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Label manager : « Go hard or go home »

Label manager : « Go hard or go home »

Du planning des enregistrements à celui des sorties, le label manager est, of course, la pierre angulaire d’un label. Mais concrètement, ça fait quoi de ses journées ? Exemple de réponse avec Aude, label manager passionnée.

D'emblée, Aude Chagnon, label manager pour le distributeur indépendant La Baleine, fait saliver. « Je bosse dans une boîte de distribution où je manage plusieurs labels en sortie physique sur un territoire défini. En tant que label manager, je m’occupe de leurs sorties en France, je coordonne les différents corps de métiers (relations presse, tourneurs, éditeurs…) afin que les sorties se passent le mieux possible. Le but c’est qu’à la fin ça permette de vendre des disques, que les tournées soient remplies et que la notoriété de l’artiste soit à la hausse. » Ça tombe sous le sens : le label manager est l’élément clé d’un label. Pour mieux comprendre le job, la fameuse « journée type » est un bon indicateur. « Écouter et planifier les nouvelles sorties, gérer le stock, déterminer un budget marketing, trouver un attaché de presse pour un projet précis, aller à un concert. Voilà comment je pourrais résumer une journée de travail. Bien sûr ce n’est pas forcément dans cet ordre là mais ce sont des tâches quasi-quotidiennes », résume Aude. Elle manage plusieurs labels et travaille donc sur de nombreuses sorties. Combien au juste ? « Je ne les compte pas, le rythme de sorties n’est pas très homogène. Il y a des mois creux (juillets/ août) et des mois dingues (avril, mai, septembre, octobre). En moyenne il y a 4 à 5 projets par mois pour lesquels j’ai un coup de cœur. Dans ces cas-là, quand tu vois le projet auquel tu tiens sortir enfin c’est vraiment génial. Et quand ça marche c’est carrément l’euphorie ! », vantarde.

Aude Chagnon en connaît un rayon. Peut-être même deux.
Aude Chagnon en connaît un rayon. Peut-être même deux.

 

« Go hard or go home »

Au fait, comment devient-on label manager ? Si quelques universités et certaines écoles proposent aujourd’hui des spécialisations aux métiers de l’industrie musicale, il ne semble pas y avoir une formation type. « J’ai un parcours scolaire hyper classique, qui n’a rien à voir avec la musique ou l’industrie culturelle. Le stage reste la meilleure solution, ne serait-ce que pour savoir si on a réellement envie d’être là, de se créer un réseau puis de persévérer. Enfin, c’est ce qui a marché pour moi », confie Aude. À ceux qui pensent qu’il est difficile d’entrer dans ce milieu, la professionnelle se veut rassurante : «  Ce n’est pas si dur d’entrer, mais il faut le faire pour les bonnes raisons ! C’est un métier de passion donc si tu ne l’as pas il vaut mieux ne pas te lancer dedans. J’aime bien ce dicton anglais qui dit “go hard or go home”, c’est une bonne synthèse ». Aude met également en garde ceux qui pensent faire copains-copines avec les artistes : « Si l’artiste te demande ton avis c’est flatteur bien sûr. Mais comme le titre l’indique, tu manages des labels, pas des artistes. Si avec le temps tu deviens proche des artistes, c’est « on top » car tu connais son passif et ça t’aidera à bien bosser, ou à mieux bosser. Cependant, un artiste qui reste fidèle à un label ça devient rare. Tu as de moins en moins ce sentiment de fidélité et donc de suivi ».

Mieux vaut aimer la musique

Quand on lui demande ce qu’elle préfère dans son travail, elle ne réfléchit pas bien longtemps avant d'avouer : « Écouter des disques toute la journée… Il y a d’autres jobs où c’est possible, mais savoir que ce que tu fais est utile pour des artistes c’est une sensation très particulière, rassurante et agréable. » Un métier de passion avant tout, donc. En même temps, pour écouter de la musique et la défendre : mieux vaut aimer ça. « Il faut aussi être organisé, multitâches, et parler anglais. Ça paraît évident, mais avoir un bon anglais c’est un gain de temps considérable, surtout quand tes labels sont internationaux ». « Ses » labels ? Pourquoi pas « les » labels ? « Dès que tu deviens label manager tu parles des labels dont tu t’occupes comme de “tes” labels. Il y a un sentiment d’appartenance ou d’appropriation, un truc à régler sûrement. »

Gramme, sur un coup de poker

S'il ne fallait sauver qu'un seul souvenir... Aude n’hésite pas une seconde : « Je ne sais pas si c’est le meilleur souvenir, mais c’est un de ceux qui me rendent émotive. Un des labels que je distribuais m’envoie sa liste de sortie et je vois un nom qui m’interpelle : Gramme. Ça faisait référence à un groupe de mon adolescence, j’adorais leur EP sorti en 1999 sur le label de Trevor Jackson (Output Recordings, ndlr). Puis plus rien, le silence, pendant 14 ans. Rien n’était mis en place, pas de management, pas de booking… Les mecs voulaient juste sortir un disque, aller au bout de l’aventure et rendre leurs enfants fiers d’eux, sans prétention. J'écoute le disque et ça tue ! Je l’envoie à quelques amis pour prendre la température et ils avaient tous le même ressenti. Avec l’accord du label et du groupe, mais surtout sur un coup de poker, j’ai tout débloqué pour eux et ça s’est ensuite mis en route : playlists radio, promos, tournées… Ce n’est pas devenu gros, loin de là. Mais avoir pu participer à quelque chose d’aussi beau et inespéré c’est un souvenir très précieux. »