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Ils décomplexent (enfin) la nuit électro

Ils décomplexent (enfin) la nuit électro

De nouveaux organisateurs de soirées apparaissent avec une vision différente de la musique et de la fête. Rencontre avec les jeunes collectifs qui décoincent la nuit électronique.

C’est comme si soudain la musique ne suffisait plus. Comme s’il manquait un petit quelque chose malgré l’excellence du Dj et du sound system. Une génération de noctambule semble ne plus vouloir se contenter de bon son. Elle aspire à des soirées différentes, plus festives, moins coincées. Et ces derniers mois à Paris de jeunes collectifs semble les avoir entendus.

Un adjectif revient sans cesse pour caractériser ces soirées d’un genre nouveau : « décomplexé ». Alors oui, on dit qu’en France le public électro serait plus coincé qu’ailleurs en Europe. L’Allemagne est pour beaucoup une référence en termes d’amusement, et quand on voit comment la nuit se vit dans certains clubs (Bar 25, Katerblau, Rittler Butzke…) et festivals (Fusion,…), il ne faut pas bien longtemps pour en être aussi convaincu. Mais les choses sont en train de changer en France. On perçoit un besoin d’expériences d’un autre genre, plus originales, plus communautaires, plus spectaculaires. La nouvelle génération trouve souvent les soirées trop guindées ou sans surprises, elle a envie de décors, de pouvoir se déguiser et de vivre librement un événement décalé.

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© Luc de Lagontrie

S’il existait déjà quelques organisateurs de soirée atypiques (Soukmachines…), ils sont ces derniers mois de plus en plus nombreux à se lancer dans ce genre d’initiative. Leurs noms : Alter Paname, Otto 10, Forecast, Microclimat, Beyond The Doors, OFNI, Horde, le Camion Bazar… Focus sur trois des plus emblématiques trublions de la nuit, tout en couleurs.

Alter Paname : Shorts à paillettes et bonne humeur

Ils ont rapporté une grande roue de 18 mètres au Cabaret Sauvage, ils ont créé des "espaces chill" en montgolfière, ils ont rameuté des milliers de personnes dans leurs soirées/journées complètement folles : les trublions de l’Alter Paname voient les choses différemment. Tout a commencé en 2013, lorsque le collectif Otto 10 organise dans un loft à Montreuil un premier évènement déjanté sur un principe participatif. 140 personnes seulement, mais un engouement maximal, on se passe le mot, on veut aussi goûter à cette ambiance différente et plus folle. La troisième édition à Bobigny (avec un beau line-up : Noze, Nu…) rameute une foule bien plus importante et légitimise le succès de cette initiative nouveau genre.

Alter Paname La Monstrueuse Parade de l'Alter - Luc de Lagontrie

© Luc de Lagontrie

 Une décoration foldingue, un line-up varié et un public sympa

C’est aussi à ce moment que s’opère un schisme pacifique entre les organisateurs, Alter Paname d’un côté, Otto 10 de l’autre. Deux équipes désormais complètement différentes, mais qui « coexistent très bien » explique Nicolas Spinola, fondateur de l’ target="_blank">Alter Paname. « On a le même état d’esprit, on est complémentaires ». Depuis, leurs évènements investissent essentiellement le Cabaret Sauvage, le 6B (comme la dernière Baiser du la Bûche en commun avec le Camion Bazar, Soukmachines…) ou la Ferme du Bonheur. Le programme des réjouissances reste le même : une décoration foldingue, un line-up varié et un public ouvert et sympa. Nicolas croit fermement — et à juste titre — qu’en « responsabilisant les gens, en les impliquant, ils vont adopter d’eux-mêmes un comportement cool ». Et ça marche ! On se sent libre dans les soirées d’Alter Paname de sortir nos plus beaux mini-shorts à paillettes et notre bonne humeur. « Avec ce genre de fête en journée, ou en soirée, on peut proposer quelque chose de pas forcément glauque, de plus humain. C’est ça le défi. » Et c’est réussi.

Mais la musique n’est pas en reste, l’excellente programmation musicale passe par des résidents (Nico 100 Coins), de grosses têtes d’affiche comme Lakuti, Mike Huckaby, Sonja Moonear, Arnaud Rebotini… et fait de plus en plus la part belle à la jeune scène française et étrangère et aux concerts live.

