Music par Mathias Riquier 22.01.2016

Réalité virtuelle : Daft Punk bientôt dans ton salon ?

Réalité virtuelle : Daft Punk bientôt dans ton salon ?

L’heure est venue : la VR, pour “Virtual Reality” arrive bel et bien dans nos salons en 2016. Les enjeux pour la culture sont énormes, notamment pour le monde de la musique qui s’apprête à révolutionner sa façon de penser “l’image musicale”… Plongée dans le futur monde de la “musique virtuelle” !

Après plusieurs années de spéculations et de fantasmes, elles sont enfin là : les lunettes VR débarquent dans les prochains mois, le désormais célèbre Oculus Rift en tête. Ses concurrents directs, le PlayStation VR de Sony et le Vive de HTC (préparé en collaboration avec le géant du jeu vidéo Valve) sont également dans les starting blocks, l’arrivée en rayon de ces trois engins du futur étant prévue entre mars et juin prochain. On sait déjà que notre porte-monnaie va pleurer (le Rift étant disponible en pré-commande à plus de 700 euros…), mais la carotte technique cache pour l’instant l’essentiel : tout ça sent le futur à plein nez, mais ça sert à quoi, une paire de lunettes VR ?

Recharger son bazooka “comme si on y était”

Primo, le jeu vidéo. C’est principalement pour ça que ces objets ont été créés : proposer une expérience immersive dans des univers virtuels ultra-détaillés, dans lesquels on pourra évoluer de manière semi-réaliste, dans la limite de nos salons respectifs (attention à la table basse). En gros, il sera possible de recharger son bazooka “comme si on y était”, et de balancer des roquettes à des aliens en ayant l’impression d’être littéralement plongé dans le jeu : tourner la tête permettra de regarder autour de soi, avec un temps de latence imperceptible. Ceux qui ont déjà tenté l’expérience en parlent avec de l’émotion dans la voix : l’Oculus Rift et ses concurrents représentent le futur du jeu vidéo, tout le monde semble d’accord là dessus.

Test du HTC Vive (Gameblog) :

Vivre un concert de Justice avec une orangeade dans la main

Au delà du simple aspect ludique, des tonnes d’applications sont possibles. L’immobilier s’intéresse déjà de près à la réalité virtuelle, qui lui permettrait de faire visiter des logements pas encore construits. Autre registre : l’artiste Ziv Schneider a modélisé un musée entier en réalité virtuelle, contenant les œuvres volées et pillées les plus connues de l’Histoire, qui reprennent vie grâce à l’immersion que proposent ces fameuses lunettes. On vous passe les détails, mais l’industrie pornographique y voit également une occasion de se renouveler… La musique, évidemment, n’est pas en reste, et 2016, dans ce domaine également, semble être une année charnière. Reste une question : sommes-nous prêts à vivre un concert de Justice avec une orangeade dans la main et un casque plein de câbles sur le nez ?

Selon José Correia, responsable de la programmation d’ARTE Concert, ce n’est pas une mince affaire : «ceux qui seront branchés technique vont forcément vouloir tout tester, mais imaginer madame Michu avec un Oculus Rift sur le nez à prendre réellement du plaisir à regarder un concert, je n’arrive pas encore à imaginer, en tout cas à moyen terme». La plate-forme musicale de la chaîne franco-allemande, qui diffuse des dizaines de concerts de festivals par an (du Hellfest aux Trans Musicales) commence à faire l’expérience du 360°, mais pas forcément axé sur le live “pur” : «notre prochain projet en la matière concerne le jazzman Marcus Miller, mais le projet se rapproche davantage d’une master-class pédagogique que d’un concert». Du côté de la Blogothèque, célèbres pour leurs “concerts à emporter”, l’expérience a déjà commencé : «Nous avons déjà testé plusieurs fois la VR, de façon expérimentale, nous répond Christophe Abric, alias Chryde, le boss de la maison. L’une de nos expériences mettait en scène Rone dans un terminal de l’aéroport de Roissy. Notre prochaine vidéo sortira très bientôt. Nous allons très probablement continuer à explorer cette technologie dans les mois à venir».

