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Aurélien, Ultra Parisien, et Jazzy Bazz

Aurélien, Ultra Parisien, et Jazzy Bazz

12 Jours après la sortie du titre « Ultra Parisien » de Jazzy Bazz, et à l'heure du match à enjeu PSG - Chelsea, retour sur le morceau du rappeur de L'Entourage avec Aurélien, supporter du PSG et ancien Ultra.

Extrait de l'album P-town, « Ultra Parisien » explique les différends entre les groupes de supporters du PSG et parle des amalgames médiatiques qui ont conduit à l'exclusion des Ultras, éjectés du jour au lendemain du Parc des Princes. Comme dit Jazzy Bazz : « Les médias ont erroné les faits sans très bien raisonner. Assimilant des milliers de passionnés à de flopées de crétins ».

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Sauf que les ultras sont bel et bien toujours là. Pas forcément dans les stades où l'on leur refuse l'entrée, mais ils n'ont pas fini d'exister pour autant. Et ce malgré la dissolution de l'association Boulogne Boys en avril 2008, et celles d'Auteuil en 2010. Le morceau de Jazzy Bazz, vu déjà presque 600 000 fois, contribue-t-il au début d'un changement, d'une renaissance ?

« Les groupes d'ultras essayent de s’unifier, d'allier leurs forces. « Ultra Parisien » est sorti quasiment au même moment, alors oui, ça peut carrément devenir l’hymne de cette alliance. » Aurélien, ancien Ultra Parisien.

Qu'est-ce qui t'as le plus marqué dans « Ultra Parisien » ?

Jazzy Bazz dit une phrase qui résume toute la situation entre les Ultras et le PSG : « Tout notre amour pour le club, vous nous l’avez jamais rendu ». C’est exactement ça, il y a des mecs qui sont abonnés depuis 15 ans, et du jour au lendemain, on leur a enlevé leur club. Je m’en rappelle d’un Kiev-PSG, avec des supporters partis en Ukraine supporter l'équipe alors qu'il devait faire -10° ! Ils vivaient de ça, et ils ont été dégagés comme des merdes.

Tu l'as ressenti comme ça aussi ?

Je suis jeune, donc je suis devenu abonné qu'en 2007. J’ai fait un an en tribune G et deux ans à Auteuil. Mais mon amour pour le PSG avait commencé encore plus tôt. Je devais avoir douze ans quand mon père m’a emmené à un match, c’était PSG-Lens je me rappelle. A l’époque, le PSG était mauvais sur le terrain, on perd le match 4-3, à domicile, contre Lens. Tout le match, je regardais les tribunes chanter. Et j'ai dit à mon père en sortant : « Quand j'ai 16 ans, je m'abonne ». Le PSG, c’était ma vie. Je pensais à ça tous les jours. Je quittais le Parc, je pensais tout de suite à revenir dans deux semaines. Mais maintenant, j’ai perdu l’amour du club et je me suis retiré des activités ultra. A la longue, c'est très dur de garder la foi. Quand tu pars loin pour regarder un match pour lequel tu as payé la place, et qu'on te refuse l'entrée, tu te poses des questions. J'ai dû mater le PSG dans un pub londonien contre Chelsea, et sur un parking à Barcelone. C'est dur à encaisser.

Ça a ravivé ta flamme d'écouter le son de Jazzy Bazz ?

Ça m’a fait plaisir, je me suis reconnu. Il parle des embrouilles entre Auteuil et Boulogne par exemple, moi j’étais en plein dedans, je l’ai vécu comme lui. Pour faire court, Auteuil était la tribune cosmopolite et Boulogne, un peu moins. A Auteuil, t’avais toutes les nationalités. Boulogne, ce n’était pas raciste, loin de là, mais on va dire… patriote. Mon deuxième déplacement à Lille, saison 2009/2010, j'ai eu l'une des peurs de ma vie : attaque des hooligans de Boulogne sur la tribune Auteuil dans la tribune. Quand t’as 17 ans et que tu vois des mecs balèzes arriver, tu flippes. Ça m’a marqué, mais ça ne m’a pas stoppé. C’est pour ça que le club nous a évincés, mais il aurait dû le faire autrement. Virer comme ça 15 000 personnes, c’était trop radical. Ça me semble toujours absurde. Boulogne, on sait depuis longtemps que c’est violent, depuis 1990. Et le PSG n’avait rien fait.

