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8 morceaux qui font de LCD Soundsystem le meilleur groupe live du monde

8 morceaux qui font de LCD Soundsystem le meilleur groupe live du monde

James Murphy et sa bande vont bien passer par la France, dans le cadre du We Love Green Festival. Une chance, car le groupe a gagné une sacrée réputation en presque dix ans de concert.

Quand LCD Soundsystem a booké le Madison Square Garden pour leur tout dernier concert supposé, il y avait des doutes sur leur capacité à remplir une telle salle. En 2011, LCD était un groupe plutôt connu, mais encore loin d’être une potentielle tête d’affiche pour le Primavera par exemple, ou We Love Green programmé les 4 et 5 juin prochain (gagnez vos places ici). C’est le film Shut Up And Play The Hits, tourné autour de ce fameux show au Madison, ainsi que l’intérêt médiatique provoqué par leur « reformation » qui font aujourd’hui de LCD Soundsystem un nom pour lesquels les festivals se battent.

Pourtant, les billets pour le concert d’adieu se sont vendus en quelques minutes. Quatre dates new-yorkaises au Terminal 5, salle de 3 000 places, avaient alors été ajoutées, pour quatre sold out. C’est donc en tout 32 000 personnes qui ont assisté aux derniers rounds de LCD à la Grosse Pomme. Un chiffre énorme pour ce qui n’était jusque-là qu’un très solide représentant de «l’indé». Leur fin était annoncée certes, mais c’était surtout la réputation de leur spectacle live qui a crée ce soudain engouement : on n’y allait pas pour leur dire adieu. On y allait pour ne pas manquer l’occasion de vivre, ou revivre, la grosse machine huilée à la perfection qu’est un show de LCD Soundsystem.

James Murphy

Le groupe n’a pourtant pas l’habitude de faire dans le spectaculaire : pas de réelle monstration technique, pas de lumières dingues, et aucun bon danseur. James Murphy, tête pensante et mal rasée du projet LCD, avait d’ailleurs partagé à The New Yorker une liste des comportements que son groupe ne doit en aucun cas adopter : « Pas de lunettes de soleil. Pas de laissez-aller rock. Pas d’improvisation. Pas d’acquiescement au son. Ne pas prétendre être cool. Je comprends que je ne peux rien faire si quelqu’un veut me voir à travers son prisme du cool. Mais pas de travestissement rock’n’roll ».

Ce qui parle chez LCD, ce sont les morceaux, et la manière dont chaque membre du groupe live s’investit dans la vie du morceau, du batteur au guitariste, en passant évidemment par le chant honnête et appliqué de Murphy, que ce soit dans l’émotion ou dans la parodie. Le morceau « Yeah » ne fait que répéter le même mot pendant 9 minutes ? Murphy a quand même réfléchi une centaine de fois à comment il pourrait soigner le tout. Et il en répète la formule, soir après soir, trop conscient de ses limites, trop modeste, tout en s'autorisant quelques écarts selon l'occasion : la sincérité du moment n'en est alors que plus évidente. Demeure une certaine uniformité du show LCD qui nous permet ici de dresser le classement de leurs meilleurs morceaux, en concert, période 2004-2011. 2016 sera peut-être une toute autre affaire.

8 - « Daft Punk Is Playing At My House »

« Daft Punk Is Playing At My House » est certainement la chanson la plus connue de LCD Soundsystem : même les non-initiés reconnaissent son riff, ou ont entendu parler vaguement de ce trentenaire bedonnant qui assure que Daft Punk a joué dans sa cave. Quant aux fans de LCD, ils vous diront que le tube n’est pas génial. Par contre, ils vous diront aussi que sa version live est bien meilleure, bien plus funky, bien plus puissante. Un peu comme le « Technologic » de Daft Punk, transfiguré lors de leur tournée Alive 2007.

7 - « Get Innocuous ! »

Premier titre de Sound Of Silver cette fois-ci, « Get Innocuous » ouvre le deuxième album du groupe d’un vrombissement techno passé à la postérité. Un monstre de synthétiseurs en surchauffe qui tape encore davantage sur scène, porté par des basses dans le rouge stupéfiantes. Et tout ça joué live, selon un autre des commandements de Murphy énoncé au New Yorker : « Si le son provient d'un synthétiseur, tu dois le produire sur scène à partir d'un synthé. Si c'est un son organique, il ne peut absolument pas être mis sur sampler ».

