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Sur un canap et en studio avec Roche Musique

Sur un canap et en studio avec Roche Musique

FKJ, Zimmer, Chloe Martini, Cherokee... autant de noms qui incarnent fièrement la nouvelle génération de producteurs de l'électronique à la française. Derrière eux un jeune label est en train de devenir une référence, comme Kitsuné ou Ed Banger en leur temps : Roche Musique. Fondé en 2012 par Jean Janin, plus connu sous le pseudonyme Cézaire, le label a trouvé sa patte en découvrant une bande de beatmakers que tout le monde s’arrache aujourd’hui. Mais quelle flamme anime Roche Musique ?

Sur un coup de tête

Qui n’a jamais entendu « Instant Need » de FKJ ou le remix de « Don’t Wanna Dance » de signé Zimmer ? Bonne question. Ces morceaux qui ont cumulé fissa des millions d’écoutes ont, entre autres, forgé la réputation du label qui les a commandité : Roche Musique. Du downtempo à la house, la plateforme parisienne a su faire valoir son authenticité à travers ses productions, et tout ça depuis ses petits bureaux cachés dans le 11ème arrondissement parisien. En bon label indépendant qui se respecte, Roche Musique ne fait pas encore dans l'opulence et cohabite avec l’équipe du club Le Dandy. Contraignant ? Pas vraiment, surtout lorsqu'il s'agit de monter des projets de soirées communes. Derrière Roche Musique fourmillent cinq chanceux (dont l’indispensable chargé de communication et l’éternel stagiaire) qui travaillent à plus ou moins plein temps au développement du label. En tête, Jean Janin, l’âme de la petite maison de disque.

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Et qu'est-ce qui a fait naître l'âme de Roche Musique ? Rien d'autre que cette évidence : la passion du sport. Jean est un homme de contrastes qui n’aurait jamais monté un label de disque s’il n’avait pas été féru de basket. C’est grâce à sa passion pour ce sport qu’il a découvert le hip-hop, alors que dans sa famille on écoutait principalement de l’opéra. « Avec cette culture musicale j’ai pu rejoindre l’équipe de Boules à facettes, l’un des premiers audioblogs à la fin des années 2000. On était dans la période fluokids et je devais avoir 18 ans à l’époque. Ensemble on a lancé un label qui s’appelait Baf Musique. La première pierre était posée. Je me suis dit qu’il était possible d’en vivre », se souvient-il. Après un essai dans l’industrie musicale avec ces collègues du blog, Jean se lance dans des études d’ingé son, fait quelques stages et voilà de quoi se créer un réseau stable. En 2012, épaulé par son ami et producteur Kartell, il lance Roche Musique : « Je l’ai fait un peu sur un coup de tête, je n’avais pas de business plan et aucune connaissance en management ». Après tout, pourquoi s'embêter ?

RM2« Comme une colonie de vacances »

S’ils se croisent moins qu’avant, régulièrement entre deux avions, c'est l'unité qui reste le pilier qui régit la troupe du label. Jean se remémore les bons souvenirs : « De Roche Musique je retiens la tournée française et notamment la date au Yoyo, c’était génial de pouvoir investir un tel lieu. J’aime aussi les restaurants qu’on se fait avec l’équipe, une bonne bouffe entre potes c’est toujours cool. Sinon il y a toutes les sessions studio où on est ensemble. Parfois j’ai l’impression qu’on est comme une colonie de vacances ». Dîners entre copains, sessions improvisées la nuit... La vie du côté de Roche Musique, simple comme terriblement cool. À l’heure où les collectifs se multiplient, le label se distingue par une ambiance presque familiale qui se ressent sur scène lorsqu’ils se retrouvent tous ensemble derrière les platines. Thibault, qui gère la communication du label, affirme : « C’est avant tout une bande d’amis, qui a découvert la musique et les soirées ensemble. Ils se sont épanouis collectivement et je pense que les gens le ressentent vraiment. Quand on regarde les commentaires sur Instagram par exemple, on se rend compte que le public vient aussi pour ce côté familial. »

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« Une certaine esthétique à la française »

Le public asiatique est particulièrement fan de Roche Musique. D’ailleurs on ne s’avancerait pas trop à dire qu’il représente un savoir-faire local. « Pour les pays asiatiques, le son Roche Musique est représentatif de la musique française. Ils sont fans de marques comme Kistune qui véhiculent une certaine esthétique à la française. Roche Musique s’inscrit dans cette même lignée », remarque Thibault. Jean est toujours un peu étonné de la popularité du label en Asie : « C’est dingue ! Le Japon nous commande des cartons de tote bags et des vinyles », dit-il en nous montrant ses chaussettes floquées du nom du label. Jean n’est pas seulement un bon dénicheur de talent, il a aussi le sens de l’esthétique. S’il n’est pas encore certain que ses jolies chaussettes seront disponibles à la vente, il affirme travailler sur un merchandising de qualité pour les mois à venir et assure qu’un site internet devrait bientôt voir le jour. Affaire à suivre, donc.

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Digne représentant de la scène future beat

Cap sur le 18ème arrondissement pour découvrir l’antre secrète dans laquelle les producteurs du label viennent travailler à tour de rôle et où ils font parfois des sessions. Thomas alias Kartell est en train de finaliser un remix qu’il dévoilera le soir même sur target="_blank">SoundCloud. Il est dans son élément et Jean, en bon ami et en bon directeur artistique, observe attentivement son travail. Kartell lui montre le dernier VST (un plug-in permettant de faire de la production via ordinateur) qu’il vient de se procurer et les différentes possibilités qu’il offre. La musique ricoche dans tout le studio, à en oublier presque de demander à Kartell ses impressions sur Roche Musique. Lui aussi rejoint ses camarades sur l’esprit fraternel qui régit le label : « C’est important l’esprit de groupe, je n’arrive pas à comprendre les mecs qui sont seuls à faire leur prod’ ou qui bossent avec un label à distance. Ça doit être super dur de travailler de cette manière et de ne pas avoir de retours de gens proches qui évoluent dans le même univers musical que toi ». Kartell parle de la scène Future Beat qui voit déferler tous un tas de producteurs alliant pop et hip-hop à des beats électroniques. S’il admet faire partie d’une scène en pleine expansion, Kartell rappelle qu’ils ont chacun une personnalité musicale différente : « On a tous nos influences et notre domaine de spécialité. Jean c’est plus hip-hop, Vincent (FKJ) est plutôt tourné vers le jazz, et ainsi de suite. Moi je dirais que je m’inscris dans la new soul et en ce moment je suis dans une période bossa-nova. J’adore ça ! Ça n’a pas été beaucoup samplé, ou alors ça a été mal fait. Je trouve qu’il y a un gros truc à développer avec ce genre musical. »

Trois ans après la création de Roche Musique dans une industrie musicale incertaine, le succès est au rendez-vous et les artistes du label remplissent les salles en France et à l’étranger. Un espoir pour le futur, Jean ? « Je regarde les grands labels anglais, comme Warp, XL Recordings et Young Turks, et je me dis qu’on pourrait faire pareil. » C’est bien parti, mais bonne chance quand même.