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NZCA Lines : l'électro-pop pré-apocalyptique

NZCA Lines : l'électro-pop pré-apocalyptique

Le premier album d’NZCA Lines, en 2012, était malheureusement passé inaperçu. L’Anglais Michael Lovett revient avec un concept-disque osé, dont le groove futuriste devrait logiquement séduire les fans de Metronomy et de Hot Chip.

Le futur est un peu en retard en ce début d’année 2016. Toujours pas de chaussures auto-lançantes ni de skateboards qui volent. L’avenir tel qu’on l’imagine aujourd’hui a plutôt des allures de cauchemar écologique. Michael Lovett, alias NZCA Lines, a composé et produit son deuxième album Infinite Summer (dans les bacs le 29 janvier) le regard tourné vers demain. Son disque imagine le futur de notre planète dans un univers où le soleil a grossi pour devenir une immense boule rouge qui menace la population. La moitié du monde n’est plus qu’une gigantesque ville qui célèbre la fin des temps et la destruction, tandis que l’autre moitié imagine comment tout reconstruire de zéro. Des deux côtés pourtant, il fait chaud et les gens dansent. Le décor est posé. Bonne année 2016.

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Repartir de zéro

Auparavant porté par le seul Michael Lovett, NZCA Lines est aujourd’hui un trio. Charlotte Hatherley (Bat For Lashes, Ash) et Sara Jones (Hot Chip) complètent une formation qui se veut aussi attentive à la composition de chouette ritournelle electro qu’à ce que le futur nous réserve. En février 2012 pourtant, au moment de la sortie de son premier album « Compass Point », le Londonien Michael Lovett ne se posait pas autant de question, prenant tout le barnum promotionnelle qui accompagne la publication d’un album avec un certain détachement. « Pour être tout à fait honnête, je n’attendais pas grand-chose de cet album. On l’a enregistré, il est sorti. Je ne pensais pas que les radios l’aimeraient, encore moins certaines émissions de télévision. Donc tout ce qui nous arrive en ce moment, c’est plutôt une bonne surprise », confiait-il à l’époque.

En ces temps-là seuls quelques médias clairvoyants eurent la bonne idée de mettre en avant le talent de ce proche de Metronomy ( Michael est le frère de Gabriel Stebbing, co-fondateur et membre de Metronomy époque Nights Out, Lovett se joignant ponctuellement au groupe pendant ses tournées). Malgré un relativement bon accueil critique, le premier disque n’a pas trouvé son public. Avec la sortie de Infinite Summer, il faut repartir de zéro, ou presque, puisque depuis le clip de « New Atmosphere » en 2014 (soit il y a une petite éternité à l’échelle d’une industrie qui n’a que peu de temps à perdre), NZCA Lines semblait avoir démonté les machines.

Passion science-fiction

Ce nouvel album, Infinite Summer, est un disque d’amoureux. Les chansons ne parlent quasiment que de cela. Un amour perdu, un amour rêvé, un amour impossible et pur… L’Amour comme fil rouge tout au long de douze titres electro romantiques, mais le Futur comme concept global. Lovett le dit lui-même: il est intarissable sur sa dévorante passion pour Philip K. Dick (Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, entre autres grandes œuvres visionnaires, futuristes et inspirantes) et Arthur C. Clarke (2001: L’odyssée de L’espace). Mais encore ? «Après la sortie de mon premier album, j’ai voulu imaginer un nouveau disque comme un projet artistique. J’ai donc fait des recherches, lu énormément de science-fiction. Beaucoup de nullités, mais également beaucoup de belles choses qui te font voir l’avenir différemment. Philip K. Dick, Arthur C. Clarke, et beaucoup d’autres, parlent d’humanité, de l’évolution de notre société. J’ai donc imaginé cette histoire de planète condamnée, qui est le concept de départ, et j’ai commencé à écrire à partir de ça. C’est au final un disque sur l’idéalisme, la romance, et la distance ».

« Que ferait Van Halen ? Et que ferait Queen ? »

Ceux qui connaissent déjà et aiment le premier album de NZCA Lines retrouveront la synth pop aux inspirations R’n’B qu’ils avaient appréciées. Les autres, et notamment ceux qui sont déjà amateurs de Hot Chip, découvriront une filiation évidente avec le groupe d’Alexis Taylor, notamment dans le chant.
Les amateurs d’expérimentations apprécieront les guitares enchevêtrées de « How Long Does It Take ? » tandis que le danseur pressé saura se contenter de l’efficace et immédiat  « Two Hearts » (du même nom que l’une des meilleures chansons de Kylie Minogue, rappelez-vous). NZCA Lines, aujourd’hui comme hier, revendique un amour des genres, de tous les genres, sans snobisme. Il aime Weezer, les Destiny’s Child, et sortir de sa zone de confort. « Cet album est plus immédiat que le premier, presque rock en un sens. En 2014, quand je tournais avec Metronomy, j’ai beaucoup joué à la guitare, bien plus qu’auparavant, alors que ce n’était pas mon instrument de prédilection. Aujourd’hui, je suis à l’aise avec. Mais quand j’ai enregistré les guitares de Persephone Dreams et How Long Does It Take, ce n’était pas chose évidente. Je n’arrêtais pas de me demander: Que ferait Van Halen ? Et que ferait Queen ? ». De très bonnes questions, mais leurs réponses seront-t-elles suffisantes pour que NZCA Lines trouve enfin son public ?

« Comment veux-tu raconter une histoire en un seul chapitre ? »

Michael Lovett n’est ni le plus beau, ni le plus trash, ni le plus people, ni le plus exubérant des chanteurs de son époque. Il a certes étudié brièvement dans une école d’art, mais dans la musique en Angleterre, c’est le cas de tout le monde. Il ne faut pas confondre pour autant discrétion et fadeur. Avec ses deux camarades qui forment dorénavant NZCA Lines, Michael Lovett signe avec ce deuxième album l’une des belles réussites pop de ce début d’année. Mais il faut prendre son temps (là encore, une chose trop rare en 2016) pour l’apprécier. Infinite Summer n’est pas toujours un plaisir immédiat, et Michael Lovett en a conscience: « Nous vivons dans une époque où une seule chanson peut faire la carrière d’un groupe, les albums ne sont plus vraiment nécessaires. Et c’est terrible, car ils racontent une histoire, et comment veux-tu raconter une histoire en un seul chapitre ? ». Son histoire, mélange de romance et de science-fiction, méritait bien, en effet, ces douze très beaux titres.