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Les 1000 vies de Joakim

Les 1000 vies de Joakim

Touche-à-tout inspiré, Joakim Bouaziz ajoute une corde à son arc de DJ, producteur, patron de label et bien entendu musicien en publiant la première compilation de Crowdspacer, son second label, ouvertement orienté dancefloor. L'occasion de présenter les nombreuses facettes de cet infatigable chevalier de l’underground électro.

Pourquoi se contenter d'un domaine quand on est doué pour plusieurs ? En quinze ans, Joakim a tracé sa route dans beaucoup de directions, avec une attitude de « slasheur » à l’américaine peu répandue en France. En 2009, il nous confiait le secret de son éclectisme et de son insatiable besoin de renouvellement : « Je pense être un control-freak qui cache un profond chaos intérieur » plaisantait-il. « A part ça, je déteste l'uniformité. La société actuelle ne supporte pas l'hétérogénéité et pratique un nivellement par le bas dans tous les domaines. Je me sens obligé de brouiller les pistes, de ne pas faire ce qu'on attend de moi, de laisser libre court à mes idées musicales même si elles partent dans tous les sens. C'est quasiment une posture politique. Je ne supporte pas l'enfermement, je suis claustrophobe. Je ne peux pas écouter un style de musique plus d'une heure. J'adore les pâtes mais je n'aime pas en manger tous les jours, pourquoi serait-ce différent dans ma musique ? ».

Last day recording session with @_ghinzu_ @crowdspacernyc Regram from @fredd

Une photo publiée par Joakim (@joakim_bouaziz) le

Capitaine de labels défricheurs

Diplômé d'HEC Paris et issu de la famille Ventilo (à qui l'on doit la marque de vêtements du même nom) Joakim a le sens des affaires. En 2000, c'est la crise du disque, mais il crée le label Tigersushi, et tant qu'à faire la ligne de vêtements qui va avec. Exigeant, il signe des artistes passionnants tels que Principles of Geometry, Poni Hoax, Panico, Maestro, Guillaume Teyssier, Krikor ou DyE... et témoigne dans des compilations aussi exigeantes que So Young But So Cold ou Dirty Space Disco d’un sens hors normes de la découverte. Comme si cela ne lui suffisait pas il annonce en 2013 la naissance d’un second label : Crowdspacer. Le concept ? Publier uniquement du vinyle, à chaque fois pensé pour créer l'hystérie sur le dancefloor. La compilation Crwdspecr Vol.1 sort le 22 février clouera à coup sûr les fins de soirées en club. Une sélection très « body and soul » qui rappellera des souvenirs primitifs de rave et de corps en transe à beaucoup.

DJ passionné

Grand collectionneur de disques, Joakim sait transmettre comme personne son approche sentimentale et généreuse du son, ainsi que son immense culture musicale dans des DJ sets dansants. Sur son site, il poste des sélections pointues et conceptuelles. Prolifique sur Instagram également, il partage ses sets de la série « rétrospective de la techno » année par année pour Test Pressing, accompagnant des descriptifs précis pour chaque morceau choisi. Côté remixes, il fait des merveilles, capable de transformer n'importe quel morceau pop grégaire en or pour le dancefloor. Charlotte Gainsbourg, Air, Goldfrapp, Todd Terje, Cut Copy ou Vanessa Paradis n’ont pas eu à s’en plaindre.

Producteur aventureux

Bercé par la musique classique qu’il a pratiqué de 6 à 22 ans en suivant des cours de piano au conservatoire de Versailles, et remarqué à la fin des années 1990 avec un disque jazz-électro-drum'n'bass, sous le nom de Joakim Lone Octet, Joakim a depuis signé sept albums aventureux, dont un de remixes. Sa signature ? Un kaléidoscope d'influences diverses, du rock psychédélique à l'électronique, en passant par le disco, l'indie, la musique africaine, le krautrock, le heavy métal ou l'acid techno. Rien que ça. On reconnaît un morceau de Joakim entre mille, sans doute parce qu'ils sont peu comme lui à marier sons synthétiques (les machines) et organiques (des instruments). Publié en 2009, l’album en forme d’odyssée mélancolique, Milky Ways représente bien cet esprit, proche du label DFA de James Murphy : éclectique, ambitieux et barré. Cet originalité il sait aussi l’apporter à d’autres en produisant des albums pour Poni Hoax, Panico, Zombie Zombie ou encore Montevideo. Que du top niveau.

Fashion victim

Loin des DJ mixant en t-shirt blanc et jean large, planqués derrière leur laptop, Joakim a toujours soigné son apparence. Des vêtements aux imprimés fous avec d'audacieuses couleurs pop. L’esthète a poussé le vice jusqu'à associer son label électro à une ligne de prêt à porter, Tigersushi Furs, créée par ses cousines Laurene et Audrey et pensée comme un laboratoire de création. Joakim a également collaboré avec l’artiste Camille Henrot (qui a partagé sa vie) pour différentes installations ou avec Boris Achour pour une vidéo performance dans le cadre d'une exposition au MAM de Paris. Pour compléter le tableau, sa sœur –Sigrid Bouaziz – est comédienne et son frère, Nils, dirige la boutique de DVD/maison d'édition cinématographique Potemkine. Si on pouvait choisir sa famille, on hésiterait sans doute avec celle-ci pour son imagination arty, entre autres.

Yung-Joakim

 

Crédit photo de Une - Eric Welles Nyström pour Davidbyrne.com