Music par Kerill Mc Closkey 27.01.2016

« J’essaie de conquérir le monde » et autres punchlines de Pusha T

Le rappeur expérimenté s’est confié au micro de FACT pour une interview en longueur. Voilà ce qu’il fallait en retenir, bande de paresseux.

À 38 piges et 23 ans après la formation de Clipse, duo culte qu’il partageait avec son frère, Pusha T vient encore d’accéder à un autre niveau. Darkest Before Dawn, sorti en décembre, est peut-être son projet solo le plus accompli. Et encore, il est vendu comme le simple prélude à King Push, la « vraie » grosse baffe qui doit arriver dans les bacs au printemps. Surtout, c’est niveau business que l’enfant de Norfolk, en Virginie, a grandi. Fraîchement nommé directeur du label G.O.O.D. Music, le label de Kanye West, il vient de rajouter une nouvelle page à son parcours sillonné, qui méritait bien la belle interview partagée par Fact. Parce qu’on ne parle pas tous anglais et qu’on est tous fainéant, on vous a sélectionné et traduit les meilleures citations du pousseur de T.

Sa promotion en tant que président de G.O.O.D. Music

« Je suis super engagé avec les artistes signés chez G.O.O.D. Music, mes rapports avec eux sont tous excellents. Je pense que c’est pour ça que Kanye m’a nommé président ».

« Je pense que Kanye m’a choisi parce que mon oreille est tournée vers la rue. Il sait que je peux lui raconter, ou lui envoyer des liens vers ce qui s’y passe. Qu’on soit d’accord ou non. Même si je n’aime pas, il sait qu’il peut avoir une perspective venant de Pusha T, et c’est une perspective éduquée ».

Les liens de plus en plus forts entre le rap et l’industrie :

« Il faut capitaliser. Il fut un temps dans le rap où il fallait être le plus gros vendeur pour être remarqué par les grosses entreprises. Dorénavant, la structure corporatiste reconnaît les artistes underground. On entend leurs voix dans les publicités ».

« Tout le monde veut être cool, mec. C’est l’âge et l’ère du gamin cool. C’est l’âge et l’ère du gars qui capte en premier ce qui va être à la mode. Même dans une grosse entreprise, si elle essaye de progresser avec son temps, il y a un jeune gars dans le coin. On y checke même à deux fois le petit réceptionniste s’il a ce swag et cet air d’y connaître quelque chose ».

Sa recherche de nouveaux talents pour G.O.O.D Music

« Écoute, on décortique maladivement Soundcloud. C’est habituel pour Timbaland, par exemple, de me contacter moi ou mon manager sur le chat du groupe à genre trois, quatre, cinq heures du matin en disant « Vous n’avez jamais entendu ça ! » ou « Vous ne connaissez pas ce gamin ! ». A moi de lui répondre  « Merde, comment t’es tombé dessus ?! » ou « T’es en retard, c’est périmé ».»

Chief Keef et son départ de GOOD Music :

« Putain mec, on était tellement en avance sur Chief Keef. On était à Chicago j’ai dit « Je pense qu’on devrait le signer lui ». C’est une vague, c’est une énergie, ça vit dans son petit espace, et on essaye de le faire grandir, mais sous notre aile. Ça n’a pas marché comme ça. On a chopé un sacré tube, « I Don’t Like », mais tout ne va pas se transformer en deal ».

Les collaborateurs de son nouvel album, Darkest Before Dawn

« Si tu regardes les crédits, tu te dis « il a réuni des putains de fabricants de tubes. Culturellement pertinents, en ce moment même ». Et puis tu écoutes l’album genre « merde, Pusha T a fait rentrer Metro Boomin dans le monde de Pusha T« . T’entends Puff Daddy et genre « Merde, Puff est tellement au dessus sur « Triple C » ou « Keep Dealin »« . Timbaland est tellement au-dessus sur « Untouchable ». J’ai dit à Timbaland, « Ce que je veux vraiment, ce sont toutes les B-sides de Jay Z que tu n’as jamais faites. Je ne veux pas les morceaux pour les clubs, je veux les faces B. » »

« Timbaland était en mission. Il était genre « Je veux montrer à tout le monde que je suis le hip-hop, et j’ai besoin de ton aide pour cela. Tu vas rapper sur mon beat, et montrer que je suis le roi du hip-hop » ».

Sa longévité :

« J’en suis à ma troisième vague ! Qui même avait idée qu’un artiste puisse faire ça ? »

 « Je suis resté en gardant ma main sur l’accélérateur. Regardez autour de moi, j’en ai fait mon business. Je suis un tel historien et fan de la musique rap… Mon premier but était genre « Merde, je veux voir des rappeurs dans USA Today à la fin de l’année, participant aux tournées les plus profitables du pays à côté des Eagles et de Pink Floyd, et c’est là que je pourrais juger du succès du rap ». On s’est rapproché grâce à Jay-Z et la tournée Watch The Throne. Ça, c’est fait. »

« La vérité, c’est que les grands du rap n’ont pas duré longtemps, parce qu’il n’ont pas épousé les nouvelles idées, le prochain son ».

« Je ne veux pas les tuer, je ne veux pas les tuer. Mais je le vois comme ça : l’âge d’or du hip-hop, ça a duré combien de temps ? Cinq ans ? Et je parle en termes d’excellence. Cinq ans ».

« Ce n’est même pas changer qui tu es, je ne pense pas avoir changé, c’est juste accepter ce qui est neuf. Et parfois, si tu n’acceptes pas le changement et ce qui se passe dehors, cette merde est toxique ».

Sa fierté d’être de Virginie :

« Personne n’aime la Virginie autant que moi. J’ai fait un disque qui s’appelle Virginia. Tout ce que j’ai fait a été en rapport avec la Virginie. Mais ce n’est plus si important pour moi maintenant».

« Il y a beaucoup plus de choses sur lesquelles parler. On a eu notre temps. On ne peut plus faire comme si la Virginie est toujours l’endroit où il faut être… Maintenant faut être gentil. Je dois parler de la nation, du monde. J’essaye de conquérir le monde entier ».

Son retour en 2006 après quatre ans de pause

« En 2002, je faisais des shows dans le pays entier, organisés par tous les dealers de drogue du monde. Parce qu’ils comprenaient de quoi je parlais. Des concerts à 2000 $. Quand je suis parti, « Grindin’ » était un phénomène.

Je pars en pause pour quatre ans et boom. Je me reprends un jeune agent tout frais, tout juste sorti de la fac. Là il commence à me choper des concerts bondés de hipsters comme le festival Pitchfork, des salles à 300/400 personnes. Au début, j’insultais mon agent tous les soirs en lui disant « Tu ne connais pas mon fan, tu ne sais pas qui il est ». J’étais borné, je ne savais pas que les temps avaient changé pendant mes quatre ans en dehors du circuit. Ensuite, avec Clipse on était alors devenus les premiers « chéris de l’internet« , et cet agent a participé à cela. Tout ça a influencé mon style vestimentaire. J’ai rattrapé mon retard. Je me suis retrouvé là-dedans. Et ça a aidé ma réputation de faiseur de goûts ».