Music par Kerill Mc Closkey 26.02.2016

Kanye est si classe qu’il s’admire au ralenti sur « Highlights »

À l’image du ramdam médiatique précédant The Life Of Pablo, le septième album de Kanye West est un sacré bordel. Et à l’inverse des précédentes œuvres du prodige de Chicago, le dernier venu ne présente pas de vision sonique nouvelle et cohérente. Trop rapidement considéré comme bâclé, il suffit en fait de quelques écoutes minutieuses pour comprendre l’unité cette fois-ci narrative qui lie les morceaux entre eux, celui du journal d’un éternel insatisfait. Kanye nous avait pourtant prévenu en partageant une première tracklist découpée en trois actes. Puis en l’intitulant The Life Of Pablo. Lequel ? Lequel ? Lequel ? Mais Kanye West tout simplement. Voici La Vie de Pablo West, racontée en quatre actes et quinze chapitres.

Acte II : Lumières Décadentes

Chapitre 3 : « Lowlights / Highlights »

 

On a déjà pu constater la petite obsession de Kanye West envers les titres comportant « lights ». The Life Of Pablo en contient même trois. Dont une balancée à la dernière minute, « Lowlights ». Placée dans la partie abrasive et décadente de l’album, ce tranquille interlude aux synthés ambiants mené par les seules confessions d’une femme inconnue casse complètement la dynamique de l’album. Pour dire vrai, il n’a rien à faire là. Ceux qui ne voient dans le dernier Kanye qu’un bordel sans queue ni tête détiennent en « Lowlights » l’exemple parfait de leur démonstration. On dira plutôt que West teste notre foi en son art. Et que d’une certaine manière, ce genre de caprice appuie le récit entamé depuis « Famous », celui de la star puissante et capricieuse qui a les capacités de n’en faire qu’à sa tête.

Heureusement, « Highlights » nous ramène immédiatement dans l’histoire contée par The Life Of Pablo. Et de quelle manière. « 21 Grammys, une famille superstar / Nous sommes les nouveaux Jackson ». Cette chanson est la pure célébration de sa célébrité. Quand « Feedback » voulait l’installer au sommet du rap game, « Highlights » représente le Kanye West au top du divertissement américain, celui des lumières qui flashent de partout, des flashs infos télévisés, du luxe. Le morceau est d’ailleurs le plus commercial de l’album, celui qu’on entendait sur Skyrock le lendemain de sa sortie : la célébrité, c’est être reconnu d’un public élargi.

Kanye West se sent tellement puissant qu’il n’a plus rien à prouver. Son statut suffit à lui-même : « Je parie que moi et Ray J serions amis si on n’était pas amoureux de la même salope / Ouais t’as peut-être tiré ton coup en premier, le seul problème c’est que je suis riche ». La puérilité du Kanye célèbre est encore ici dessinée. Mais derrière le triomphalisme de « Highlights » s’amorce aussi le portrait d’une star de plus en plus obnubilée par elle-même, qui ne fait pas que constater sa célébrité, mais qui se regarde être célèbre, pris d’un sentiment de puissance proche du narcissisme : « Parfois je souhaite que ma bite ait une GoPro / Pour que je puisse me remater le truc au ralenti ». La prise de gros boulard n’en est d’ailleurs qu’à ses gentils prémisses. Et ça fait presque peur.

Le featuring qui fait la diff’ : Young Thug

Kanye sait toujours employer les featurings de manière judicieuse, et celui de Young Thug ne fait pas exception. Le jeune rappeur le plus observé du game y joue son rôle : son excentricité et sa flexibilité rajoutent parfaitement à l’atmosphère triomphante de « Highlights », en plus de lui donner immédiatement une crédibilité commerciale.

 Le tweet qui fait la diff’

 

Encore plus de Kanye et de Pablo avec la suite de notre décryptage, demain sur Greenroom.fr.

Acte I, Chapitre 1 : Yeezus est mort, vive Yeezy : « Ultralight Beam » et l’humilité en face de Dieu

Acte I, Chapitre 2 : Sexe à l’eau de Javel et malédiction paternelle : « Father Stretch My Hands »

Acte II, Chapitre 1 : Rien à faire du Kenya, Kanye est beau et « Famous »

Acte II, Chapitre 2 : « Feedback » du ghetto, « Feedback » à l’égo

730KanyeV2

Illustration épileptique d’Alix D’Anselme