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Friches SNCF : le Collectif Mu aux avant-postes en 2016

Friches SNCF : le Collectif Mu aux avant-postes en 2016

Gares désaffectées, hangars inutilisés… pas besoin d'être un pro de l'évènementiel pour sentir le potentiel des friches SNCF. L'annonce de leur mise à disposition par la SNCF depuis 2015 a suscité l'engouement d'un paquet d'acteurs culturels de l'underground. Sur 80 dossiers, la SNCF a sélectionné quinze lauréats. Parmi eux, le Collectif Mu, dont le co-fondateur Olivier Le Gall nous retrace le périple.

Le Collectif Mu, c'est des soirées, des concerts et des expositions depuis maintenant quatorze ans. Petit devenu grand, le studio de création et de production a investi en 2012 le Garage Mu, une salle de concert où vibre une fois par mois une programmation audacieuse, allant de Breton à La Jungle. Dans quelques semaines, le nom du Collectif sera synonyme d'un autre type de soirées parisiennes réussies. Le bureau de production artistique inaugurera « La Station » : sa friche SNCF mise sur pied dans l'ancien bâtiment des Mines.

LA NAISSANCE DES FRICHES

Pour la genèse, il faut remonter à 2014. Une réforme interne au groupe SNCF annonce la création de la filiale SNCF Immobilier pour gérer son patrimoine foncier dès le 1er janvier 2015. Très vite, alors que le Ground Control -lieu multiculturel et éphémère de la rue Ordener- fait carton plein dans le 18ème arrondissement de Paris, SNCF Immobilier dévoile l’ambitieux projet nommé Site artistiques temporaires. Une aubaine pour tous les collectifs et acteurs culturels qui, en silence, s’intéressent depuis longtemps aux friches ferroviaires.

« Les lieux inhabités ou temporairement inutilisés de la SNCF ont fait, à de nombreuses reprises, l’objet de demandes d’occupation pour des projets culturels ou artistiques » avoue Sophie Boissard, Directrice Générale de SNCF Immobilier « Notre Appel à Manifestation d’Intérêt, a simplement permis à tous les acteurs culturels de répondre dans un cadre offrant une égalité de chance à toutes les personnes nous sollicitant ». 500 et quelques visites plus tard, 80 dossiers déposés et quatorze projets investiront ces espaces sur des temporalités différentes allant de quelques jours à six mois.

«  EXPÉRIENCES, ÉMERGENCES ET HYBRIDATIONS »

Porté par l’équipe du Collectif Mu, le projet du Bâtiment des Mines baptisé « La Station » a de fortes chances de devenir Le rendez-vous estival des assoiffés de culture à Paris. Alors que l’équipe travaille encore d'arrache-pied sur ce projet, nous sommes allés à la rencontre d’Olivier Le Gall, coordinateur du collectif.

Carte Blanche Collectif Mu à la Gaîté Lyrique dans le cadre Paris Musique Club, installation East Flows

Carte Blanche Collectif Mu à la Gaîté Lyrique dans le cadre Paris Musique Club, installation East Flows

Pourquoi vouloir occuper une friche de la SNCF ?

Olivier : Il y a beaucoup d'envies au sein du Collectif qui n'ont pu encore se réaliser par manque d'espace ou de temps... Le bâtiment de l'ancienne Gare des Mines va fixer un point de repère pendant 6 mois pour accueillir des rendez-vous plus réguliers qu'au Garage MU, qui ne s'ouvre qu'une fois par mois. Ce sera un nouveau rythme et un nouvel espace de rencontre et de convivialité autour de propositions artistiques qui s'inscrivent dans une durée plus longue et à une échelle plus "métropolitaine". C'est cette idée "d'occupation" éphémère - ainsi que la "qualité" du lieu qui nous ont également attiré. C’est moins une architecture spectaculaire qu'un interstice urbain délaissé qu'on peut rapidement transformer en interface entre Paris et sa banlieue.

Comment s'est déroulée la constitution du dossier de candidature ?

