Music par Gaspard Labadens 21.03.2016

Que vaut vraiment cette histoire de vinyle HD ?

Éléments de réponse avec Kevin, ingénieur du son au studio La Canopée.

Ceux qui sillonnent l’actualité musicale auront sûrement déjà appris la nouvelle, le vinyle HD arrive. D’ici les 3 ans annoncés par la société Rebeat Digital, détentrice du brevet, on a le temps de voir venir. Les galettes haute définition seront confectionnées à l’aide d’une carte topographique imprimée en 3D, sur laquelle le sillon est gravé au laser. Ce système de fabrication serait, d’après l’entreprise autrichienne qui a lancé le projet, moins coûteux, plus rapide, et plus écologique.

Peut-on vraiment avoir un son de meilleure qualité ?

Contrairement à certaines idées reçues, en termes purement techniques, la qualité du vinyle est aujourd’hui restreinte comparée à celle du CD, sans parler du digital (notamment en terme de dynamique). Cependant, beaucoup d’audiophiles trouvent un charme à ce format pourtant désuet en termes de technologie sonore. Kevin, ingénieur du son au studio La Canopée près de Paris, souligne que la valeur ajoutée du vinyle provient surtout du mastering :

« La différence d’écoute entre un vinyle des années 70 et un CD actuel est très forte mais est principalement due à un mastering différent. Par exemple, j’ai un album de Santana que je préfère écouter sur vinyle. Le master est moins agressif, les aiguës sont plus douces et le tout moins compressé par rapport à la version CD remasterisée. Les différences de sonorités pour un pressage récent sont beaucoup plus tenues ». 

Un ressenti qui fait écho aux pages du Glossaire du DJ de Serge Coosemans : « Le mastering change drastiquement la manière dont est perçue une oeuvre musicale et pour s’en convaincre, il suffit de comparer les versions originales d’albums d’Iggy & The Stooges et d’Aphex Twin avec leurs éditions re-masterisées sorties quelques années plus tard ».

Un rapprochement entre vinyle et CD

En bref, la vraie différence purement technique à faire est la suivante : chaque format, qu’il s’agisse du CD, du vinyle ou du digital, a un mastering qui lui est propre. Le mastering« C’est la dernière étape du Mix d’un projet, il porte sur l’ensemble des modifications apportées à la piste Master (qui réunit l’ensemble des pistes séparées). Le but étant étant de rendre l’ensemble homogène et adapté aux standards de son époque, notamment en terme de volume, d’égalisation et de compression. » explique Kévin.

Un projet édité sur vinyle, dont la source audio est à l’origine analogique, a un « master » différent de son édition au format CD, dont la source est digitale. Le vinyle HD pourrait amoindrir, voire faire disparaître cette distinction : « Avec cette nouvelle méthode, le master vinyle serait sensiblement identique à celui du CD. »  conclue notre oreille experte. En HD, le vinyle perdrait donc un peu de son intérêt, mais c’est vrai : gagnerait en volume sonore et en définition audio. Et puis surtout, ces nouveaux vinyles, plus rapides à fabriquer, réduiraient les délais de pressage qui, depuis le retour de la hype, posent problème aux disquaires et aux usines de pressage.

Est-ce qu’on peut vraiment se passer du petit craquement ?

Les nouveaux disques HD seront bien sûr lisibles sur les anciennes platines, mais de nouveaux lecteurs seront nécessaires pour apprécier la distinction en terme de qualité sonore. Avec ces galettes 2.0, le fameux petit craquement provoqué par la saleté ou la rayure des sillons du vinyle disparaîtra. Tristesse ?