Music par Kerill Mc Closkey 12.03.2016

Kanye West est le Pablo Picasso des baskets (enfin, c’est ce qu’il dit)

À l’image du ramdam médiatique précédant The Life Of Pablo, le septième album de Kanye West est un sacré bordel. Et à l’inverse des précédentes œuvres du prodige de Chicago, le dernier venu ne présente pas de vision sonique nouvelle et cohérente. Trop rapidement considéré comme bâclé, il suffit en fait de quelques écoutes minutieuses pour comprendre l’unité cette fois-ci narrative qui lie les morceaux entre eux, celui du journal d’un éternel insatisfait. Kanye nous avait pourtant prévenu en partageant une première tracklist découpée en trois actes. Puis en l’intitulant The Life Of Pablo. Lequel ? Lequel ? Lequel ? Mais Kanye West tout simplement. Voici La Vie de Pablo West, racontée en quatre actes et quinze chapitres.

Acte IV : L’Avènement de Pablo West

Chapitre 2 : « Facts »

 

Lors de la présentation mondiale de The Life Of Pablo au Madison Square Garden, Kanye West ne s’est pas contenté de juste dévoiler son album. Non, il y a aussi présenté sa troisième collection de vêtements, Yeezy Season 3, au point où on ne savait plus si le successeur de Yeezus passait au premier ou second plan de l’œuvre du rappeur devenu designer. En vrai, il n’existe pas de hiérarchie claire, les deux n’étant que les différentes facettes de la force créatrice de Kanye West. C’est la raison pour laquelle il se sentait comme Pablo (Picasso) sur «  No More Parties In L.A. » lors d’activités toutes autres que la peinture ou le dessin : travailler sur ses chaussures, se voir à la télé et même bricoler sa maison sont les mêmes produits et symboles de son art.

« Facts » est le morceau d’ego-trip le plus basique et frontal de The Life Of Pablo. Sauf qu’il ne parle pas de talent au micro, de sex-appeal ou d’argent (pas comme une fin en soi en tout cas), mais de réussite professionnelle et artistique. Dans la mode du côté de Kanye West : « Je n’ai pas balancé mon album mais les chaussures sont devenus disques de platine ! ». Dans la technologie côté Kim Kardashian, par son application Kimoji qui réunissait 250 émoticones de la célébrité pour le coût de deux dollars : « En plus Kimoji a fait saturer l’App Store ha ! / On s’est fait un million par minute, un million par minute, oui on l’a fait ! ». Ces frissons mégalos qui lui manquaient à partir de « FML », il les retrouve à travers ce qu’il considère comme son art, une manière plus saine pour sa famille de satisfaire son irrépressible besoin de reconnaissance et de puissance. Il est incapable d’être Pablo l’Apôtre, il est trop dangereux et éphémère d’être Pablo Escobar : il sera donc Pablo Picasso.

Le sample qui fait la diff’ : Father Children, « Dirt And Grime »

« Saleté, crasse et immondice à l’intérieur / L’histoire de ma vie… ». La vie de Pablo West, c’est bon, convaincus de l’arc narratif ?

 

Le tweet qui fait la diff’

 

Encore plus de Kanye et de Pablo avec la suite de notre décryptage, demain sur Greenroom.fr.

Acte I, Chapitre 1 : Yeezus est mort, vive Yeezy : « Ultralight Beam » et l’humilité en face de Dieu

Acte I, Chapitre 2 : Sexe à l’eau de Javel et malédiction paternelle : « Father Stretch My Hands »

Acte II, Chapitre 1 : Rien à faire du Kenya, Kanye est beau et « Famous »

Acte II, Chapitre 2 : « Feedback » du ghetto, « Feedback » à l’égo

Acte II, Chapitre 3 : Kanye est si classe qu’il s’admire au ralenti sur « Highlights »

Acte II, Chapitre 4 : Sur « Freestyle 4 », Kanye embrasse ses fantaisies sombres et détraquées

Acte II, Chapitre 5 : Kanye Loves Kanye Loves Kanye Loves Kanye Loves Kanye

Acte II, Chapitre 6 : Sur les bonnes vagues de Kanye

Acte III, Chapitre 1 : Tout n’est pas si facile pour Kanye

Acte III, Chapitre 2 : Où est passée la sextape de Kim et Kanye ?

Acte III, Chapitre 3 : Wolves, le combat de Kanye à la loup

Acte III, Chapitre 4 : 30 Hours en bagnole et un Kanye en roue libre

Acte IV, Chapitre 1 : Kanye West ne va pas sortir ce week-end (enfin, c’est ce qu’il dit)

kanyeWest-ACTE4

Illustration cubix d’Alix D’Anselme