« La règle d’or c’est de prendre tout le monde au sérieux ! »

Et vu qu’il n’y a pas de hiérarchie strictement définie au sein d’Alter Paname, tout le monde est libre de proposer une jeune pousse à découvrir ou un live démentiel. C’est justement cet esprit participatif et ces brainstormings entre les orgas, qui insufflent une énergie bénéfique. « La règle d’or c’est de prendre tout le monde au sérieux ! » explique Nicolas, qui comme les autres a un travail à côté et donne de son temps pour l’asso par pure passion. La prochaine Alter Paname est en pleine préparation, rendez-vous dans deux mois environ.

Camion Bazar : la scène du bonheur itinérant

Le Camion Bazar, c’est une sorte de bus magique pour les grands, avec aux commandes Romain Play et Benedetta. Et aussi des arcs-en-ciel, des licornes et une grosse dose d’amour. C’est en 2012 que germe dans l’esprit de ce couple peu conventionnel cette idée un peu folle, teintée de réminiscences hippies, de proposer une scène itinérante qui distribuerait littéralement du rêve. Quelques coups d’essais et tâtonnements plus tard, les deux allumés se font une bonne petite place dans une Capitale en manque d’originalité. Les collectifs (Otto 10…) les invitent plus régulièrement, voyant en cette mini-scène déjantée un atout pour leurs soirées. Ils s’exportent. La mayonnaise monte magnifiquement bien.

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« On est à 90 % house, funk, space disco et 10 % variété, jungle, hip-hop, ovni musicaux. »

Il faut dire que le package est bien ficelé : le résident attitré Romain Play se charge des sets à rallonge, deux, cinq, dix heures qu’importe, dégainant des disques aussi dansants qu’improbables, alors que Benedetta s’occupe des animations. Cours de sex yoga, karaoké, cabine à caresses, roue de l’(in)fortune…, il y en a pour tous les goûts. Et c’est l’occasion idéale pour sortir ses déguisements les plus farfelus, pour ne pas se sentir trop « normal » entre les tigrous et autres prêtresses du bonheur. Ce n’est pas Jean-Michel, « performeur officiel » du crew et amateur de fripes improbables qui va dire le contraire. « Chacun se fait sa tenue. Il y a un réel plaisir, on coud, on tricote, on découpe, on colle. On invente. On s’amuse. Et on fait partie de la déco ! Comme aux soirées OTTO1O ou AlterPaname, le public vient déguisé et le niveau monte à chaque fois ! » confirme Benedetta. Le trip musical du Camion ? « On est à 90 % house, funk, space disco et 10 % variété, jungle, hip-hop, ovni musicaux. » Un peu d’éclectisme musical qui fait du bien, sans oublier la liste des invités qui défilent régulièrement derrière les platines feutrées : Nico 100 Coins, deuxième DJ résident, les DKO, la team Rose et Rosée, Nick V… En trois mots : farfelu, moite et sexy.

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L’O.F.N.I : Organisation Festive Nomade Incontrôlable

OFNI, cela marche aussi pour Objet Festif Non Identifié, Orgasme Festif Non Illusoire, On Ferfe Notre Identité… Mais qu’est-ce c’est au juste ? Sanida, fondatrice du concept, peut nous le résumer en quelques mots : « un stand de jeux de kermesse revisité, décoré d’objets de récupération détournés, et ambiancé par les Didiers (les DJs) et les animateurs OFNIciels. Nous opérons sur terre et/ou à bord de notre OFNI mobile Disco (la rosalie) à coup de baguettes magiques et vêtus de costumes délurés. » Ou comment apporter cette « autre chose » que l’on cherche souvent lorsqu’on participe à une soirée.

2015.6.5 Ofni Weather by SANDY (46)

Une formidable énergie contagieuse

Ce n’est pas pour rien que le Microcosmos Festival puis le Weather Festival ont fait appel à la petite troupe qui, comme le Camion Bazar, a le champ libre pour développer une scène parallèle. Au programme, coins chill agrémentés de canap » récup, d’abats-jours Emmaüs, des stands de maquillage, un Hyppoglouton géant… Le petit plus de l’OFNI, outre sa formidable énergie contagieuse, c’est son Tipistoire : « un tipi où il faut se déchausser avant d’entrer et où sont diffusées des histoires audio extraordinaires. » Mais aussi sa chère « Rosalie » (L’OFNI MOBILE DISCO), quadricycle particulièrement rigolo qui trimballe en continu un système son et quelques allumés itinérants.

2015.12.19 weather winter ELIOT (89)

Et maintenant à vous de jouer. Paillettes, collants fluo, costumes en carton-pâte ou mauvais goût assumé, faites comme bon vous semble. Lâchez prise. La nuit est faite pour s’amuser après tout.