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En Couv : Show Me The Body, les bâtards de New York

En Couv : Show Me The Body, les bâtards de New York

Si on avait un magazine, on placerait nos petits protégés en Une. Cette semaine Show Me The Body retourne la couv'.

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Vinyl vient tout juste de débuter sur HBO. Cette série concoctée par Martin Scorsese et Mick Jagger est censée se plonger dans la scène musicale du New York des années 1970, celui du célèbre club CBGB, du punk et des excès. Autant dire que les yeux de l’industrie musicale, et de l’entertainment américain, seront rivés sur Vinyl. Mais pas ceux de Show Me The Body. Les trois membres de la nouvelle sensation punk n’ont pas besoin d’écran, de fiction ou de nostalgie. L’underground new-yorkais, leur underground new-yorkais, ils le vivent tous les jours, loin des paillettes et du fric fantasmés par le réalisateur de Casino.

« New York nous a tout donné »

« Notre but, c’est de rendre à notre ville ce qu’elle nous a donné. Car New York nous a tout donné. Elle nous a béni ». Quand Julian, l’intense chanteur/rappeur/hurleur du trio, nous parle de la Grosse Pomme, son ton est presque grave. « Il n’y a aucun lieu comme New York. Mais musicalement, on n'a rien aimé qui sort de la ville depuis longtemps. C’est ça qui nous excite : offrir à nouveau un son qui ait du sens pour New York ». La mission est ardue, mais Show Me The Body est en bonne voie. C’est qu’ils se sont trouvé une identité très forte, complètement punk mais nourrie aussi par le noise et le hip-hop. Un son bâtard donc, mais hyper naturel, à l’image des communautés voisines de l’immense métropole américaine.

Sur SMTB, leur premier EP sorti début 2015, Wiki du trio hip-hop Ratking vient d’ailleurs en featuring sur le morceau target="_blank">« Vernon ». Sans accroche. Plus tard, c’est la première partie de Denzel Curry, jeune valeur montante du rap sudiste, que Show Me The Body assure. Et personne n’est choqué malgré les dissonances punk du trio. « Le public de Denzel nous a compris. Il ne juge pas la différence dans la musique, mais dans l’énergie. Et on a la même énergie. Ces gamins qui vont au concert, ils veulent juste être transcendés par quelque chose. C’est pour ça qu’on ne catégorise jamais notre musique. Catégoriser, c’est marchandiser. Et ce n’est pas ce qu’on fait ».

« La prochaine fois, on brûlera tous les drapeaux du monde »

Les marketer, les vendre, c'est pourtant un peu ce que le NME, plus gros magazine musical du Royaume-Uni, a essayé de faire il y a quelques semaines. Leur portrait du groupe manquait d'une photo bien reconnaissable. Pas de chance, les bonnes photos bien réfléchies, ce n'est pas le plus grand plaisir de Julian et de ses deux amis : « On déteste tout ce qui est boulot pour les médias. Nous, on leur file notre photo de presse, parce qu'il faut bien en avoir une, mais le NME rappelle et insiste qu'ils veulent une photo unique, seulement pour eux, parce qu'ils sont le putain de NME. On était à Los Angeles, sans qu'ils nous donnent aucun budget ou photographe, et au soleil, alors qu'une photo de Show Me The Body à la plage, ça ne matche pas du tout ». Que décide alors le trio ? De brûler l'Union Jack et d'en envoyer le souvenir au NME en tant que photo de presse. Évidemment, le magazine est ravi. D'autres Anglais beaucoup moins au moment de la publication. « Nous, on s'est bien amusé » relativise le bassiste du groupe. « La prochaine fois, on brûlera tous les drapeaux du monde en une fois, ça ne fera pas de jaloux et ça sera plus approprié ».

Que font alors les trois membres de Show Me The Body ? Malgré l’apparence rugueuse de leur son, eux insistent qu’ils font de la poésie. Quand on demande à leur bassiste de décrire « Space Faithful », morceau qu’il terrorise par une ligne de basse vraiment unique, il répond : « C’est comme être attrapé par l’arrière du crâne, par la nuque. C’est là qu’intervient la vraie poésie, quand elle te chope et qu’elle te motive inexplicablement à devenir fou. Ça, c’est ce qu’on fait ».

Julian rajoute : « Audre Lorde, une grande poète et essayiste américaine, disait : « notre fonction en tant qu’artistes créatifs est de rendre la vérité, telle qu’on la voit, irrésistible » ». Un vrai discours de rappeur.

Photos - © Walter Wlodarczyk (26 juillet 2015)