6 - « Losing My Edge »

« Quand j'étais un DJ passant Can, Liquid Liquid, ESG, ce genre de trucs, je suis devenu cool pour un moment, ce qui était une anomalie totale. Et là j'ai entendu d'autres DJ passant des sons similaires, et je me suis dit « Putain ! Ça me fout au chômage ! Ce sont mes disques ! ». […] Pour être honnête, j'avais peur que cette nouvelle réputation disparaisse, c'est de là que « Losing My Edge » vient ». Si James Murphy reconnaît la bêtise de ce sentiment, d'ailleurs traité de manière ironique et encore hilarante sur « Losing My Edge », le premier single de LCD Soundsystem a rapidement dépassé sa propre personne pour devenir l'hymne officieux du geek de musique 2.0., aux goûts marginaux parfois récupérés par des gens plus beaux, plus sympas, plus jeunes, plus cool au gré des modes. Comme tout hymne, c'est en concert, phénomène social de partage communautaire par excellence, que « Losing My Edge » prend toute sa dimension. Particulièrement lors de sa fameuse énumération de fin où Murphy enchaîne les citations de ses influences musicales. A ce moment essayez de regarder autour de vous : vous y verrez des filles et des garçons criant leur amour pour tel ou tel groupe. Avec un point de ralliement, la légende soul et proto-rap, GIL ! SCOTT ! HERON !.

(Et appréciez l'hommage à Daft Punk dans sa performance du Madison ci-dessous à 3:47)

5- « Movement »

Pour ceux qui aiment pogo, c'est là-dessus. Et tout le monde devrait aimer pogo.

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4- « Us vs Them »

Généralement perçu au sein de Sound Of Silver comme la pause qui suit le double uppercut d'émotion « Someone Great » / « All My Friends », l'étrange funk blanc spirituel de « Us vs Them » est relativement anonyme dans la discographie de LCD. Pourtant, il est devenu un incontournable de leur set. Lors du concert au Madison Square Garden par exemple, c'est là-dessus que la boule de disco chère au groupe est apparue du plafond. Avec raison : sa ligne de basse et surtout son changement de rythme à mi-chemin appelle, emmène et conclut à la danse.

3 - « Dance Yrself Clean »

Peut-être le meilleur album de LCD Soundsystem (avec Sound Of Silver, bon c'est deux sur trois, ça n'a pas beaucoup de sens et on ne prend pas trop de risques), This Is Happening est pourtant celui qui a le plus de mal à communiquer pleinement en concert, car plus subtil, moins évident. « Dance Yrself Clean » est l'exception qui confirme la règle. Typique du style James Murphy, entre apôtre de la danse et existentialiste de la vieillesse en milieu urbain et branché, il présente deux caractéristiques qui cassent tout sur scène : l'irruption belliqueuse de ses merveilleux synthés après deux-trois minutes d'intro en douceur, et la meilleure performance vocale de la carrière du gars. Sur « Dance Yrself Clean », on dirait presque un vrai chanteur.

2 - « Yeah »

Malgré toutes les sonorités synthétiques, LCD Soundsystem est en soi un groupe de rock indé. Il y a de vrais chansons, de vraies paroles, un vrai leader, une vraie base  basse/batterie/guitare (sur scène du moins : la catégorisation « groupe » / « projet solo » rencontre ses limites à propos du projet studio LCD, sorte d'hybride au carrefour des deux). « Yeah » par contre est le rejeton des années DJ de James Murphy. Morceau de plus de neuf minutes qui évolue jusqu'aux frontières de la trance, il transforme le concert de LCD en discothèque géante qui remue même les enfants des clubs. C'est ce genre de grand écart réussi qui fait de LCD Soundsystem le parfait groupe de festival.

1 - « All My Friends »

En regardant de près, « All My Friends » s'inscrit dans le bon vieux genre de la ballade au piano. Sauf qu'aucune de celle-ci ne ressemble à « All My Friends ». Guidé par un clavier saccadé qui se répète inlassablement, elle monte en régime, et sans artifices, à mesure que l'introspection de Murphy sur l'impact social de sa vieillesse se précise. Captivante au cœur sur sa version enregistrée, elle prend tout autant au corps quand importée sur scène. Vous ne verrez peut-être jamais un public si emporté par une chanson si subtile, quasiment sans refrain, que le public de LCD devant « All My Friends ». Déjà transporté, il devient fou quand Murphy devient vraiment émotionnel sur son dernier tiers, là ou la batterie du métronome de la cymbale hi-hat Pat Mahoney prend le contrôle d'un rouleau-compresseur musical qui fait pleurer en dansant. Écoutez la rumeur du Madison Square Garden à ce moment précis (à 5:20 de la vidéo ci-dessous). La sensation de catharsis procurée par « All My Friends » live est assez unique.