Music par Nora 23.02.2016

Nowadays Records : « Du beatmaking au sens large, avec des sons un peu old school »

Nowadays Records : « Du beatmaking au sens large, avec des sons un peu old school »

L’amour de la musique, l’envie d’indépendance, la volonté de créer une famille musicale… focus sur les motivations qui ont poussé deux des membres de La Fine Equipe à lancer leur propre label. Nowadays Records, 6 ans déjà.

Difficile, voire impossible d’évoquer Nowadays Records sans mentionner La Fine Équipe. Pour bien comprendre la genèse du fameux label, il faut d’abord scruter ce crew de quatre beatmakers français composé de Mr Gib, Blanka, oOgo et Chomsky. Tiraillé entre Paris et Marseille à ses débuts, le groupe s’est fixé dans la capitale et son approche du hip-hop a fait le reste dés 2008, avec la sortie d’une première compilation, La Boulangerie. Projet notamment salué pour l’utilisation de nombreux samples soul comme des gourmandises sucrées remises au goût du jour. De quoi faire gonfler leur pâte musicale. S’en suivent les tournées, les collaborations et les rapprochements avec des producteurs comme Quetzal et Onra. Seulement voilà, à peine deux ans plus tard, La Fine Equipe souhaite sortir l’album Fantastic Planet et ne trouve pas de structure idéale à Paris pour supporter cet album. oOgo et Chomsky décident alors de monter leur propre label. Nowadays Records, on est jamais mieux servi que par soi-même.

Alors que le rythme de sortie de Nowadays Records va s’intensifier dans les prochains mois avec notamment la sortie du premier album de Fakear, retour sur le label, sa création, son futur, avec Ugo (oOgo) et Vincent (Chomsky), tandis que Douchka, l’un des derniers producteurs signés sur Nowadays, s’éclatera sur son drum pad dans la pièce d’en face.

4N9A6258De gauche à droite : Douchka, Elli, Ugo (oOgo) et Vincent (Chomsky).

Pouvez-vous revenir sur la naissance de Nowadays ?

Ugo (oOgo) : On ne trouvait pas de label qui correspondait à ce que l’on voulait faire, ou alors c’était de gros labels comme Stone Throw ou Ninja Tune. À l’époque j’avais 28 ans et Vincent, 24, c’était en 2010. On voulait juste être indépendant et sortir notre propre projet. Mais on était déjà dans l’optique de produire d’autres artistes, on faisait de la radio à l’époque et ça semblait être la suite logique.
Vincent : On voulait s’investir autant qu’on le pouvait, de la diffusion à la production en passant par l’édition.

Qu’ont fait Mr Gib et Blanka, les deux autres membres de La Fine Equipe ?

Ugo : Mr Gib a monté un studio d’enregistrement qui s’appelle One Two Pass it et Blanka s’est lancé dans la création d’un studio de mastering, Kasablanka.
Vincent (Chomsky) : Ça nous a permis d’être réellement indépendants et d’avoir notre propre pôle de production.

Quelles sont vos influences musicales au sein de La Fine Equipe ?

Vincent : C’est avant tout la scène californienne, avec forcément le label Stone Throw et des artistes comme J Dilla et Madlib, en gros le hip-hop instrumental. Mais il y a aussi Brainfeeder, le label de Flying Lotus et toute la nouvelle scène appelée, pour certains à tord, « Future Beats » (Kaytranada, Flume, Mura Masa…). C’est vraiment la base de notre inspiration. Mais on écoute beaucoup de musique, on collectionne des vinyles et forcément on « digg » dans chaque ville que l’on visite. On a vraiment une culture du sampling qui nous pousse à tirer notre inspiration de différents styles musicaux.

Comment définiriez-vous le style Nowadays ?

