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Oubliez Berlin et Cologne, filez à Hambourg

Oubliez Berlin et Cologne, filez à Hambourg

La légende raconte qu’un jour Karl Lagerfeld aurait déclaré « Hambourg est la porte du monde, mais malheureusement seulement la porte. » Oubliant comme beaucoup, alors qu’il y est né et y a grandi, qu’Hambourg est la deuxième plus grosse ville d’Allemagne, un des ports les plus importants d’Europe. Une ville réputée historiquement pour ses truands, artistes, réfugiés, son quartier chaud — St. Pauli, devenu über-branché — sa musique classique, son architecture, mais aussi sa communauté française et, surtout, sa scène électro et club qui n’a rien à envier à celles plus connues de Cologne ou Berlin, et oui !

UNE SCÈNE CLUB LÉGENDAIRE

Si la scène électronique d’Hambourg se porte si bien, et ce depuis des années, c’est que deux clubs ont grandement participé à son éducation : Le Front Club et le Golden Pudel. Ouvert en 1983, le Front, avec ses DJ résidents comme Klaus Stockhausen, Boris Dlugosh, Michael Braune ou Michi Lange, et sa clientèle gay, deviendra vite le porte-parole du mouvement house à ses débuts faisant venir à Hamburg des DJ comme les Murk Boys, DJ Pierre, Frankie Knuckles, Derrick May ou target="_blank">Mike Wilson, qui auront une énorme influence sur le futur son de la ville.
Le Golden Pudel, petite cabane en bois, aux capacités d’accueil limitées (200 personnes au bas mot) et situé du côté des docks, est un endroit pas comme les autres entre le club, le squat et l’espace de résistance. Un lieu, décrit par Resident Advisor comme un des meilleurs clubs du monde, où le gratin des DJ (James Blake, Modeselektor, Autechre ou Four Tet) ne s’est jamais fait prier pour y jouer, et ce malgré des cachets largement révisés à la baisse, esprit punk et rebelle du lieu oblige. Mais bon, pas d'emballement : sur fond de disputes entre proprios, le Golden Pudel a mystérieusement brûlé dans d’étranges conditions il y a quelques semaines

Pas de hipsters au Golden Pudel Club

 

UNE PROFUSION DE LABELS

Rappelons-le tout de suite : Boys Noize ou Digitalism, qui se sont fait connaître par leur maîtrise du banger, sont originaires de Hambourg. La ville côté musique électronique est plutôt connue et réputée, et ça ne date pas d’hier, pour sa scène minimale dont les références sont plutôt à chercher du côté de la (deep) house et de la techno dans ce qu’elle a de plus autarcique. Une scène lente et rêveuse portée par des figures de l’électro comme Lawrence, Christopher Rau, Solomun, DJ Koze ou Extrawelt… et leur tripotée de labels qui s’échangent amicalement les artistes.

Smalville et sa deep-house raffinée et mélancolique

Quand on prononce les termes électro et Hambourg, Smallville est souvent le premier label qui vient en tête. Normal, entre le magasin de disques, les soirées et la bande de potes qui gravite autour, Smalville a imprimé sa touche sur la ville et son quartier le plus chaud : St Pauli. Fondé en 2005 par Lawrence, Julius Steinhoff et Juston Ahlefeld (qui forment le duo Smallpeople), le label est le rendez-vous d’artistes locaux comme bien sûr Lawrence et sa house délicate qui flirte parfois avec l’ambient le plus solaire, mais aussi Christopher Rau et sa deep-house rêveuse, ou l’ovni STL (aka Stephan Laubner) qui distille une house pleine de cliquetis et d’envolées dub qui prend parfois des accents rave.