Le dossier est né d'une réflexion qui a commencé dès l'appel de la SNCF l'été dernier. Le projet défini est lié à nos activités antérieures, qui sont très diversifiées, que ce soit dans leurs temporalités, leurs modes de médiations ou leurs publics. Avoir un lieu plus important et plus identifié marquait l'occasion pour nous de réunir tout ce panel d'actions que l'on peut être amené à porter. On a profité de cette "carte-blanche" pour proposer un projet en phase avec ce que l'on sait faire : expériences, émergence, hybridation et lien avec le territoire. 

Bâtiment Les Mines, à quelques pas du périphérique et de la Porte d’Aubervilliers

Bâtiment Les Mines, à quelques pas du périphérique et de la Porte d’Aubervilliers


Ce projet semble être la suite logique de ce que vous avez déjà entrepris par le passé...

C'est une évolution logique après le Garage MU et nous restons dans cette zone du Nord-Est de Paris que nous connaissons bien, mais il y a toute une dimension technique et architecturale assez nouvelle pour nous. C'est pourquoi on espère avoir le concours de partenaires privés et que nos soutiens historiques (la Région, la Ville de Paris, la Mairie du 18ème, le Département du 93...) vont nous accompagner dans cette nouvelle aventure afin de permettre aux différentes facettes du projet artistique de se réaliser !

RÉSIDENCES D'ARTISTES ET ATELIERS

Qu’allez-vous mettre en place pour faire de La Station un lieu de création pluridisciplinaire ?

La friche permettra d'accueillir des artistes en résidence avec de vrais espaces d'ateliers, d'en faire un lieu à la fois de travail et d'exposition. Ce gain d'espace va se traduire par une simultanéité de propositions qui nous permettra de favoriser voire d'inciter, selon la configuration et les interactions possibles, la mise en commun et la collaboration entre les différents projets qui seront accueillis.

Vous dites vouloir être un support pour les projets culturels de proximité. Avez-vous déjà sélectionné des artistes locaux que vous souhaitez présenter ? 

On a déjà des idées mais tout reste encore en chantier. Il y a des ateliers et des démarches amateurs que l'on souhaite accueillir et des rencontres à susciter. La question est aussi de savoir comment amener les artistes à documenter l'histoire du bâtiment, et comment penser de manière pertinente l'émergence d'un nouveau lieu artistique ici et maintenant pour l'inscrire pleinement dans la réalité de son territoire d'implantation.

Intérieur Bâtiment Les Mines

Intérieur du Bâtiment Les Mines : fort potentiel

La SNCF ne vous laisse le bâtiment Les Mines uniquement pour six mois. C’est peu, non ?

Il va y avoir effectivement une intensité dans la programmation que l'on n'a pas eu encore la chance d'expérimenter. Il y aura beaucoup d'événements variés et de concerts évidemment, des cycles de projections... mais aussi des expérimentations à la croisée des arts et de la technologie puisque c'est aussi un des aspects important de notre travail. On pense aussi développer un volet radio en partenariat avec Radio Campus.

De quelles manières vont se répartir les 400 m2 de la friche ? Avez-vous déjà des plans précis ? 

On travaille justement dessus avec l'aide de l'équipe de Point Éphémère, qui nous accompagne dans le projet. Il y aura un espace extérieur, plusieurs salles qui pourront être investies pour proposer des concerts et des soirées, un bar, un étage dédié au travail des artistes et de l'équipe et sans doute aussi au sous-sol un espace dédié aux expositions qui vont rythmer la saison. Le "hors-les murs" aura aussi toute sa place : on compte aussi investir l'espace public autour du lieu via des interventions plastiques et des créations sonores géolocalisées sur notre plateforme mobile SoundWays.

Pour finir, quand est-ce que les travaux vont commencer ? Et pouvez-vous nous donner une date d'ouverture approximative ?

Nous sommes dans la phase de préparation mais tout va commencer très vite. Selon nos prévisions, le projet sera accessible au public dès la fin du printemps et ce pendant tout l'été jusqu'à Nuit Blanche ou peut-être même jusqu'à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) en octobre...

Maintenant, il ne nous reste plus qu’à attendre la concrétisation de ce beau projet pour aller prendre un shot de culture du côté de la Porte d’Aubervilliers.

Crédit photo : Lionel Boulanger