Music par Clémence Meunier 11.01.2016

David Bowie, sauveur de carrière

La nouvelle est tombée ce matin, dans l’incrédulité générale : David Bowie est mort hier, deux jours après la sortie du très beau Blackstar. Alors que les hommages se multiplient, retour sur une partie plus méconnue de son histoire : Bowie a sauvé les carrières de Lou Reed et Iggy Pop. 

« L’amitié de David illuminait ma vie. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi brillant. Il était le meilleur », a tweeté Iggy Pop après l’annonce de la mort de David Bowie, ce matin. A 69 ans, la légende aux multiples personnages est décédée des suites d’un cancer, laissant derrière elle Blackstar, un album tout neuf. Et dans tous les hommages que l’on peut lire à droite et à gauche, il y a un point commun : David Bowie n’était pas un égoïste. Sa longue carrière a été marquée dans les années 70 par le sauvetage de deux stars du rock’n’roll alors en perdition, Lou Reed et Iggy Pop. Deux artistes qui étaient aussi des grandes sources d’inspirations pour Bowie.

Lorsqu’en 1970, épuisé, Lou Reed claque la porte de son groupe, le mythique Velvet Underground, plus grand-monde ne mise alors sur lui. Son premier album solo éponyme qui sort en 1972 est un bide, malgré la présence d’une de ses chansons les plus connues : “Berlin”. Familier du Velvet Underground dont il est l’un des grands admirateurs allant jusqu’à reprendre en concert les classiques “White Light/White Heat” ou “I’m Waiting For My Man”, David Bowie accompagné de son guitariste Mick Ronson produit en 1973 le disque qui fera basculer Lou Reed vers le succès international : Transformer. Régulièrement cité parmi les meilleurs albums de l’histoire du rock, le disque n’est qu’une succession de chef d’œuvre tubesques comme “Vicious”, “Walk On The Wild Side” ou “Perfect Day”. C’est aussi une magistrale description du New York underground de l’époque. Mais Lou Reed à la personnalité complexe vivra mal cette reconnaissance grand public et il n’aura de cesse dans les années suivantes que de casser cette image trop clean pour lui. Essayez donc de jeter une oreille par exemple au bruitiste Metal Machine Music. Pas sûr qu’elles ne résistent !

Avec son groupe The Stooges, Iggy Pop a lui aussi souvent dépassé les limites sonores à la fin des années 60. C’est incontestablement le parrain du punk. Avec hélas tous les excès qui vont avec, qui entraîne même James Osterberg alias Iggy Pop en hôpital psychiatrique au milieu des années 70. Son lien avec Bowie est étroit puisque le Thin White Duke avait produit le troisième album des Stooges, Raw Power, en 1973. En 1976, David qui avait souvent rendu visite à Iggy lorsqu’il était interné, l’invite sur sa tournée américaine dès qu’il retrouve la santé. C’est le début d’une collaboration fructueuse. De retour en Europe, les deux hommes écrivent et produisent ensemble l’album The Idiot où l’on retrouve notamment la version originale de “China girl” qui sera en 1983 l’un des plus gros tubes de Bowie. Enregistré en France au studio d’Hérouville, puis mixé à Berlin, ce disque très mélodique où Iggy Pop se la joue quasi-crooner, est très influencé par le krautrock et Kraftwerk à l’image du robotique “Nightclubbing”. L’année suivante, le duo poursuit dans la même veine avec Lust For Life, produit entièrement dans la capitale de ce qui était encore “l’Allemagne de l’ouest”. C’est le plus gros succès commercial de Iggy avec notamment les tubes “The Passenger”, “Sixteen” ou “Lust For Life”.

Une période d’intense créativité pour David Bowie qui sortira aussi dans le même temps Station To Station, Low et Heroes. Soit la fameuse trilogie berlinoise à laquelle les deux albums d’Iggy doivent également être rattachés.

S’il existe une fameuse photo des trois réunis prise à Londres en 1976, on peut regretter que David Bowie, Iggy Pop et Lou Reed n’ai jamais joué ensemble. Enfin, en public.

Bowie-Iggy-LouReed