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The Toxic Avenger : "j'ai le cul entre huit chaises"

The Toxic Avenger : "j'ai le cul entre huit chaises"

Qu'est devenu The Toxic Avenger depuis ses débuts en 2008 avec le célèbre « Bad Girls Need Love Too » ? Rencontre avec un artiste qui a mûri en restant jeune, autour de son nouvel album « Ξ »

The Toxic Avenger fait partie de ces artistes inclassables, tout comme son dernier disque, l'étrangement nommé « Ξ ». L'intéressé estime d'ailleurs que les frontières entre les genres ont peu à peu disparu : « J'ai toujours eu le cul entre deux chaises, maintenant il est entre huit ». Ce genre de traits d'esprit est récurrent chez le bonhomme, sa conversation charme, met à l'aise. Malgré ce qu'il en dit, on a du mal à croire qu'il soit « extrêmement pudique et introverti, parfois à la limite de l'autisme dans certains domaines ». C'est à son domicile du XVe arrondissement parisien qu'on l'a rencontré, où derrière l'artiste réside un trentenaire collectionneur de consoles, de figurines et de Pez (ça vous revient?).

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Les trois barres qui baptisent sobrement le nouveau bébé de The Toxic Avenger représentent un X en lettres grecques. Sorti ce 12 février 2016, sa gestation débute à Los Angeles une vingtaine de mois plus tôt. Pendant deux mois, il s'installe avec son entourage dans une villa somptueuse de la Cité des Anges. C'est là, dans cet environnement hors du commun dont il souhaite s'imprégner, qu'il veut créer son troisième album. Mais c'est la panne. L'inspiration lui échappe, il rentre à Paris pour un « retour aux sources ». Avec les vieux synthétiseurs de son chez lui, le Français pond finalement un 12 titres qu'il décrit comme « épuré, authentique, et qui va à l'essentiel ». Comme dirait Kanye West, il n'y a plus de fêtes à L.A.

« J'ai des images dans ma tête quand je bosse »

Sans réduire l'univers de The Toxic Avenger à de la musique cinématographique, on sent l'importance des images et du visuel dans les créations du Parisien. En roulant avec « Mob », l'extrait de « Ξ » ci-dessus, on pourrait s'imaginer en plein suspense d'une course poursuite haletante. Pas étonnant quand on sait que son père est photographe. Ni rien de bien surprenant à découvrir chez lui des films et affiches de film, qui traînent un peu partout (ce qui ne plait pas toujours à sa compagne, selon ses aveux). Ses deux premiers albums, ANGST et Romance and Cigarettes, portaient d'ailleurs des noms de films. The Toxic Avenger aussi, est un nom de film.

« Avant de me marier, j'avais une réputation de zinzin »

Mais les films ne sont que des demi-prétextes. Son bien nommé premier album, ANGST, laissait paraître une angoisse, une colère que Toxic Avenger retranscrit dans sa musique. Un ressenti gravé jusque dans la peau de l'artiste, le nom de son opus nº1 étant tatoué sur son bras droit. Légèrement présent dans « Mob », la douleur est aujourd'hui teintée de douceur, de l'ouverture « Close » au morceau terminal « Gloomy Sunday », en passant par « You Were There ».

« Je suis marié, j'ai des enfants, la vie et le temps m'ont apaisés »

Le deuxième album du loustic, Romance and Cigarettes, sonnait lui comme un médicament, une alternative au mal-être. Fumer et aimer pour oublier, profiter. Un second album estival aux accents bien plus pop, voire disco. Certains morceaux de « Ξ » colportent aussi cette chaleur, de manière légèrement plus subtile. Tant dans les aspects sombres que colorés de sa musique, The Toxic Avenger apparaît ici plus modéré. « Over me » incarne cette touche plus calme et positive, comme le surprenant « Tear You Apart » où une patte plus détendue de sa production se révèle. Patte qu'on ne lui connaissait pas forcément.

« J'ai besoin d'aller dans les extrêmes pour me balancer »

Le troisième volet de la trilogie Toxic Avenger serait donc celui de l'équilibre. Une harmonie traversée en solitaire, puisqu'il n'y a aucun featuring sur ce projet. Il reconnaît d'ailleurs : « Je suis bien entouré pour la communication (sa femme), les clips (Mathieu Juric) et la promotion (Roy Music). En revanche, pour le processus de création, j'ai besoin d'être seul. Je viens du rock et j'ai horreur des guerres d'ego, même si je ne pense pas en avoir tant que ça ». Les intervenants étaient pourtant nombreux dans ces précédents projets. Parmi eux, deux fameux rappeurs français...

« Choisir entre Orelsan et Disiz, c'est comme entre papa et maman »

Car avec Orelsan et Disiz, le travail du Vengeur Toxique se fait dans une autre atmosphère qu'avec le reste de l'industrie musicale : « Ces deux gars sont limite trop cools pour réussir dans ce métier » glisse-t-il. Mais la musique est-elle à ce point un monde de requins ? Le Parisien se contentera de dire que la manière de consommer la musique a changé. Un tournant qui va de pair avec le digital, sans doute.

« En fait, j'ai vieilli, voilà c'est tout »

Le projet du Toxic Avenger ne s'inscrit pas dans la manière actuelle de production musicale, surtout au sein du cercle électronique. Pendant que la majorité des producteurs assènent inédits et remixes en masse à leurs fans, l'intéressé préfère faire mijoter le public et sortir un album tous les deux ou trois ans. Explication imagée de l'artiste : « En fait, c'est mon côté scolaire, je fais mes devoirs et une fois que ça me plaît, je rends ma copie ».

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Un type un peu mal luné se dirait alors volontiers qu'à 33 ans, ne sortir que des albums, ça fait vieux con. Faux. Loin d'être réfractaire à la musique de l'instinct, celle de l'instant, The Toxic Avenger a lancé son side project target="_blank">Greg und Simon. Un duo décomplexé - et sans guerres d'egos - qui distille minimixes et tracks isolés en toute détente. C'est juste que sous l'alias The Toxic Avenger : « Il n'y a pas de calcul, c'est de la musique sincère et authentique. Et accessoirement, j'aimerais pouvoir nourrir ma famille » (rires).