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White Night Ghosts se cache à Rennes pour mieux te foutre les jetons

White Night Ghosts se cache à Rennes pour mieux te foutre les jetons

White Night Ghosts évoque le rêve, le cauchemar, la danse, la mort brutale, le rock, l’électro, la tristesse, le plaisir morbide, l’anxiété, la confiance. Mais quel fou peut bien créer telle musique ? Éléments de réponse.

« Les Bombes Seront Les Graines d’Un Autre Monde ». Placée en tête de son premier EP (Joy, 2013), la porte d’entrée au monde de White Night Ghosts n’était pas là pour rassurer. Au moins, on savait où l'on mettait les pieds et qu’il fallait écouter : rien n’attise plus la curiosité qu’un titre grandiloquent dans son pessimisme. « Decadence » arrivait ensuite et c’était la révélation : la guitare était éminemment shoegaze, mais l’atmosphère ultra synthétique. Le morceau se finissait même sur un bon gros drop aux raisons obscures : c’était pour faire danser ça ? On voudrait bien voir la boîte de nuit assez audacieuse pour le placer en pleine soirée.

"Les groupes qui continuent à me passionner aujourd'hui sont ceux qui ne se contentent pas d'appliquer à la lettre la recette de My Bloody Valentine"

Le second EP de White Night Ghosts se nomme d’ailleurs Exorcism Party (sorti le 14 mars grâce à Cranes Records), comme pour clarifier les intentions d’un projet qui se terrait jusque-là dans le mystère. « Je communique au minimum, c'est vrai, et uniquement pour parler de ma musique » accepte-t-il de nous confier. « Il faut parfois « prouver » que tu existes dans le monde de la musique, mais celui-ci, sphère indépendante comprise, ne m'attire pas vraiment. J'aime bien l'idée de me dire que je n'y appartiens pas. Je fais en sorte qu'il n'y ait que la musique et ce qu'elle dégage qui comptent. Je la laisse parler d’elle-même ».

C’est à Nantes qu’Antoine Warneck, l’homme derrière White Night Ghosts, commence à jouer dans le groupe garage-rock The Snoops, avant de monter son propre projet solo. Comme il le dit joliment : « White Night Ghosts est né quand j’ai compris que le groupe était mort ». Antoine parle là des Snoops, mais la phrase pourrait être étendue au concept de groupe en général. Ancré dans une tradition shoegaze et cold-wave reconnaissable, White Night Ghosts sonne en effet comme la brûlure de ce rock contre les moyens technologiques qui permettent à Antoine de produire depuis Rennes une musique plus large, plus ambitieuse, plus forte. « J'ai écouté énormément de shoegaze pendant un temps » nous confirme Antoine. « Et puis tu te rends compte que c'est un « genre » qui a tendance à rapidement tourner en rond. Les groupes qui continuent à me passionner aujourd'hui sont ceux qui ne se contentent pas d'appliquer à la lettre la recette de My Bloody Valentine, ceux qui cherchent au contraire à vraiment se réapproprier les « codes » du shoegaze d'une manière plus personnelle, et/ou en les adaptant à d'autres genres musicaux. Je pense à M83, The Soft Moon, Unison, Screen Vinyl Image, Jesse Ruins, Loveliescrushing et Fuck Buttons par exemple ».

"L'aspect techno, je le vois surtout comme comme quelque chose d'ironique"

Il est très rare de voir aujourd’hui débarquer des projets avec direct un son et des idées bien définis. Pourtant cette patte spéciale dont Antoine parle, White Night Ghosts l’avait trouvé dès le premier EP avec son effrayant emploi d’ambiances techno à tendance industrielle. Caractéristique qu’Antoine a approfondi pour Exorcism Party : « J’ai pris plus de distance par rapport à l’influence shoegaze. La guitare n’est plus qu’un élément ponctuel. L’aspect électronique d’Exorcism Party, je le voyais surtout comme quelque chose d'ironique (sans qu'il n'y ait rien de péjoratif à cela) dans le sens ou je l'ai utilisé pour son coté « signifiant », pour ce qu'il représente, pour ce qu'il évoque, davantage que pour son aspect purement musical. D’ailleurs, je ne suis pas très calé, rare sont les projets techno qui m'ont vraiment marqué ».

Rares encore une fois sont ceux qui se permettent de dépasser leur propre goûts musicaux au service de l’originalité de leur musique. Antoine ne souhaite pas se raconter par White Night Ghosts. Il ne cherche pas à nous éclairer sur ce que son papa écoutait dans la bagnole, ou sur ce qui fait danser les jeunes bretons du XXIe siècle, cette espèce étrange. Il veut plutôt que White Night Ghosts crée son propre monde beau et morbide à la fois, là où une tension peut se créer, la où une histoire peut être imaginée. Cette qualité du projet a d’ailleurs amené le réalisateur américain Sean Baker à quémander deux morceaux d’Antoine pour son Tangerine, film récompensé au festival de Deauville qui suit un prostitué trans dans Los Angeles. « Je mets beaucoup de distance entre moi et ma musique » nous affirme-t-il. « Je cherche avant tout à créer quelque chose que j'aimerais écouter en tant qu'auditeur, car je me vois comme un mélomane avant de me voir comme un musicien ». Voilà un homme qui respecte son public. En plus de le faire flipper.

Exorcism Party est sorti le 14 mars sur Cranes Records.