Ugo : On ne veut pas se formater, notre truc est d’être le plus large possible. Avant le beatmaking visait un public particulier. Notre démarche a toujours été de faire de la musique populaire, on n’a jamais voulu produire uniquement pour un public pointu. Pour capter la couleur musicale du label il faut écouter la trilogie La Boulangerie, qui se situe entre album et compilation. Dessus on a invité pas mal de gens et ça a commencé à dessiner un certain style, une ambiance. Nowadays c’est le beatmaking au sens large, avec cette culture de sons un peu old school. Mais c’est aussi un mélange, comme le nom du label l’indique. On écoute des musiques actuelles autant que des sons plus anciens, on ne fait pas de différence.
Vincent : La Boulangerie c’est un univers hyper sexy et sucré, assez positif. Quand tu vois des artistes comme Douchka et Everydayz & Phazz tu ressens cette chaleur. Je pense que, sans le vouloir ,on a suivi cette ligne.
Ugo : Il y a tout de même des choses assez dark, comme Hoosky, mon projet avec Chomsk, ou même Skence. Il y a cette notion de plaisir de manière générale mais ce n’est pas pour autant de la musique de relaxation.

Comment choisissez-vous les artistes que vous invitez sur vos compilations ?

Vincent : Généralement, on propose simplement aux artistes du moment que l’on kiffe. les producteurs qui apparaissent sur la compil » feront certainement une sortie sur le label, comme Christopher Dixit et Jumo sur la dernière.
Ugo : On adore ces compilations, car c’est l’occasion d’inviter des gens qu’on aime bien et c’est un format léger. Et comme c’est digital, on la termine généralement une semaine avant la sortie. On en a fait une consacrée au crew JayFly en septembre et maintenant on travaille avec Unno et BRNFKD de chez eux.

Comment s’organise l’équipe autour du label ?

Ugo : On a de la chance d’être entourée d’une bonne équipe, avec Elli, une sorte de bras droit qui nous aide sur tout ce qui est production, coordination, et management. Il y a aussi Naima, son assistante, et Fanny notre stagiaire. David s’occupe quant à lui de tout ce qui est promo et com ». Même si on a chacun des postes définis, chacun intervient à tous les niveaux.
Vincent : Nous deux on se charge principalement de toute la DA. Après il y a aussi une partie de management parce qu’on récupère souvent des artistes qui ont juste un tourneur mais c’est surtout Elli qui s’occupe de cela.

nowadays2Vincent (Chomsky), Ugo (oOgo), Elli, Douchka

Avec tout ça, avez-vous encore le temps de produire pour votre propre projet ?

Ugo : Un petit peu mais c’est difficile, surtout l’année dernière où on tournait beaucoup. C’est dur de trouver le temps de tout faire mais c’est tellement excitant et passionnant que ce n’est pas une contrainte.
Vincent : Ce sont des choix à faire, c’est pour ça que c’est important de s’entourer et d’avoir des gens qui prennent le relai.
Ugo : On fait de la vraie production, nous ne sommes pas juste un collectif de potes qui sortent des trucs. On prend vraiment le projet de A à Z : on va travailler en studio, on finance nos vidéos, etc. On a vraiment ce côté à l’ancienne, on ne suit pas tellement l’exemple des labels super récents qui sont sur internet et font tout très vite, bien que ce nouveau modèle reste intéressant sur quelques points.

Vous attendiez-vous à avoir autant de succès avec Fakear ?

Ugo : C’était normal que ça marche, car tout a été fait pour : que ce soit de la part de son tourneur que de notre côté. C’est un mec tellement sincère et bien dans sa musique que ça a pris naturellement.
Vincent : Selon moi Fakear c’est un artiste pop. Il ne se revendique pas beatmaker même s’il utilise des MPC (pour Music Production Center, machine/instrument de la marque Akai servant à la composition de musique, ndlr). Pourtant il a popularisé ce style de musique, c’est surtout ça qui était inattendu. A l’époque de Madlib, J Dilla etc, on pensait vraiment que ça allait exploser mais le beatmaking est resté plutôt underground. Finalement c’est la génération d’après, celle de Soundcloud, qui a eu une autre lecture de ce style de musique, finalement devenu très populaire.

Crédit photos – Fifou