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Certains disent que la situation va s’arranger après l’Euro, que tout ça a été fait pour préparer la compétition. Sauf qu'en France, on est gentil. Tu vas voir, quand je vois Croatie-Turquie au Parc des Princes, ou Angleterre-Russie à Marseille, ça va pétér je pense. Les organisateurs, la police, ils ne sont pas prêts je pense. Après l’Euro, ils vont peut-être prendre conscience qu’on est des agneaux, en fait. Mais je n'y crois pas. Donc le son de Jazzy, ça m'a redonné un petit espoir sur le coup, pendant une heure, comme la banderole de Saint-Etienne. Puis je me suis dit que ça ne changera rien. Clairement je suis pessimiste.

Ils écoutent quoi les ultras parisiens ?

Beaucoup de rap. Un peu de reggae. En général, avant le match, t’avais une sono qui crachait surtout du rap français, très parisien évidemment. Pas mal old-school, les NTM, Lunatic, le « Paris » de Rohff aussi passait tout le temps. Mais il y avait aussi du Edith Piaf, vu qu’elle a pas mal de chansons sur Paris.

« Ultra Parisien » peut devenir un nouvel hymne ?

Les groupes ultras de Paris se sont réunis il y a quelques semaines, ce qu'ils auraient dû faire depuis longtemps. Ils essayent de s’unifier, d'allier leurs forces. « Ultra Parisien » est sorti quasiment au même moment, alors oui, ça peut carrément devenir l’hymne de cette alliance. Je le sais que beaucoup d'entre nous se sont identifiés à la chanson, et que tous les groupes ultras ont relayé le clip sur les réseaux sociaux.

En parlant du clip, tu ne trouves pas contre-productive l'image de supporters en cagoule ? Ça ne va pas rajouter à la stigmatisation que vous subissez ?

Les gars du clip en cagoule, ils la portent parce qu’ils peuvent se retrouver interdits de stade s'ils sont reconnus. Ils doivent garder l’anonymat. Moi en tribunes, je ne voyais personne en cagoule. La vision des gens sur les Ultras , elle changera pas. Mes parents ils n’ont jamais compris ce que je faisais là dedans, ils me prenaient pour un fou. Quand je leur disais que j’allais en tribunes juste pour chanter, eux ils croyaient que je foutais la merde. C'est à cause des médias qui ont fait les amalgames entre ultras et hooligans. Certains nous soutiennent comme So Foot, Libé, Le Monde un peu, mais Le Parisien par exemple raconte que des conneries. Le dernier déplacement que le groupe a fait : tout se passe bien. Le lendemain, petit encart dans le journal qui invente des incidents. Ils racontent ce que le PSG leur dit d'écrire. Donc ça fait plaisir la médiatisation de Jazzy, le fait qu’il monte, qu’il est interviewé, qu’il parle de ce son, c’est une bonne chose, c'est rafraichissant. Mais ça ne va pas changer les opinions.

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Jazzy Bazz a nommé son album P-Town... Toi aussi, tu es comme lié à la ville de Paris ?

Je me vois mal vivre loin de Paris. Être supporter ultra parisien, chanter pour le PSG et donc aussi ta ville, ça te rend attaché à Paris. Les attentats nous ont particulièrement touché évidemment... Et puis il y a eu le slogan Fluctuat Nec Mergitur qui s'est popularisé, alors que nous on l’utilisait depuis des années ! En soirée j'ai vu un mec demander à un pote s'il s'était fait tatouer Fluctuat après les attentats. Il lui a répondu « non gars, ça fait dix ans que je l'ai ! ». C'est bizarre.

T'as entendu parler de Jazzy Bazz dans les cercles ultras avant « Ultra Parisien » ?

Bien sûr, j'ai des potes qui le connaissent. On m’a dit que c’est un gars cool, posé, bon délire aussi. Il ne se prend pas la tête. Et puis il a pas peur quoi. Même si rien ne lui arrivera, il a quand même eu des couilles de faire « Ultra Parisien». Parce qu’être ultra en France, c’est pas facile. C’est mal vu. Ça pourrait lui mettre des bâtons dans les roues s'il veut monter encore plus haut.

Un pronostic pour PSG-Chelsea ce soir ?

Match nul, on se qualifie. Mais le Barça gagne la Champions League. Ils sont imbattables.