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À Manchester les nuages cachent le ciel, alors Money le cherche

À Manchester les nuages cachent le ciel, alors Money le cherche

« Suicide Songs » de Money est notre album (cathartique) de la semaine.

Ils sont un groupe de rock, jouent à la guitare, et chantent des paroles poétiques. Alors certains les ont vite catégorisés : les quatre membres de Money seront les nouveaux Smiths. Alors qu’en fait, non. « Je ne suis pas fou de ces groupes » clamait Jamie Lee, son chanteur passionné, au Guardian, en rapport au glorieux passé de la ville industrielle.

Comme pour définitivement rompre avec ce type de comparaison, Money s’est éloigné du rock. « Suicide Songs », le deuxième album du groupe anglais, lorgne plutôt vers le folk orchestral et s’épanche glorieusement au rythme des tirades spirituelles de Jamie Lee : « oh je prie / oh je prie » répète-t-il à la fin de « I’ll Be The Night ». Plutôt que les Smiths ou Joy Division, c’est bien chez le Astral Weeks du troubadour irlandais Van Morrison, un des albums préférés des parents de Jamie Lee, que Money a emprunté à taux zéro.

« I Am The Lord » ouvre l’album comme un poète du XIXe introduisait son recueil, imageant son rôle d’observateur et de créateur : « Assis sur les trottoirs je regarde les gens passer, je les vois rêver leurs cauchemars { …} Je suis le seigneur, il m’a donné ses yeux qui percent ». La suite de « Suicide Songs » reprend à foison cette imagerie poétique et sacrée qui cherche en permanence à s’élever au-dessus du matériel : le sens du nom Money est évidemment antinomique.

Comme pas mal de chanteurs anglais, Jamie Lee a dû lire ses classiques de Baudelaire et Genet, ce dernier étant même cité en fin d’album. Mais à contre-sens de la tendance générale, « Suicide Songs » ne trempe pas le biscuit du vulgaire dans son thé immaculé. Dans le même article du Guardian, il juge ainsi, de manière franchement arrogante, que « Pete Doherty doit se sentir horrible d’avoir fait un compromis – il ne sera jamais Rimbaud et il a dû se contenter d’être une pop star. C’est la tragédie de son histoire. Je ne veux pas ça ».

Pas de chocs entre le sexe et le sacré, entre le saint et le lad chez Money, à part sur le final au titre à la Tom Waits « A Cocaine’s Christmas and a Alcoholic’s New Year ». Une chanson géniale pour les mêmes raisons qui pouvaient rendre les Libertines géniaux, mais moins emblématiques du style de Money. En s’évitant les portes enfoncées des paradis artificiels, en s’obstinant dans une poésie très scolaire, « Suicide Songs » touche par son amour naïf de la beauté et de la souffrance esthétique. Et nous emmène quelques instants dans le nouveau Manchester, celui rêveur, bohème, et qui s’en bat des Smiths.

POCHETTEMONEY