Music par Kerill Mc Closkey 07.03.2016

Wolves, le combat de Kanye à la loup

Acte III : Only One

Chapitre 3 : « Wolves »

 

À l’image du ramdam médiatique précédant The Life Of Pablo, le septième album de Kanye West est un sacré bordel. Et à l’inverse des précédentes œuvres du prodige de Chicago, le dernier venu ne présente pas de vision sonique nouvelle et cohérente. Trop rapidement considéré comme bâclé, il suffit en fait de quelques écoutes minutieuses pour comprendre l’unité cette fois-ci narrative qui lie les morceaux entre eux, celui du journal d’un éternel insatisfait. Kanye nous avait pourtant prévenu en partageant une première tracklist découpée en trois actes. Puis en l’intitulant The Life Of Pablo. Lequel ? Lequel ? Lequel ? Mais Kanye West tout simplement. Voici La Vie de Pablo West, racontée en quatre actes et quinze chapitres.

« Real Friends » marquait le retour de Kanye West vers un rap originel, prosaïque, sans fioritures ou prétention conceptuelle. C’était juste l’histoire d’un gars célèbre et un peu attardé socialement qui se fait lâcher par ses amis, que ce soit par déception ou par jalousie. Il parlait vrai. Il parlait simple. Mais une fois le micro lâché, une voix féminine se mettait à résonner en toute fin de morceau. Un chant lointain et solennel qui fait la transition avec « Wolves », chanson hantée tout le long par un chant presque lyrique, et carrément triste. L’ambiance s’éloigne du hip-hop pour quelque chose de plus intriguant, tout comme Kanye laisse le rap de côté pour se remettre au chant poétique et auto-tuné. Le thème par contre reste inchangé : Mister West se sent toujours aussi seul.

Cette voix féminine qui absorbe « Wolves » semble être le corps de son titre : un cri de loup. Un cri de solitude de l’animal séparé de sa meute. Ou un cri de menace de la meute de loups envers sa proie en infériorité numérique. Kanye West image en tout cas son propre sentiment d’isolation, sentiment qui l’a poursuivi à différents moments de sa vie. Il se rappelle de sa solitude avant de trouver son aimée. Puis de sa vulnérabilité sans les soutiens et recadrements de sa mère décédée : « Si maman savait ce que tu es devenu / Tu es trop sauvage, tu es trop sauvage / J’ai besoin de toi maintenant ».

1361858353_tumblr_lyoous7hih1r13i24o1_500

Kanye West veut s’assagir, devenir généreux, moins penser à lui qu’aux autres. Mais cette bonté le laisse aussi en proie à la cruauté du monde, comme l’illustre cette phrase aussi ridicule que profonde : « T’as essayé de faire le gentil, tout le monde en a profité / Tu as laissé ton frigo ouvert, quelqu’un a pris un sandwich ». Le rappeur continue ici la construction d’un récit opposant sa famille au reste du monde, que ce soit son pernicieux environnement proche ou ceux qui ne le connaissent que par les médias. Récit qu’il mythifie évidemment, parce que Kanye West fera toujours du Kanye West : Kim et Kanye deviennent Marie et Joseph, « entourés par les putains de loups ».

La version entendue au Madison Square Garden de The Life Of Pablo se clôturait par la noirceur de « Wolves ». Ainsi conçu, l’histoire de l’album se serait terminée sur une note en demi-teinte, avec un personnage qui se retire fébrilement du monde pour sa famille, comme martyr, abandonnant toute forme de réussite et de plaisir autre que domestique. Sauf que cet album était présenté en grandes pompes dans une salle comble et sur les écrans du monde entier… La fin ne pouvait être que différente, au risque sinon de faire passer « Wolves » pour une contre-façon totale, ou du moins comme un baisser de rideau frustrant et incomplet. Heureusement, la vie de Pablo a été gracieusement rallongée. Car non, aimer Kim Kardashian et ses enfants devant les yeux, ce n’est pas une vie pleinement satisfaisante pour Kanye West. Même si beaucoup de gars s’en contenteraient pleinement.

Le featuring qui fait la diff’ : Frank Ocean

Chantée par Frank Ocean, on réalise tout d’un coup que la mélodie de « Wolves » est assez splendide, en fin de compte.

Le sample qui fait la diff’ : Sugar Minott, « Walking Dub »

 

Le tweet qui fait la diff’

Aux dernières nouvelles, il y aurait peut-être Drake et Bjork sur une nouvelle version de « Wolves ». En fait, tout notre décryptage de The Life Of Pablo pourrait devenir caduque du jour au lendemain. Ça rajoute du piment.

Encore plus de Kanye et de Pablo avec la suite de notre décryptage, demain sur Greenroom.fr.

Acte I, Chapitre 1 : Yeezus est mort, vive Yeezy : « Ultralight Beam » et l’humilité en face de Dieu

Acte I, Chapitre 2 : Sexe à l’eau de Javel et malédiction paternelle : « Father Stretch My Hands »

Acte II, Chapitre 1 : Rien à faire du Kenya, Kanye est beau et « Famous »

Acte II, Chapitre 2 : « Feedback » du ghetto, « Feedback » à l’égo

Acte II, Chapitre 3 : Kanye est si classe qu’il s’admire au ralenti sur « Highlights »

Acte II, Chapitre 4 : Sur « Freestyle 4 », Kanye embrasse ses fantaisies sombres et détraquées

Acte II, Chapitre 5 : Kanye Loves Kanye Loves Kanye Loves Kanye Loves Kanye

Acte II, Chapitre 6 : Sur les bonnes vagues de Kanye

Acte III, Chapitre 1 : Tout n’est pas si facile pour Kanye

Acte III, Chapitre 2 : Où est passée la sextape de Kim et Kanye ?

730kanyewest-Acte3-33