça ? Au départ, on a eu du mal à faire oublier que le groupe était celui de Penn, puis ça s’est estompé, au fur et à mesure des shows. On a joué en première partie de formations dont le public nous méprisait ou devant 40 personnes. Nous sommes plus de grands fans de musique et de musiciens que des mecs à groupies. L’autre fois, on a croisé Dave Grohl et ça nous a vraiment fait un pincement au cœur. Car Nirvana, voilà un groupe qui a changé la face de la musique, notre adolescence, mais aussi le monde.

Vous vivez tous à Brooklyn, est-ce toujours le terreau des hipsters et de la créativité ?

Jimmy : Oui, mais pas comme dans les années 2000. Il y a dix ans c’était la musique électronique avec des noms comme LCD et The Rapture qui dominaient le quartier. Aujourd’hui, on trouve surtout des coffee shops et une scène très éclectique, plus mainstream. Tu vas avoir une salle où écouter un groupe de rap, un autre du punk hardcore, ou de la soul. C’est devenu beaucoup plus étendu en matière de genres musicaux, mais ça reste très excitant comme endroit pour mener à bout un projet artistique. Par contre la scène club est devenue horrible aux États-Unis. Les boîtes n’ont rien à voir avec ce que vous entendez par « clubbing » en Europe. Ici, la fête (je suis DJ à côté), ce sont des gens qui s’habillent de la manière la plus flashy ou vulgaire possible pour se faire remarquer, des people comme Puff Daddy qui commande des bouteilles en pagaille à une table, et des tas de kids se prenant en selfies. On préfère venir danser chez vous ou traîner des « clubs » punk.

L’album Centerfold de MOTHXR est déjà sorti (Kitsuné / A+LSO/Sony)