Rone – Blogothèque :
Version normale :
Version 360 :

Les créateurs de contenu “indé” ne sont pas les seuls sur le coup et parmi les mastodontes : le groupe Universal a annoncé avoir créé un partenariat avec iHeartMedia, multinationale américaine notamment présente dans l’organisation d’événements musicaux et propriétaire de iHeartRadio. Le but de cette alliance ? Proposer des expériences musicales en réalité virtuelle, «pour mieux connecter les artistes, les marques et les fans». Jaunt, plate-forme dédiée à la réalité virtuelle, propose sur son application des concerts à regarder en 360°, avec la solution « petit budget » du Google Cardboard, sorte de paire de lunettes VR en carton sur laquelle on place son smartphone pour un premier aperçu de l’effet que peut produire cette technologie. Paul McCartney, notamment, s’est prêté au jeu.

Paul McCartney – « Live and Let Die » Google Cardboard Jaunt VR demo :

Un côté «cool et futuriste»

D’autres marques ont sauté sur l’aubaine et ont produit des lives 360° filmés avec plusieurs caméras GoPro, pour un résultat basique, mais qui véhicule tout de même le côté «cool et futuriste» du principe. José Correia : «Nous sommes dans une phase d’apprivoisement et de maturation de la technologie, et c’est excitant de participer à ça, mais j’ai du mal à croire que le concert tel qu’on le connaît soit un bon moment de musique pour proposer au spectateur de s’immerger dans une expérience à 360°, même avec plusieurs points d’ancrage».

Un live digne de ce nom en réalité virtuelle ? Imaginons quelques caméras adaptées posées à différents endroits stratégiques (au milieu de la foule, derrière le batteur, sur le côté de la scène) que pourrait sélectionner le spectateur à la volée… Sexy sur le papier, mais pour quelle plus-value ? «En tournage ‘classique’, détaille José, nous avons déjà laissé la main à nos spectateurs sur le choix des caméras, il expérimente souvent au début du live pour rapidement revenir à la réalisation que nous avons nous-mêmes créé». ARTE Concert travaille notamment avec l’entreprise Sombrero & Co, qui s’occupe de capter une partie des concerts et festivals que la chaîne veut couvrir. Son producteur, Patrick Villeneuve, est partagé : «Sur le Hellfest, cela pourrait être marrant et intéressant de faire vivre au spectateur un concert vu du public au milieu d’un “Wall of death” ou d’un “Circle pit”. Mais c’est un peu du gadget, et pour l’instant la technique est assez rudimentaire et permet juste de panoter à partir d’un même point». Une fois tous les points de vue auscultés, le spectateur aura-t-il envie de poursuivre l’expérience de lui-même ? La réponse induit de repenser la notion de “réalisateur”.

Le pouvoir du réalisateur en question

Selon le point de vue de la Blogothèque : «Il est toujours possible de guider le spectateur. Cela passe seulement moins par le montage que par la mise en scène pure. C’est assez intéressant, parce que cela ramène à certains fondamentaux. Pour nous à la Blogo, le plus dérangeant est sans doute la remise en question du plan et du mouvement de caméra, que nous avons toujours particulièrement travaillés.» Donner les clés du cadre au spectateur, de fait, enlève un pouvoir à celui qui filme, lequel doit apporter un soin supplémentaire à d’autres aspects.

Christophe Abric croit pourtant à la piste du live en 360°, davantage que le reste : «Il y a déjà eu pas mal de clips en VR, mais ils n’étaient pas passionnants. Et beaucoup de réalisateurs VR vous expliqueront qu’en fiction, la musique n’a pas le même effet en VR que dans le cinéma classique. Le live reste pour moi la piste la plus riche. Il y a énormément à explorer là-dedans, notamment avec la spatialisation du son.» ARTE Concerts travaille en ce moment sur un projet de concert classique : quatre formations placées à quatre coins d’une salle avec la possibilité pour le spectateur de se positionner comme il le souhaite, suivant la source sonore qu’il veut écouter. La réalité virtuelle, parfaite pour donner du sens aux projets les plus transversaux ? Peut-être bien, mais il faudra du temps pour que le fan de musique s’y mette vraiment : «aux prix actuels, personne ne s’achètera des lunettes VR simplement pour ce genre de projets culturels. N’empêche que les enjeux sont passionnants ! Une fois que le produit sera démocratisé, nous aurons l’expérience nécessaire pour proposer des expériences musicales qui colleront complètement avec la réalité virtuelle». Le futur de la musique approche. Prudemment mais sûrement.

Crédit Photo: Murdo MacLeod