JE RECHERCHE
Jardin d'Ibères : l'éclosion de la scène espagnole

Jardin d'Ibères : l'éclosion de la scène espagnole

Lorsqu'on se risque à aborder le sujet de la musique espagnole, les premiers noms qui viennent généralement à l'esprit ne sont pas très rock'n'roll. Qu'on le veuille ou non, on pensera forcément aux Las Ketchup, à Julio Iglesias et Ricky Martin. Heureusement, en 2016, d'autres noms viennent les remplacer. 

Nous sommes en 2007, José Luis Rodríguez Zapatero est alors le Premier ministre espagnol et se plait à dire que son pays fait partie, sur le plan économique, de la "Champions League". Une déclaration qui manque le cadre puisque l'Espagne s'enfonce quelques mois plus tard dans la crise. Pas de quoi freiner les ambitions créatrices de sa jeunesse, qui se dit qu'à défaut de pétrole, l'Espagne aura du rock'n'roll.

Ainsi, avec les moyens du bord et beaucoup d'envie se lance le festival Monkey Week en 2009 dans la petite ville d'El Puerto de Santa Maria. Derrière ce projet, une idée simple comme le raconte son codirecteur, César Guisado : "deux amis à nous ont été au SXSW en 2007 et nous ont proposé de faire la même chose ici". N'étant pas du genre à se poser trop de questions, l'équipe, déjà à l'origine du magazine gratuit FREEk! et de la Freekfest leur répond : "¡ Vamos !". Un pari réussi, tout simplement parce que le festival existe toujours sept ans plus tard, accueillant sur trois jours une centaine de groupes et des milliers de festivaliers, pour la plupart espagnols. Ils sont même soutenus par le gouvernement, dont les aides représentent aujourd'hui 20% de leur budget.

Clásico rock

Cependant, comme souvent en Espagne c'est la rivalité entre Madrid et Barcelone qui canalise l'attention. Autant le dire tout de suite, sur le plan international les groupes catalans ont grillé la politesse à ceux de la capitale. Dès 2012 avec Mujeres, puis de manière appuyée en 2015. La faute à Mourn, un groupe dont la moyenne d'âge flirte avec les 19 ans et qui s'est avéré être l'une des révélations de l'année passée. N'hésitant pas à porter un t-shirt des Ramones ou à citer PJ Harvey, ces quatre adolescents jouent avec les références et plaquent sur CD l'inhibition due à leur âge. En déployant une énergie qui rappelle celles des Pixies, ils ne tardent pas à attirer l'attention de Sones, un label barcelonais. Ce n'est pourtant que la première étape, puisqu'à l'international ils rejoignent les rangs du label américain Captured Tracks aux côtés d'artistes comme Mac Demarco, DIIV ou encore The Soft Moon. Avec le succès de leur premier album, ils trouvent là une occasion pour se produire à domicile sur l'une des scènes du Primavera Sound. Le festival Barcelonais se tient depuis 15 ans sur les bords de la Méditerranée au Parc del Forum et s'est imposé comme l'un des événements majeurs de l'année musicale en Europe. Conviant à chaque printemps ce qu'il se fait de mieux dans la scène indépendante, c'est également l'occasion pour les groupes espagnols de se frotter à un public venu des quatre coins de la planète. On a d'ailleurs pu y voir l'année dernière tout le groupe Mourn dans un rôle de spectateur devant le concert d'une autre artiste locale, Núria Graham. Alors qu'en 2013 c'était le bassiste de Los Planetas que l'on croisait en faisant la queue pour un hot-dog.

A Madrid, la locomotive de cette nouvelle scène indé s'appelle Hinds. Le quatuor féminin vient de sortir Leave Me Alone, son premier album. Après dés débuts en 2011 sous le nom de Deers, le duo composé de Carlotta Cosials et Ana Perrote sort de son mutisme et de l'ombre fin 2013. Avec deux morceaux, dont l'excellent "Bamboo", enregistrés dans leur chambre, voilà que ces Espagnoles séduisent le monde entier, des blogs musicaux à Patrick Carney, le batteur des Black Keys. Le groupe accueille alors une bassiste et une batteuse pour partir en tournée, faisant les premières parties de The Libertines et de leur groupe préféré, les Black Lips. Leur style indé lo-fi fait des ravages sur scène où elles dégagent à chaque date l'énergie d'étudiants se produisant pour la première fois à leur bal de promo. Dans leur sillage on retrouve d'autres groupes madrilènes, comme la fougue garage-rock proposée par Los Nastys et The Parrots.

Leurs régions ont du talent

À d'autres échelles et en province, des feux s'allument de tous les côtés et les choses évoluent dans le bon sens. C'est ce que nous l'explique Juan Maravi, guitariste du groupe rock-psychédélique Exnovios : "A Pamplune, les choses ont commencé à changer quand un ami à nous à ouvert le Nebula, un café-concert. Depuis on voit plein de groupes différents venir y jouer, notamment des artistes américains qu'on ne connaissait pas avant, comme Holy Wave, Tav Falco ou encore Burnt Ones". Et il en va de même à Vigo avec des groupes comme Sen Senra et Dois, à Valence avec Holy Paul, à Úbeda avec Guadalupe Plata et jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle d'où provient le garage-punk des Novedades Carminha. Comme quoi il n'y a pas qu'en foot que l'Espagne nous est passée devant.

Valentin Allain