Dial : la référence absolue

Label fondé en 1999 par Carsten Jost, Turner et Peter M. Kersten (aka Lawrence), Dial a réussi à se forger une identité très forte qui n’a rien à envier à des labels de Francfort, Cologne ou Berlin comme Playhouse, Kompakt ou B.Pitch. Une identité établie à la fois par la famille d’artistes que le label a réussi à rassembler autour d’une idée de la house, à la fois minimale et expérimentale, deep et mélodique. Des producteurs devenus aussi importants sur la scène internationale que Pantha du Prince, Roman Flugel, Efdemin ou John Roberts, et qui ont ouvert la voie à une house minimale et deep, qui parfois se libère des contraintes du dancefloor, pour se frotter à la pop, à la drone music ou à l’ambient, et qui a profondément imposé sa philosophie mélodique sur Hambourg.

L’école Ibiza-tech de Diynamics

Originaire de Bosnie, Mladen Solomun a joué dans tous les clubs d’Hambourg avant de se décider, avec Adriano Trolio, de lancer le label Diynamic (pour DIY) en 2006. Spécialisé dans une house instrumentale, musclée du groove et progressive (et adoubée par des Laurent Garnier ou John Digweed), il n’a fallu qu’une petite dizaine d’années pour que le label grossisse, se double de plusieurs sous-label (2DIY4, Diynamic Revisited, Four To The Floor), d’une agence de booking, de festivals à Amsterdam, Berlin ou Itajai au Brésil, de soirées au Space d’Ibiza, mais surtout d’un des clubs incontournables du Hambourg nocturne d’aujourd’hui : l’Ego Club par où transite toute la scène électro de la ville.

Pampa : le psychédélisme au centre du dancefloor

S’il est une figure incontournable, et insaisissable, de la scène musicale de Hambourg (mais aussi d’Allemagne), il s’agit bien sûr de Stefan Kozalla, aka DJ Koze. Membre du groupe superstar de hip-hop Fishmob dans les 90, DJ Koze s’est vite tourné vers l’électro, en solo mais pas que, avec des projets comme Adolf Noize, International Pony ou donc DJ Koze. Des projets où Koze, en alchimiste surdoué, mélange house, breakbeat, baléaric, ambient, dub, voire même french touch, qu’il relève avec bonne dose de folie et de psychédélisme. Pampa, le label que Koze a fondé en 2010 avec Markus Fink, est à l’image de son fondateur et accueille des artistes venus du monde entier, dont l’expérimentation, et un certain sens de la divagation poétique, sont le moteur premier. Exemples avec Dntel, Nils Frahm ou Robag Wrume. Mais surtout, Pampa a réussi à arracher au label Playhouse un des artistes majeurs de la scène de Hambourg, à savoir Isolée, dont la house toute en accidents et fractures, mélodies et expérimentations, est le plus beau cadeau que la scène de Hambourg pouvait offrir au monde entier.

Une relève en grande forme

Entre le Golden Pudel qui devrait certainement renaître de ses cendres (un crowdfunding a été lancé), l’Ego club qui en impose, et des clubs comme le Baalsaal ou le Nochtwache im Nochtspeicher, la scène nocturne est vivace et propice à l’éclosion de nouveaux talents, comme La Boum Fatale qui se la joue plus techno ou David August, croisement entre Apparat et James Blake. Mais celle qui fait surtout parler d’elle, c’est target="_blank">Helena Hauff, une fille enfin dans cette galaxie de garçons, et résidente depuis des années au Golden Pudel. Productrice discrète, mais qui n’a pas la langue dans sa poche, Helena Hauff ne connaît pas les compromissions et Discreet Desires, son premier album, lien entre la cold-wave des 80 et la minimale des 80 est la plus belle surprise en termes d’électro qu’Hambourg nous ait offerte ces dernières années.

Hambourg pour les nuls

Depuis quelques années, les compiles Hamburg Elektronish font le pari de présenter la scène électro d’Hambourg in extenso, des vieilles gardes aux jeunes pousses, de la tech à la deep-house, le tout avec en bonus une flopée d’inédits et de livrets essentiels à tout électrophile. Le troisième volet sort ce vendredi 25 mars, save the date donc, et suivez le guide.

Crédit photos - Katja Ruge