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Sur les bonnes vagues de Kanye

Sur les bonnes vagues de Kanye

À l’image du ramdam médiatique précédant The Life Of Pablo, le septième album de Kanye West est un sacré bordel. Et à l’inverse des précédentes œuvres du prodige de Chicago, le dernier venu ne présente pas de vision sonique nouvelle et cohérente. Trop rapidement considéré comme bâclé, il suffit en fait de quelques écoutes minutieuses pour comprendre l’unité cette fois-ci narrative qui lie les morceaux entre eux, celui du journal d’un éternel insatisfait. Kanye nous avait pourtant prévenu en partageant une première tracklist découpée en trois actes. Puis en l’intitulant The Life Of Pablo. Lequel ? Lequel ? Lequel ? Mais Kanye West tout simplement. Voici La Vie de Pablo West, racontée en quatre actes et quinze chapitres.

Acte II : Lumières Décadentes

Chapitre 6 : « Waves »

Le deuxième acte de The Life Of Pablo se conclut par un morceau à l’histoire mouvementée. À un moment considéré comme la chanson éponyme de l’album, et donc a priori hyper centrale, « Waves » s’est finalement vu viré comme une malpropre à l’heure de la présentation du Madison Square Garden. Et puis en fait, non, Kanye West retarde la sortie de son bébé pour le retravailler et l’inclure en catastrophe entre le trip a capella « I Love Kanye » et l’intime « FML ». Soit à une position… centrale.

De toutes ces vagues, on aura surtout appris que Chance, The Rapper (celui qui a sauvé le morceau selon un tweet de Kanye West), a pris une grande part dans sa composition et production. Rien d’anodin là-dedans. Car entre « Ultralight Beam », l’autre collaboration de Chance, et « Waves » existe une filiation. Cette dernière, magnifiée par un beat céleste et quelques chœurs bien sentis, ramène à l’introduction sacrée de l’album, tout comme la performance exagérée de Chris Brown sur le refrain. Ce lien qui borne la première moitié de The Life Of Pablo propose un point de comparaison, comme pour résumer l’évolution du personnage à mi-chemin.

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Constat : « Waves » est la version pervertie d’« Ultralight Beam ». Autant que l’ultralumière, la vague est une force presque inarrêtable (quand une s’échoue, une autre renaît), surpuissante. Mais au lieu d’élever la force de Dieu, elle célèbre dans ce premier couplet Kanye West. Dans la continuité de « Freestyle 4 », il vante ainsi son pouvoir viril : « Je suis celui que ta salope apprécie / Et je dis de la merde genre / Je n’ai pas peur de perdre un combat aux poings / Et elle s’attrape à ma bite genre / C’est juste la vaaaaague ». La moitié des phrases sont inabouties, parce le rappeur ne s’adresse qu’à lui-même, il se voit comme dansant sur un nuage, trônant sur le monde. Dernier chaînon dans son progressif aveuglement égocentrique, Kanye angélise, sacralise sa qualité.

Sauf qu’il se désamorce lui-même après le premier refrain : « Le soleil ne brille pas à l’ombre / Un oiseau ne peut pas voler dans une cage ». Comme rattrapé par sa condition d’humain, la progression de Kanye est stoppée nette, à l’image du beat qui, sur la fin du morceau, se répète identiquement sur quelques mesures : il n’arrive plus à grossir, tout comme le boulard de West qui atteint sur « Waves » son seuil critique. La vague s’est échouée, la force replonge sous l’eau, et West revient sur Terre.

Le featuring qui fait la diff’ : Chris Brown

Cet homme ne connaît pas le mot « justesse », mais il a fait bien pire.

Le sample qui fait la diff’ : Fantastic Freaks, « Fantastic Freaks At The Dixie »

« Turn Me Up ! ». Si le beat n’était pas suffisant pour dynamiter Kanye vers le ciel, ce sample finit le job.

Le tweet qui fait la diff’

Encore plus de Kanye et de Pablo avec la suite de notre décryptage, demain sur Greenroom.fr.

Acte I, Chapitre 1 : Yeezus est mort, vive Yeezy : « Ultralight Beam » et l’humilité en face de Dieu

Acte I, Chapitre 2 : Sexe à l’eau de Javel et malédiction paternelle : « Father Stretch My Hands »

Acte II, Chapitre 1 : Rien à faire du Kenya, Kanye est beau et « Famous »

Acte II, Chapitre 2 : « Feedback » du ghetto, « Feedback » à l’égo

Acte II, Chapitre 3 : Kanye est si classe qu’il s’admire au ralenti sur « Highlights »

Acte II, Chapitre 4 : Sur « Freestyle 4 », Kanye embrasse ses fantaisies sombres et détraquées

Acte II, Chapitre 5 : Kanye Loves Kanye Loves Kanye Loves Kanye Loves Kanye

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Illustration épileptique d’Alix D’Anselme