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Le hip hop US n’en a pas fini avec Ferguson

Le hip hop US n’en a pas fini avec Ferguson

Le clip de « Hands Up » par Daye Jack et Killer Mike se nourrit d’images de protestation au drame de Ferguson.

À la suite de la mort de Michael Brown des mains d’un policier de Ferguson, la réponse du hip-hop américain a été des plus intéressantes. Parfois critiqué pour son manque d’engagement « à chaud » alors que les protestations s’enchaînaient dans les villes américaines, la réponse à plus moyen-terme du monde du rap a été captivante, surtout du plan graphique. Comme ici chez Joey Bada$$, où le mantra « a nigga like me » prend toute son ampleur.

Un genre à part entière

En un an, des manifestations de l’août 2014 à l’été 2015, le clip en réaction à Ferguson est presque devenu un genre à part entière, tellement certains choix thématiques et de mise en scène ont été récurrents, comme si ces vidéos communiquaient entre elles. Avec notamment trois petits chef d’œuvres étrangement similaires que sont les clips de « Like Me » par Joey Bada$$, « Alright » par Kendrick Lamar, et « Close Your Eyes » par le duo Run The Jewels.

Fils rouge de ces clips, une image léchée, une certaine chorégraphie de la lutte entre la police et un afro-américain qui vire à l’allégorie, et enfin une résolution spirituelle : les bras en croix tournés vers le ciel chez RTJ, les résurrections chez Bada$$ et Lamar.

L’histoire croisée du hip-hop américain et de la politique.

Le clip de « Hands Up » en revanche s’inscrit en opposition à ce style dominant. À l’image du morceau de Daye Jack avec Killer Mike en featuring, la vidéo préfère revenir à un ton premier degré, moins créatif, mais plus proche du réel. Le clip collecte ainsi des images authentiques : autant des bavures policières que des protestations qui en découlèrent. On y aperçoit même l’intervention télévisée de Killer Mike sur CNN, l’un des grands moments médiatiques de l’ère post-Ferguson du rap US. Comme si 20 mois après les drames et émeutes, il était temps de regarder en arrière, de fermer le chapitre avec une œuvre en forme de récapitulatif. Pas pour se reposer et abandonner évidemment, mais pour s’engager dans d’autres combats, toujours liés à Ferguson mais de manière plus globale : pour Killer Mike, c’est ainsi le soutien au candidat démocrate auto-proclamé socialiste Bernie Sanders pour la présidence américaine, qu’il a même interviewé chez le barbier qu’il possède à Atlanta. Un autre grand moment médiatique de l’histoire toujours plus croisée du hip-hop américain et de la politique.